Lecture / Ecriture
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Le Chef-d’œuvre inconnu de Honoré de Balzac

Honoré de Balzac
  La peau de chagrin
  la fille aux yeux d'or
  Le colonel Chabert
  L'interdiction
  La messe de l’athée
  Le contrat de mariage
  Une ténèbreuse affaire
  Le lys dans la vallée
  Mémoires de deux jeunes mariées
  Illusions perdues
  Le Chef-d’œuvre inconnu
  Philosophie de la vie conjugale
  Louis Lambert
  Séraphîta
  Béatrix
  Splendeurs et misères des courtisanes
  La Grande Bretèche
  La Recherche de l'Absolu
  Eugénie Grandet
  Le curé de village
  La duchesse de Langeais

Honoré de Balzac est un écrivain français né en 1799 et mort en 1850. Très prolifique, il a publié 91 romans et nouvelles de 1829 à 1852 et laissé une cinquantaine d'œuvres non achevées.


* Voir la fiche "Du roman considéré comme un des beaux-arts".

Le Chef-d’œuvre inconnu - Honoré de Balzac

Vision d’artiste
Note :

   Cette nouvelle de Balzac a pour cadre le Paris du 17ème siècle, et pour protagonistes trois peintres de l’époque, dont deux ont réellement existé : le jeune Nicolas Poussin, encore inconnu, le futur représentant du classicisme français, et Franz Porbus, le peintre officiel d’Henri IV. Balzac leur adjoint un personnage inventé, le peintre Frenhofer, qui est supposé avoir été le seul élève de l’artiste Mabuse, et qui est capable de donner des leçons de peinture d’une grande sagacité aux deux grands peintres que sont Poussin et Porbus.
   Frenhofer apprend à ses deux amis qu’il travaille depuis vingt ans à un chef-d’œuvre, intitulé "La belle noiseuse", qui est l’aboutissement de toutes ses réflexions et de toutes ses recherches, mais il refuse obstinément de leur montrer le tableau.
   Poussin, dont la curiosité a été piquée, invente, en se servant de sa maîtresse, Gillette, un stratagème pour pénétrer dans l’atelier de Frenhofer. Mais, quand il y parviendra, sa surprise sera grande.
   
   Une bonne partie du livre est consacrée à la leçon essentiellement théorique, que Frenhofer donne à Porbus et à Poussin, et j’ai trouvé que c’était une introduction brillante pour toute personne souhaitant connaître les idées que l’on se faisait sur l’art au 19ème siècle.
   Pour cet aspect théorique, Balzac se serait inspiré des propos de Delacroix ou de Théophile Gautier – ou, en tout cas, des grands débats qui avaient lieu sur la peinture dans les années 1830. Par exemple, il développe le thème de l’opposition entre la couleur et la ligne, ce qui est typique du débat qui existait alors entre les tenants du classicisme – qui privilégiaient la ligne – et les tenants du romantisme – qui privilégiaient la couleur.
   
   A côté de cet aspect historique intéressant, il existe aussi un aspect plus philosophique : Frenhofer est un artiste hanté par l’idée fixe du Beau, mais il est trop théoricien, trop intellectuel, il cherche trop à s’approcher d’une perfection inaccessible, et, pour ces raisons, son œuvre est vouée à l’échec. On peut dire que Frenhofer s’est tellement accroché à son idéal qu’il est devenu fou, ce qui est une vision très romantique de l’artiste.
   
