Lecture / Ecriture
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Arrêtez-moi là ! de Iain Levison

Iain Levison
  Tribulations d’un précaire
  Un petit boulot
  Trois hommes, deux chiens et une langouste
  Arrêtez-moi là !
  Une canaille et demie
  Ils savent tout de vous

Iain Levison est un écrivain américain d'origine écossaise né en 1963. Il vit à Philadelphie.

Arrêtez-moi là ! - Iain Levison

Le retour du polar nerveux
Note :

   Titre original : The Cab Driver
   
    250 pages. Enfin. On en a un peu par-dessus la tête de ces polars épais et de leurs auteurs qui considèrent qu'à moins de quatre cents pages ils n'attireront pas l'attention. On regrette un peu l'époque des Série et Fleuve Noirs calibrés, même si c'était parfois au prix de coupures dommageables. On prenait le train à Bar-le-Duc quand on travaillait là-bas, ou à Strasbourg quand on servait la France, et on pliait un Série Noire le temps d'arriver à Epinal. Iain Levison redonne le goût des polars qui ne s'attardent pas, qui vont à l'essentiel. Une bonne histoire de chauffeur de taxi victime d'une erreur judiciaire, un thème qui marche toujours. L'injustice commande l'empathie, les méandres du système judiciaire américain entretiennent le suspense et ça roule tout seul.
   
   
   Présentation de l'éditeur:
   
   "Charger un passager à l'aéroport, quoi de plus juteux pour un chauffeur de taxi? Une bonne course vous assure une soirée tranquille. Ce soir-là, pourtant, c'est le début des emmerdes... Tout d'abord la cliente n'a pas assez d'argent sur elle et, pour être réglé, il vous faut entrer dans sa maison pourvue d'amples fenêtres (ne touchez jamais aux fenêtres des gens!). Plus tard, deux jeunes femmes passablement éméchées font du stop. Seulement, une fois dépannées, l'une d'elles déverse sur la banquette son trop-plein d'alcool. La corvée de nettoyage s'avère nécessaire (ne nettoyez jamais votre taxi à la vapeur après avoir touché les fenêtres d'une inconnue!). Après tous ces faux pas, comment s'étonner que deux policiers se pointent en vous demandant des comptes? Un dernier conseil : ne sous-estimez jamais la capacité de la police à se fourvoyer!"
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critique par P.Didion




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Drôle et féroce
Note :

    « Il y a des jours où l'on sent que quelque chose ne va pas. Les croyants et les superstitieux ont des expressions pour ça, comme "des picotements le long de la colonne vertébrale", ou encore ils parlent d'astrologie et d'un mauvais alignement des planètes. Je me dis qu'il y a des raisons concrètes pour que je me sente comme ça et que je n'ai pas pu mettre le doigt dessus, mais ce soir j'ai la nette impression qu'une merde va arriver ».
   

   En chargeant un client à l'aéroport, Jeff, chauffeur de taxi à Dallas ne se doute pas du funeste enchaînement qu'il va déclencher, jusqu'à être accusé d'avoir kidnappé une petite fille, sur des preuves on ne peut plus inconsistantes. Il va tout de même se retrouver dans le couloir de la mort, convaincu qu'il n'en sortira plus.
   
   Malgré le sujet dramatique, ce que je retiens de ma lecture, c'est la drôlerie et la férocité. L'auteur épingle le système policier et carcéral américain avec une belle vigueur et il le fait à sa façon, hilarante. N'empêche qu'il en fait comprendre bien plus de cette manière qu'un indigeste essai. Jeff se sortira de cet imbroglio d'une manière inattendue, assez amère. Entre temps, tous les états d'âmes qui le traversent sont explorés avec brio et lucidité.
   
   Deuxième lecture après "les tribulations d'un précaire", je vais continuer avec l'auteur dont j'adore les tirs au bazooka sur les désastres de la société actuelle.
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critique par Aifelle




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Iain Levison fait son Victor Hugo ?
Note :

   Oui. Iain Levison fait-il son Victor Hugo? Le Victor Hugo de "Dernier jour d’un condamné" ou de "Claude Gueux". Celui qui milite contre la peine de mort?
   
   Iain Levison livre, sous la forme déguisée d’un polar, un réquisitoire lui aussi contre - sinon la peine de mort - au moins les erreurs judiciaires et les failles du système judiciaire américain. C’est quand même assez didactique, même si l’ensemble reste crédible, mais le fait de passer par le biais d’un polar rend la chose, à mon sens, assez bancale.
   
   "J’appelle Charlie pour lui dire que je serai là dans quelques minutes. J’attrape mes clés, mon portefeuille et mon portable, et je m’apprête à descendre chez Sullivan quand on frappe à la porte. Un jeudi à une heure de l’après-midi, qui ça peut bien être? Sans doute une livraison. Je commande beaucoup sur Amazon.
   J’ouvre et je vois trois hommes : un flic en uniforme et deux types en civil, l’air très grave. Ma première idée est qu’un parent éloigné est mort et qu’on vient m’en informer. Trois types pour cette démarche, c’est un peu gaspiller l’argent des contribuables.
   Je dis : "Salut. Qu’est-ce qui se passe?"
   Un des types en civil pose la main contre la porte et l’ouvre plus largement. Il passe la tête à l’intérieur et regarde. "Pouvons-nous entrer?""
   

   C’est ainsi que peut commencer une erreur judiciaire. Avant cette visite de la police pendant sa journée de congé, Jeff Sutton avait chargé une femme d’affaires à l’aéroport, l’avait conduite chez elle et avait dû rentrer chez celle-ci le temps pour elle de mettre la main sur l’argent de la course.
   
   Le syndrome du mauvais type au mauvais endroit. Dans la foulée, la petite fille de cette femme disparaissait - était enlevée selon toute vraisemblance - et la police retrouvait les empreintes digitales de notre brave chauffeur sur le cadre d’une fenêtre qu’il avait manipulée, reste de curiosité professionnelle d’un ancien boulot de poseur de fenêtre.
   Donc la police débarque, emmène Jeff Sutton qui rentre dans "la machine à broyer le justiciable" et le véritable sujet de Iain Levison c’est bien ça : comment se faire broyer en bonne et due forme?
   
   C’est la même démarche que Victor Hugo. Ça reste Iain Levison qui n’a peut-être pas l’art de Victor Hugo mais qui sait s’y prendre pour harponner son lecteur et qui ne commet pas d’erreurs psychologiques ou de cohérence. Une bonne lecture, donc, mais pas à proprement parler un polar. L’intention, derrière, est trop présente…

critique par Tistou




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