Lecture / Ecriture
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Journal extime de Michel Tournier

Michel Tournier
  Le Roi des Aulnes
  Gaspard, Melchior & Balthazar
  Vendredi ou les Limbes du Pacifique
  Ados: Vendredi ou la vie sauvage
  Les Météores
  Le vent Paraclet
  Le Coq de bruyère
  Dès 06 ans: La fugue du Petit Poucet
  Dès 08 ans: Pierrot ou les secrets de la nuit
  Dès 09 ans: Barbedor
  Vues de dos
  Gilles et Jeanne
  La goutte d’or
  Le Tabor et le Sinaï
  Le médianoche amoureux
  Le Crépuscule des masques
  Eléazar ou La Source et le Buisson
  Sept contes
  Journal extime
  Le bonheur en Allemagne
  Voyages et Paysages
  Je m'avance masqué
  L'aire du muguet
  Célébration de l’offrande

AUTEUR DES MOIS DE FÉVRIER & MARS 2013

Michel Tournier est né en 1924 de parents germanistes. Enfant, puis étudiant, il passa ses vacances en Allemagne. Cette culture dans laquelle il fut tout de suite plongé, ne l'a jamais quitté.

Après des études médiocres, il découvre la philosophie pour laquelle il se passionnera au lycée et qui, elle aussi, l'accompagnera toute sa vie. Il échoue cependant à l'agrégation. Il vit alors de traductions, puis d'un emploi à Europe n°1. Il présente également une émission mensuelle de télévision, consacrée à la photographie, autre grande passion de sa vie.

Ce n'est qu'en 1967 qu'il publie son premier roman "Vendredi ou les limbes du Pacifique" et connait immédiatement le succès et les distinctions littéraires. Cinq ans après, il est élu à l’Académie Goncourt où il sera très actif, jusqu'à ce qu'il s'en retire en 2010, pour raison de santé.

Depuis le début de sa carrière littéraire, il vit dans un presbytère qu'il a acheté à Choisel (Yvelines) et s'y adonne au jardinage, encore une autre de ses passions, comme à l'écriture.

Journal extime - Michel Tournier

Tournier et le mythe du journal d’écrivain
Note :

   Le journal est un exercice quotidien en général. Ici seule est faite la référence aux mois : de janvier à décembre, jamais le jour, jamais l'année. La ronde des mois et des saisons est présente avec des remarques météorologiques sur le jardin du presbytère qu'il habite en ermite sédentaire depuis 1957, l'état des arbres, les floraisons, les oiseaux de passage. Par recoupement, le lecteur s'aperçoit que le siècle des hommes date ici des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix : François Mitterrand est président quand il lui rend visite, ou encore de Maizières, ultime président de la "DDR", l'un et l'autre venus visiter l'écrivain germanophile. Prenez Jules Renard, Julien Green ou André Gide : il y a toujours une date précise précédant l'anecdote ou la pensée intime. Au contraire du journal intime le célibataire Tournier crée le "journal extime", le néologisme n'exclut pas les pensées privées, il exclut l'intimité, la familiarité. S'il parle de lui c'est de manière toute extérieure, par pudeur : d'un examen cardiologique, il retient la comparaison de son électrocardiogramme avec une "délicate calligraphie" et dérive vers une pensée de Sacha Guitry.
   
   Le monde littéraire est bien davantage présent! Avec des vacheries souvent, dans l'esprit d'Alphonse Allais, deux fois cité. Le "monceau informe" des "Pensées" de Pascal n'est qu'un "bêtisier" «certains passages sont dignes d'un personnage de Labiche : "Quelle vanité que la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux." Les bras vous en tombent». Victor Hugo — "Mélange de génie éclatant et de totale stupidité" — est à peine mieux servi que le grand Voltaire :  «Je reçois aujourd'hui une édition du "Dictionnaire philosophique" de Voltaire, et c'est là que je trouve le traité du gros bon sens, plat, d'une indécrottable médiocrité. J'ai rarement lu un livre plus désespérant. D'une façon générale Voltaire bénéficie en France d'une surévalutation monstrueuse.»Les contemporains ne sont pas mieux traités. "Je me suis longtemps demandé pourquoi j'éprouvais une antipathie égale et de même nature pour quatre écrivains de la même génération : Henry de Montherlant, André Malraux, Louis Aragon et François Mauriac. C'est qu'en dépit de leurs immenses différences, ils avaient un point commun, un père spirituel commun dont la seule évocation me fait fuir, comme l'odeur du putois fait fuir le lapin : Maurice Barrès". L'esprit vachard franchit les frontières et vise l'illustre aventurier vénitien avec une idée de pièce de théâtre. "Casanova devenu vieux, perclus de rhumatismes et impuissant (…) devenu le souffre-douleur de servantes du château qui vengent toutes les femmes séduites et abandonnées par lui". Selon l'ancien candidat à l'agrégation de philosophie, Socrate est un penseur qui pose des "questions sans queue ni tête" reposant sur un « principe absurde "Connais-toi toi-même"» De quoi se demander quelle est à ses yeux l' "œuvre géniale par excellence" : la réponse c'est "Robinson Crusoé" de Daniel Defoe. Vous vous en doutiez, n'est-ce pas?
   
   L'auteur du "Journal extime" n'avoue donc guère de faiblesses du cœur. Juste cette émotion en concluant sa présence au colloque de Cerisy en 1990 quand il reconnaît que les quelques dizaines de présents constituent sa famille. "Je leur ai dit à l'heure des adieux : je vous trouve tous spirituels, subtils, élégants, gais et beaux et je vous aime!" Finalement, c'est surtout un original que le lecteur découvre, un homme qui par un lumineux après-midi d'été photographie sur sa table "un chandelier, un verre, une carafe et une corbeille contenant une tomate, un avocat et des cerises" pour constituer une vanité. En noir et blanc bien sûr. Encore une fois Michel Tournier se joue d'un mythe : celui du journal de l'écrivain.

critique par Mapero




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