Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'homme des vallées perdues de Jack Schaefer

Jack Schaefer
  L'homme des vallées perdues

Jack Warner Schaefer est un romancier américain spécialisé dans les westerns. Il est né en 1907 et décédé en 1991.

L'homme des vallées perdues - Jack Schaefer

Vive le bon vieux western !
Note :

   Un petit garçon du Wyoming observe un cavalier s'approcher de la ferme familiale... un beau et ténébreux jeune se présente et demande à se reposer quelques instants. Ce moment va changer à tout jamais la vie de cette famille car, dès lors, l'étranger va quasiment devenir un membre de la famille. Différent, il devient pourtant une aide indispensable au fermier. Entre eux deux, s'établit une relation de confiance et de respect mais aussi de rivalité. Une scène scelle leur destin: abattage d'une vieille souche très coriace dont personne n'était venu à bout jusqu'à présent. Sans fioritures, on se rend compte imperceptiblement que le charme de cet homme agit sur eux tous: l’enfant, le père et la mère. Mais jusqu'où? A cette tension intime, s'ajoute le danger d'un tueur engagé par un gros propriétaire terrien désirant impressionné les petits fermiers qui empiètent sur son territoire. C'est en quelque sorte le combat de David contre Goliath...
   
   Comme un bon vieux western, ce roman fera revivre en vous l'enfant avide de héros solaire et mystérieux. Il regorge de scènes hautement symboliques, tout ce que j'aime. Et, en bonus, une splendide préface de Michel Le Bris qui fait partager l'émerveillement et le trouble que fut pour lui ce roman et qui enchanta son enfance. Un classique (adapté au cinéma et dont s'inspire Pale Rider de Clint Eastwood)) à lire et à relire!
   
   On peut trouver de nouveau ce livre en librairie dans la collection semi-poche de Phébus, Libretto. Et ça, c'est une bonne nouvelle!
   ↓

critique par Petit Sachem




* * *



Poor lonesome cow-boy
Note :

   Amateurs de l'Ouest américain, ce livre est pour vous ! Jack Schaefer était un homme de l'Est, ce qui ne l'empêcha pas de se passionner pour l'Ouest mythique, et d'écrire ce roman en 1945, pour oublier un peu la monotonie de son poste de rédacteur en chef. Le succès fut immédiat et Hollywood en tira un film. Pour la petite anecdote, le scénario fut signé... A.B. Guthrie, l'autre grand auteur de westerns à qui l'on doit The big Sky et The way west, prix Pulitzer en 1950.
   
   Bon, oubliez le pâlot Alan Ladd pour vous lancer dans la lecture de cet excellent classique.
   
   Tout y est, l'écriture sèche et nerveuse, tempérée par une pointe de romantisme, l'étranger surgi de nulle part, arrivé à point nommé pour aider un honnête fermier et père de famille, Joe Starrett, à débrouiller une situation délicate, un roman d'apprentissage (car toute l'histoire est racontée par son fils Bob), un duel final époustouflant, l'herbe verte du Wyoming, une sacrée bandes de méchants, des troupeaux de vaches paissant sur les immenses étendues de la prairie.
   
   Et l'étranger repartira dans le soleil couchant, sa tâche accomplie...
   
   Récit dépouillé et sobre (vous ne trouverez ici aucune description poétique de la nature), "Shane" se concentre sur les personnages. On ne sait rien de leur passé, ou presque, mais on les devine partagés en deux camps : les hommes à principes, qui font passer l'honneur et la famille avant le reste, durs à la tâche, et les autres, grands propriétaires terriens et hommes de main, prenant par la force, n'osant agir qu'en groupe, d'où le contraste saisissant avec ce cavalier solitaire.
   
   Se peut-il que des cinéastes se soient inspirés de ce classique pour faire naître Pale Rider (on ne peut que songer au personnage de Clint Eastwood quand on a lu le roman) ou même Open Range ? Je ne sais. En tout cas, nul doute que le désir de porter de tels westerns à l'écran trouve son origine dans la même secrète nostalgie qui tenaillait Michel Le Bris lorsqu'il écrivit la belle préface de ce roman. Michel Le Bris est d'ailleurs responsable de mon engouement pour les éditions Phébus.
   
   Traduction (excellente) de Eric Chédaille
   
   "Il arriva dans notre vallée au cours de l'été 1889. J'étais alors tout gamin et ma tête affleurait à peine le haut des ridelles de la vieille charrette de mon père."

   ↓

critique par Folfaerie




* * *



Shane
Note :

   L'homme des vallées perdues de Jack Schaefer, écrivain américain, est paru en 1949 aux Etat-Unis. Il est devenu un classique de la littérature de l'Ouest américain. Le titre d'origine est "Shane" du nom du personnage principal..
   
   Le récit
   Nous sommes en 1889 dans le Wyoming. Des colons se sont installés sur des terres et vont bouleverser les méthodes d'élevage. Ils se heurtent au grand propriétaire, Fletcher, qui voit d'un mauvais œil les fermiers s'installer sur les terres et poser des clôtures qui coupent ses immenses pâturages. Dans cette vallée perdue où la loi ne pénètre pas, c'est la raison du plus fort qui l'emporte. C'est alors qu'arrive Shane, un mystérieux étranger qui va être accueilli dans la ferme de Marian et de Joe Starrett et de leur fils Bob. Il va se lier d'amitié avec eux et leur venir en aide.
   
   Un roman démystificateur
   "L'homme des vallées perdues" est sans conteste un livre sur le mythe de l'Ouest avec ses personnages attendus, le justicier vagabond, le tueur, le propriétaire cupide, mais c'est en même temps une démystification peut-être parce qu'il s'agit d'un moment charnière dans l'histoire de ce pays, une période qui voit de grands bouleversements..
   