   J’ai lu ce livre dans une édition de poche, où cette nouvelle est suivie de "La leçon de violon" de E.T.A. Hoffmann – une nouvelle dont Balzac s’est beaucoup inspiré pour "Le Chef-d’œuvre inconnu", et j’ai trouvé qu’effectivement le rapprochement entre les deux histoires révélait beaucoup de points communs.
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critique par Etcetera




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Nicolas Poussin, vu par Honoré
Note :

   1612, le jeune Nicolas Poussin, pas encore le peintre de renom qu’il deviendra va rencontrer Porbus, un peintre déjà célèbre à l’époque, notamment pour ses portraits d’Henri IV. Dans l’escalier qui mène à son atelier, il rencontre un homme étonnant, Frenhofer, qui va se permettre de critiquer le dernier tableau du maître Porbus et même de le finir par quelques touches de couleurs ça et là. Porbus le présente à Poussin. Frenhofer parle alors de son chef-d’œuvre, son portrait d’une femme toujours inachevé bien qu’il travaille dessus depuis dix ans. Porbus et Poussin sont invités à visiter l’atelier de Frenhofer, et là, Nicolas Poussin a une idée pour permettre au maître de finir sa toile : convaincre Gillette, sa très jolie petite amie de poser pour lui.
   
   Ce court texte est écrit en 1831, publié dans le journal L’artiste la même année, puis dans un recueil "Romans et contes philosophiques", chez Charles Gosselin remanié a diverses reprises, notamment en 1837 pour lui donner une portée plus philosophique moins axé donc sur l'intrigue et en 1845, version que Flammarion édite dans sa collection Etonnants classiques.
   
   Je ne suis pas un spécialiste des grands classiques, je n’en ai pas lu énormément. Balzac m’a toujours fait un peu peur par ses longues descriptions parfois difficiles à lire de bout en bout : même dans ce petit texte, il y a un ou deux passages longuets qui n’apportent rien au récit, qui l’alourdissent même (suis-je bien fier pour me permettre de critiquer ainsi Balzac ici?). Mais lorsque Balzac fait parler Frenhofer, quelle force et quels propos : "La mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer! Tu n’es pas un vil copiste, mais un poète!" (p.38), et je vous passe la suite qui est une vraie leçon pour tous les peintres, sculpteurs, écrivains, tous les créateurs à qui il dit (je ne peux quand même pas raisonnablement tout passer) : "Il vous faudra user bien des crayons, couvrir bien des toiles avant d’arriver. Assurément une femme porte sa tête de cette manière, elle tient sa jupe ainsi, ses yeux s’alanguissent et se fondent avec cet air de douceur résignée, l’ombre palpitante des cils flotte ainsi sur les joues! C’est cela, et ce n’est pas cela! Qu’y manque-t-il? Un rien, mais ce rien est tout. Vous avez l’apparence de la vie, mais vous n’exprimez pas son trop-plein qui déborde, ce je-ne-sais-quoi qui est l’âme peut-être et qui flotte nuageusement sur l’enveloppe ; enfin cette fleur de vie que Titien et Raphaël ont surprise." (p.40)
   

   Le vrai personnage principal de cette œuvre est bien sûr Frenhofer. Personnage atypique qui ne rêve que de son chef-d’œuvre qui ne vit que pour le réaliser ou pour tendre vers sa réalisation qu’il repousse tant il n’est pas persuadé de la réussir et tant il sait qu’une fois qu’il l’aura réalisée, sa vie n’aura plus de sens. Un personnage énorme qui m’a emballé par ses emportements, ses théories qu’il énonce fortement et distinctement sans avoir cure des petites fiertés ou susceptibilités des uns et des autres. Et les souvenirs que j’avais de l’écriture un rien empesée de Balzac en prennent un coup : pas si datée que cela -certes certaines expressions, certains mots ne sont plus usités actuellement, tels "Tudieu" ou encore la si belle suite d’injures qui devrait faire son retour, parce qu’elle est tout simplement magnifique : "Tu ne vois rien, manant! maheustre! bélître! bardache!" (p.64), c’est quand même mieux que ce qu’on peut lire de nos jours!- et même assez actuel si l’on lit certains auteurs qui travaillent un peu leur langue.
   
   Un classique passionnant, conseillé par un ami, qu’à mon tour je ne peux que conseiller à tous, amateurs d’art ou non. C'est un livre écrit il y a plus de 180 ans et qui colle parfaitement à une analyse des peintres modernes, notamment tous ceux qui ont commencé à déstructurer le dessin, tels Picasso, Braque et nombreux autres.

critique par Yv




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