Lecture / Ecriture
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Geronimo a mal au dos de Guy Goffette

Guy Goffette
  Elle, par bonheur, et toujours nue
  Geronimo a mal au dos

Guy Goffette est un poète et écrivain belge né en 1947. Il vit à Paris.

Geronimo a mal au dos - Guy Goffette

Réconciliation, conciliation...
Note :

   Guy Goffette n’est pas un inconnu pour nous, nous avions lu son roman "Elle, par bonheur, et toujours nue", un hommage à la peinture de Bonnard à travers son modèle Marthe, celle qui l’accompagna pendant quarante-neuf ans. Depuis 1991 date de sa première publication, la bibliographie de Guy Goffette s’est étoffée d’une vingtaine d’œuvres . Il revient sur son enfance avec "Geronimo a mal au dos"
   
   "A l’homme de ma vie, Géronimo, mon père" Dédicace pour un père qui fut tout sauf tendre, une réconciliation avec "cet homme ordinaire".
   
    Revenu pour l’enterrement de son père, Simon le narrateur, devant son cercueil trônant dans la salle à manger interdite du temps de son enfance, revoit l’homme tyrannique et "pingre" qu’il avait fui "pour ne pas avoir à le détester". Dans un long monologue, il s’adresse à celui qui a rendu la vie des siens sans joie, à fleur de violence. Lui, l’aîné, se souvient des gifles, des brimades, des explosions de colère sans comprendre ce qui les motivait. Aujourd’hui encore, à l’évocation d’une innocente balade à vélo qui lui avait valu d’être frappé, il se surprend "à se frotter la joue, comme si la brûlure de la gifle reçue il y a plus de quarante ans ne passait pas"
   
    Après "Un été autour du cou", Guy Goffette invite à une réflexion sur la capacité à se réconcilier avec son passé et ce père qui ne représente plus une menace, qui ne fut après tout que l’homme d’une époque avec ses désirs et ses frustrations.
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critique par Michelle




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Inspiration autobiographique
Note :

    Dans un tout petit village de l'est de la France (références à Saint Nicolas plus qu'au père Noël), le cercueil du père de Simon est là, dans la salle à manger familiale. Simon, venu pour l'enterrement, raconte et se remémore son enfance, son adolescence puis son envol d'adulte loin de la sphère familiale, contrairement à ses frères et sœur. Il se remémore surtout son père, homme strict, dur au travail, vivant chichement et sans générosité, prompt à la claque surtout pour Simon son aîné, rebelle, discutailleur et devenu peintre (c'est un métier, ça?). Simon ressentait de la colère et de la détestation, souvent il aurait voulu un autre père, c'est sûr, mais l'on sent aussi respect et admiration pour ce père désireux de l'élever en lui inculquant ses valeurs.
   
    J'ai trouvé une vidéo extrêmement intéressante, où Guy Goffette explique que ce 'roman' est sans doute le plus autobiographique de ses romans, Simon est son double. Très beau passage vers la fin, où il explique que ce roman vient après "Un été autour du cou", où apparaissait Simon, mais lire en second "Un été autour du cou" est finalement le bon cheminement...
   
   J'ai découvert et apprécié l'écriture nette, précise, faussement simple, pudique, avec de vrais morceaux de poésie en fin de chaque chapitre. Forcément cette enfance campagnarde et ce milieu dur à la tâche ont ravivé des souvenirs. Un beau roman où le narrateur se livre sans fards, se remet en question, nous livrant le portrait d'un homme sans doute pas très heureux, même en dehors de houleuses relations père-fils.
    "J'en garde un souvenir lointain mais ému en repensant à cet homme dans sa boîte, que les tracas ne laissaient jamais tranquille, jamais assez en tout cas pour se contenter du bonheur d'être ensemble. Pauvre Géronimo."
   
    "Je savais déjà sans le savoir que sous une seule casquette plusieurs hommes pouvaient se tenir, qui refusaient de se parler, sauf au secret, parfois, dans les nuits d'insomnie. Moi-même, j'avais un double qui me jouait des tours et m'empêchait d'être une seule voix quand je parlais, un seul homme quand je me battais."

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critique par Keisha




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Quand les indiens meurent...
Note :

   "La pièce est petite et fleurie comme une serre. On a dû sortir les meubles pour faire de la place aux visiteurs qui défilent ici sans arrêt depuis le retour du père dans ses murs, il y a deux jours.
   
   Visites de 9 à 20 heures, précise l’avis de décès punaisé sur la porte.
   
   Ils entrent en silence, saluent le mort, déposent leur carte sur une soucoupe en fer-blanc placée au pied du cercueil qui occupe le milieu du salon, et se rangent de chaque côté, l’air entravé, solennel et les bras croisés."
   

   Dès le départ, le décor est planté. Nous sommes à l’enterrement d’un "père" (son fils nous narrerait-il la chose ? Oui, banco ! Simon qu’il s’appelle, le fils) et ça ne va pas forcément être franche rigolade.
   
   C’est Géronimo qui est mort. Mais pas le vrai ; LE Géronimo, le chef apache. Géronimo, c’est le père de Simon, un père que Simon a tout fait pour fuir une fois devenu adulte, pour fuir l’étouffement familial, la conception uniquement tournée vers le travail, l’économie (de moyens et de tendresse).
   
   Géronimo avait mal au dos mais surtout il est mort.
   
   Il avait mal au dos parce qu’ayant exercé sa vie durant le labeur de terrassier et ne connaissant d’autre conduite de vie que travail et... travail, il s’est bien entendu cassé le dos. Mais là il est mort et vient pour Simon le temps du remords. Le type de remords que nous pouvons tous éprouver quand, tout à coup confrontés à la disparition d’un proche, nous nous apercevons qu’irrémédiablement nous ne pourrons plus lui dire que nous l’aimons, l’avons aimé, ou tenions à lui. Trop tard, et définitif. Et pour Simon, Géronimo c’est son père quand même. Et même s’il l’a fui...
   
   Guy Goffette va donc consacrer ce roman, qui sent furieusement le vécu, à faire remonter du passé par Simon tous les sentiments contradictoires qui l’assaillent. De courts chapitres qui correspondent à de brefs épisodes de son enfance principalement pour permettre au lecteur, par petites touches, de tenter de cerner qui était Géronimo. Mais le comprendra-t-on réellement ? Nous comprendrons qui était le Géronimo à travers "le filtre Simon". Mais le vrai Géronimo ? S’il y en a un ?
   
   Une écriture rigoureuse et agréable à lire. Manquant peut-être de fantaisie, mais le sujet... ? Une écriture rigoureuse donc et qui fait de ce court "Géronimo a mal au dos" une lecture qui ne traîne pas sur la table de chevet !

critique par Tistou




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