Lecture / Ecriture
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Le théorème de Kropst de Emmanuel Arnaud

Emmanuel Arnaud
  Dès 11 ans: Les trilingues
  Le théorème de Kropst
  Topologie de l'amour

Emmanuel Arnaud est un écrivain français né à Paris en 1979. (Ce nom est un pseudonyme)

Le théorème de Kropst - Emmanuel Arnaud

Comment se faire des amis pour réussir dans la vie *
Note :

   Emmanuel Arnaud signe un premier roman qui s'inscrit dans un milieu qu'il connaît bien : celui des classes préparatoires. L'intrigue est légère et l'écriture enlevée, mais je ne suis pas certain que ceux qui n'ont pas connu l'univers particulier du monde des classes prépa y trouvent leur bonheur.
   
   Laurent Kropst est un élève relativement brillant. Après des études au lycée dans le haut de la classe, il intègre la classe de maths-sup de Louis-le-Grand, l'un des lycées les plus prestigieux. Il y fait la rencontre de ceux qui ont été programmés pour venir là après leur passage au lycée, déjà à Louis-le-Grand. Puis il y a ceux qui débarquent de province ou de l'étranger, attirés par la très bonne réputation de l'établissement.
   
   Tous les élèves de la classe ont un seul objectif : terminer dans les 18 premiers pour entrer l'année suivante dans la classe d'élite, qui leur assurera un avenir doré. Les relations entre les camarades sont toutes définies en fonction de cet objectif. Rien ne semble sincère et le classement dicte avec qui il est possible ou non de fréquenter. Laurent Kropst est bien placé pour finir l'année dans les 18 premiers, jusqu'à ce qu'il rate un devoir. C'est pour lui la fin de son rêve : il lui semble impossible de rattraper son retard. Pour y remédier, il se réfugie dans un mensonge pour amadouer le professeur. Ça marche, mais Laurent fait une découverte plus importante : l'avenir ne passe pas forcément par la maths-sup, et les littéraires lui ouvrent des portes insoupçonnées.
   
   Emmanuel Arnaud signe avec ce roman une description décalée du monde des classes préparatoires. S'inspirant de sa propre expérience, il fait une peinture assez réaliste de cette population d'élèves particuliers. Tout se joue sur des codes, qu'ils soient scolaires, vestimentaires ou de caractères, avec l'apparition du personnage du souffre-douleur, celui du leader charismatique ou celui de la tête de classe inatteignable. En revanche, les littéraires, majoritairement des filles, sont très différents, que ce soit dans leurs attitudes ou dans les ambitions qu'ils nourrissent. La rencontre avec ce nouveau monde, qui lit des ouvrages compliqués et parle de Baudelaire, est une révélation pour Kropst. Il y découvre notamment que l'ascension sociale n'est pas le seul résultat de la réussite scolaire. L'entregent et les relations sont pour lui un autre moyen d'aboutir à ses fins, et la rencontre avec un député européen, oncle d'une camarade littéraire, est pour lui une étape importante.
   
   J'ai lu ce roman avec un certain plaisir, étant également passé par une classe prépa (en province, où les enjeux sont beaucoup moins exacerbés). Il joue avec les codes, le vocabulaire spécifique (un lexique figure d'ailleurs en fin d'ouvrage) et exagère volontairement l'opposition entre matheux et littéraires, taupins et khâgneux. Je reste néanmoins assez perplexe face à la dimension universelle du roman, qui me semble très orienté vers une niche de lecteurs, ceux ayant connu ce cursus scolaire. Mais peut-être que d'autres lecteurs, ayant eu d'autres parcours étudiants, notamment universitaires, pourront me contredire.
   
   
   * Titre Dale Carnegie
    ↓

critique par Yohan




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Le monde des Grandes Écoles
Note :

   Laurent Kropst est étudiant en maths sup au lycée Louis Le Grand. Hors les murs de cet établissement, point de vie possible : le temps est passé en révisions, apprentissages et préparations de devoirs surveillés. Il faut être absolument dans les 18 premiers pour espérer ensuite intégrer maths spé. et Polytechnique. Le top étant d'être dans les dix premiers.
   