   La conquête de l'Ouest n'est pas présentée comme une succession de grands moments héroïques, comme une aventure palpitante et grandiose. Certes, il faut du courage pour coloniser l'ouest mais l'écrivain insiste sur le labeur de tous les jours, la peur de l'échec, sur le quotidien épuisant. Et lorsqu'il faut lutter, armes à la main, ce n'est pas un choix mais une obligation. Les fermiers ont peur, certains préfèrent fuir plutôt que de perdre la vie mais tout est alors à recommencer. Les adversaires n'ont rien d'héroïque, ce sont des jeunes sans cervelle qui ont oublié de réfléchir comme Chris, soit des tueurs sans état d'âme comme Wilson. La violence et le meurtre marquent définitivement un homme et Shane ne peut espérer retrouver la sérénité après avoir tué. Il est condamné à l'errance. Derrière le mythe, il y a donc des êtres humains qui souffrent et sont marqués par leurs actes d'une manière indélébile. Il y a aussi des hommes qui n'ont rien d'héroïque, les fermiers, sauf si l'on appelle héroïsme, le fait d'user ses forces à des travaux pénibles et ingrats. Il y a aussi un pays qui se transforme, une économie qui change, un monde bien accroché à ses traditions.
   
   Un enfant pour narrateur
   Si le récit paraît somme toute assez banal pour tout amateur de western qui connaît bien cette opposition classique entre les grands ranchers et les petits fermiers, le roman est, au contraire, original, surprenant et attachant.
   Cela tient au regard plein d'amour et d'admiration que le narrateur, Bob, porte à ses parents, Marian et Joe Starrett et à la fascination qu'il éprouve envers Shane. On ne peut vraiment croire aux personnages que si l'on garde en mémoire qu'ils sont vus à travers l'idéalisme et d'un petit garçon exalté et admiratif.
   
    Une idéalisation des personnages
    Derrière le personnage du petit Bob, on sent l'homme mûr qui se souvient d'un passé qui a beaucoup compté pour lui. Ce double point de vue de l'enfant naïf, pur, passionné, aimant qu'il était et du vieillard qu'il est devenu lorsqu'il écrit ses souvenirs, crée une nostalgie qui donne une coloration particulière au récit. On y sent le romantisme de l'enfance. L'idéalisation des personnages auréolés par l'amour de l'enfant est telle qu'ils deviennent presque des êtres de légende : le père, fort, courageux, travailleur, prêt à donner sa vie pour sa femme et son enfant, et la mère, la jolie Marian, au caractère affirmé, qui rivalise à sa manière avec le courage de son mari. Et puis Shane, cet homme dont on ne saura rien sinon qu'il a été blessé par la vie et qu'il ne veut jamais porter son colt sur lui alors qu'il sait pourtant s'en servir d'une manière redoutable. Les zones d'ombre qui entourent ce solitaire permet un portrait nuancé qui laissent place à l'imagination. Importance du non-dit aussi dans l'amour éprouvé par Marian pour Shane (et réciproquement) qui se lit en filigrane à travers ce que l'enfant comprend et entend.
   
    Un récit d'initiation
   Il y a une grande humanité dans les personnages, leur amour réciproque, leur confiance mutuelle, leur fidélité, leur courage. Lorsqu'ils servent de leurs armes, ils essaient toujours d'inculquer le sens de la justice et de la responsabilité au petit garçon et la gravité d'un tel acte.
   
   -Je l'ai laissé m'insulter, je lui ai donné sa chance, dit Shane au petit garçon. Pour sauvegarder son amour-propre, on n'a pas nécessairement besoin de massacrer le premier qui vient vous manquer de respect.. Tu comprends cela?
   
   Non . Je ne voyais pas.(...)
   
   - Je lui ai laissé le choix; rien ne l'obligeait à réagir comme il l'a fait la deuxième fois. Il aurait pu laisser tomber sans perdre la face. Mais pour en être capable, il aurait fallu qu'il soit suffisamment mûr.
   

   Leçon que l'enfant ne comprend pas : il se passa beaucoup de temps avant que je saisisse ce qu'il avait voulu dire; j'étais alors devenu un homme et Shane n'était plus là pour que je lui en parle.
   

   On comprend combien cette période a marqué l'enfant et a été pour lui une initiation à la vie.
   
   Entre épopée du quotidien et humour
   
   Un monde qui change : les premières clôtures
   
   Le roman présente des scènes que l'on pourrait qualifier d'épiques si elles ne concernaient pas des hommes simples placés dans des situations du quotidien! Et pourtant quel panache quand Shane et Joe à la seule force de leurs bras déracinent la souche gigantesque d'un arbre mort qui dégrade le champ de Joe. Quel courage aussi quand Shane affronte tout seul le tueur que Fletcher a fait venir pour se débarrasser des colons ou quand il est obligé d'assommer Joé qui veut y aller à sa place ! Les exploits des hommes, Marian les réitère à sa manière en gagnant le combat contre une tarte aux pommes récalcitrante qui refuse de cuire! Car l'humour n'est pas exempt du récit et il souvent est assez inattendu ! On y voit Shane, le "poor lonesome" Shane, donner des leçons de mode à Marian et lui indiquer comment, dans les grandes villes, les coquettes attachent leurs chapeaux sous le menton avec un joli nœud !
   
   "L'homme des vallées perdues" est donc un beau roman plein d'humanité qui peut plaire à tous ceux qui aiment les récits sur la conquête de l'Ouest américain mais aussi à ceux qui apprécient les beaux personnages positifs et humains!
   
   J'ai trouvé le film bien médiocre par rapport au roman et Alan Ladd bien faible par rapport au Shane de Jack Schaefer !

critique par Claudialucia




* * *