Lecture / Ecriture
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Fruits et légumes de Anthony Palou

Anthony Palou
  Fruits et légumes

Anthony Palou est un journaliste et écrivain français né en 1965.
Il fut le secrétaire particulier de Jean-Edern Hallier pendant 6 ans.

Fruits et légumes - Anthony Palou

Fruits et légumes
Note :

   Le grand-père du narrateur, réfugié espagnol du début du siècle dernier devient marchand de fruits et légumes à Quimper. Son fils, le père du narrateur prend la même voie, dans la même ville. Loin de vouloir suivre la lignée, le jeune homme retrace le parcours de ses ascendants, entrecoupé de souvenirs d'enfance. Une chronique des années 70 dans le monde des petits-bourgeois-commerçants bretons.
   
   Pas mal du tout ce livre. Tour à tour drôle, émouvant, nostalgique. Le grand-père, pendant la seconde guerre mondiale a l'idée qui fera sa notoriété : cultiver et vendre ses légumes préparés en "sope mallorquine". Le fils, élevé dans ce monde prend la suite : "Pour tout dire, mon père n'eut jamais le virus ni du fruit ni du légume, encore moins celui du commerce. [...] Disons qu'il continua l’œuvre de mon grand-père comme un fils de militaire perpétue la tradition sans y croire. C'est parce que les curés n'ont pas d'enfants qu'ils sont en perte de vitesse. Chaque profession se reproduit comme des animaux." (p.29)
   
   Roman qui se lit assez vite : petit chapitres constitués de paragraphes courts qui permettent des pauses faciles et une reprise de lecture tout aussi aisée. L'écriture est très agréable ; elle fait la part belle à l'humour et à la nostalgie. Les personnages en prennent tous pour leur grade, Marie, la petite amie épisodique du narrateur, particulièrement :
   "Marie se maria dès l'âge de dix-huit ans avec un clerc de notaire de cinq ans son aîné. Ils s'installèrent à Brest dans un petit pavillon charmant. Ils divorcèrent trois ans plus tard.
   C'est alors que je réapparus, après quelques déboires sentimentaux. Son cerveau était un véritable courant d'air. C'est sans doute pour cela que je l'aimais puisque, par la suite, il s'avéra que je fus toujours attiré par le vide." (p.57/58)

   
   L'écriture de l'auteur va au plus juste, et même en utilisant des images lorsqu'il fait le portrait d'un huissier par exemple, il va au plus direct, à l'immédiatement "visualisable" par le lecteur :
   "Robert Quintin, cinquante-quatre ans, en pleine santé, avait l'air immortel, les épaules larges du déménageur, l'estomac plat du marathonien, la nuque bien raide du gradé, les cheveux gris comme plaqués au beurre sur un crâne massif. La mâchoire d'un australopithèque attardé. Entre sa lèvre supérieure et son nez, une petite moustache en filet lui donnait l'air du con, implacable et prétentieux." (p.118)

   
   Anthony Palou ne s'attarde pas sur les sentiments, sur les états d'âme de ses personnages : ils avancent malgré leurs difficultés, malgré la réalité qui n'est pas représentative de leurs rêves. Son roman est un état des lieux d'une famille : « l'essor et le déclin d'une "dynastie fruitière" » (4ème de couverture). Une fois cela su, qu'on ne cherche pas ici la psychologie des protagonistes, ils n'ont pas le temps de s'épancher, le travail de primeurs leur prend tout leur temps. Seul le narrateur est capable -mais lui a du temps- d'avoir un regard -désabusé- sur ceux qui l'entourent : il les regarde comme ils sont et se voit lui-même sans complaisance. La fin du roman plus centrée sur le début de sa vie d'homme est d'ailleurs plus mélancolique, plus triste. Des regrets de n'avoir pas fait autre chose de sa vie, de n'avoir pas su le faire ou simplement de n'avoir pas pu, par peur du risque ou par simple connaissance de ses limites personnelles.

critique par Yv




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