   Un jour où il est d'excellente humeur, Laurent aborde à l'entrée du lycée deux jeunes filles avec qui il se liera d'amitié, Mélanie et Claudia. Celles-ci sont en hypokhâgne, c'est-à-dire en Lettres, ce qui n'est pas bien vu par les Matheux, mais ce qui permet à Laurent de s'ouvrir à une partie du monde qu'il ne connaît point.
   
   Attention, plongée dans le monde des grandes écoles, de l'élite de la nation. Entre blagues potaches, bizutages et véritable compétition entre les élèves, la lutte est dure. Pas de sentiments, il faut être le meilleur!
   
   Emmanuel Arnaud décrit un monde qui m'est totalement inconnu, et ce qu'il y a de bien dans son roman, c'est qu'il place son héros dans une classe de maths, là où la Littérature n'est pas la bienvenue. Ce genre d'études est cloisonné : les matheux avec les matheux et les khâgneux entre eux! Il nous explique d'abord les méthodes de chacun des élèves pour arriver à grappiller quelques points dans les devoirs, entre les bûcherons, les analytiques, les intuitifs, ... Puis, les semblants de relations qu'ils instaurent entre eux : parfois de l'admiration, de la déférence, toujours liées au classement général de la classe. C'est un monde totalement clos qui peut faire peur à des non-initiés comme moi ; personnellement, je n'ai pas aimé plus que cela mes années lycée, mais elles étaient libres et je communiquais avec d'autres, sans arrière pensée.
   
   Là, lorsque Laurent commence à fréquenter les littéraires, à lire Proust et à discuter philosophie, il se met à dos ses collègues matheux. Mais finalement peu lui importe, puisque Mélanie et Claudia lui ouvriront des horizons qu'il ne soupçonnait pas. Son esprit s'ouvre et cela lui servira même dans ses études.
   
   C'est un roman assez étonnant, fort bien écrit, presque un huis clos dans les murs de Louis Le Grand, original dans le fond et la forme qui montre la jeunesse de notre future élite. Attention, parfois, ça peut faire peur, de mépris envers les plus petits, d'arrangements entre amis, de retournements de vestes : enfin, finalement rien de plus que ce que l'on voit tous les jours de la part de nos dirigeants adultes! Oui, oui, Rastignac est bien réel et multiple. C'est un roman qui véhicule, par l'intermédiaire de ses héros, les principes décrits plus haut que je déteste et que je n'aimerais pas que mes enfants adoptent. Néanmoins, ce livre m'a retenu parce que justement, l'auteur en parle bien, ausculte et analyse les comportements des uns et des autres. Ses héros ne me sont pas sympathiques, ils sont même à l'opposé de moi, mais ils ont un côté pathétique : leur vie est toute tracée, déjà définie ; il m'est même venu l'image de certains d'entre eux, plus vieux et responsables politiques ou autres, personnes respectées au passé et au présent pourtant pas vraiment glorieux, coincés dans leur vie confortable de notables avec impossibilité d'en sortir sans une volonté hors du commun. Finalement, je les plains lorsque eux me méprisent.
   
   Laurent Kropst fait le lien entre le livre et les maths dans ce roman qui "est une ode à l'intuition, qui réconcilie la science et la littérature" (4ème de couverture) et qui mérite d'être découvert. 135 pages pour tenter de comprendre comment sont formés nos futurs patrons, chefs d'entreprises, hommes politiques, ... Personnellement, l'ambition, les moyens pour arriver à des fins prometteuses, l'absence de scrupules, etc, etc me font froid dans le dos et me dégoûtent : tous les ingrédients sont là, réunis, pour se faire peur mais sans hémoglobine ou suspense. Ça peut même être mieux qu'un thriller.

critique par Yv




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