Lecture / Ecriture
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Le Manoir de Tyneford de Natasha Solomons

Natasha Solomons
  Le Manoir de Tyneford
  La galerie des maris disparus

Natasha Solomons est un auteur britannique née en 1980.

Le Manoir de Tyneford - Natasha Solomons

Dans la plus pure tradition du roman anglo-saxon
Note :

   Un premier coup de cœur en cette année 2013. De cette jeune femme écrivain j'avais déjà dans ma PAL "Jack Rosenblum rêve en anglais", que je compte désormais lire bientôt après une si bonne surprise! Mais entrons dans le vif du sujet...
   
   1938. Jeune juive de la bourgeoisie viennoise, Elise Landau vient de publier une annonce afin de proposer ses services pour devenir domestique en Angleterre. C'est bien contre son gré qu'elle envisage de chercher du travail en Angleterre car, même si les rumeurs se multiplient à Vienne, elle n'a pas pleinement conscience de l'imminence du danger qui plane sur elle et ses proches. Dans le grand appartement familial, elle partage quelques moments privilégiés avec son père, écrivain, sa mère, cantatrice et sa sœur, également musicienne et sur le point de partir aux Etats-Unis avec son époux. Lorsqu'un travail lui est proposé en Angleterre, Elise est surprise compte tenu de son manque d'expérience et part à contre-cœur, persuadée que cette étape ne fait que retarder son départ pour les Etats-Unis où elle pourra rejoindre toute sa famille.
   
   La voilà qui arrive en Angleterre et qui, après un très court arrêt à Londres et une expérience humiliante à l'agence de placement – où on lui demande de ressortir pour entrer par la petite porte, Elise arrive à Tyneford. Près de la mer, le domaine a des allures romanesques et un charme historique indéniable. Mais après une jeunesse dorée en Autriche, où elle avait elle aussi une domestique, Elise est brutalement confrontée à son changement de statut : outre ses horaires chargés auxquels l'ont mal préparée des années d'oisiveté, elle doit apprendre à s'effacer complètement, devant quitter discrètement une pièce si les maîtres y entrent et apprendre à voir ses désirs toujours considérés en dernier, lorsqu'on leur accorde une quelconque attention. Sa situation personnelle ne lui vaut pas un traitement de faveur, bien au contraire, puisqu'elle ne peut s'intégrer ni aux domestiques, ni aux maîtres, car venant d'un autre milieu social que les premiers et n'étant qu'une domestique pour les autres.
   
   Mais la position d'Elise est ambiguë : elle se lie rapidement d'amitié avec Kit, l'héritier du domaine, tandis que le maître des lieux, Mr Rivers, rompt à plusieurs reprises le protocole pour adresser la parole à cette fille dont le père n'est autre qu'un de ses écrivains favoris. Au fil des années, nous suivons le parcours d'Elise tandis qu'autour d'elle Tyneford est menacé par la guerre et que les retrouvailles avec sa famille semblent de plus en plus improbables.
   
   Je me suis régalée avec ce roman que j'ai littéralement dévoré. Nathasa Solomons recrée une atmosphère nostalgique en choisissant d'ancrer son récit dans une période charnière de l'histoire de Tyneford, et l'on pressent dès les premiers chapitres que c'est un monde en voie de disparition qui s'offre à nos yeux. C'est aussi un récit dans la plus pure tradition du roman anglo-saxon : dense, imaginatif, porté par des personnages dotés d'un vrai relief et qu'il est bien difficile de quitter une fois la dernière page tournée. Ce roman est également assez visuel je trouve, dans la mesure où il est aisé de s'imaginer aussi bien les personnages que les lieux-mêmes, qui se sont immédiatement imposés à moi. Cela pourrait faire également un merveilleux film...
   
   J'espère que vous vous laisserez tenter, je doute que vous le regrettiez!
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critique par Lou




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Romantique !
Note :

   "Ce ne fut pas seulement la beauté du bâtiment qui me frappa cet après-midi là et bien d'autres après, mais aussi sa situation ; rares sont les endroits en Angleterre où la nature a été plus prodigue. Des bois de hêtres bordaient le jardin, et la demeure, construite sur un terrain en pente, avait la rangée de collines en arrière-plan. Une élégante terrasse courait le long de la maison d'où quelques marches menaient à une pelouse soyeuse qui descendait vers la mer. Toutes les fenêtres de la façade donnaient sur cette étendue d'eau étincelante, calme, enchanteresse. Je respirai de nouveau cet air à l'étrange odeur de thym, de terre fraîchement retournée, de sueur et de sel."
   

   Printemps 1938 en Autriche. Les temps se font durs pour les familles juives. Elise, jeune fille de 18 ans n'a d'autre choix pour fuir que de se faire engager comme femme de chambre en Angleterre. Le cœur déchiré, elle va quitter le cocon douillet dans lequel elle vivait en enfant gâtée entre ses parents, cantatrice et écrivain, et sa sœur Margot, qui eux peuvent obtenir des visas pour les Etats-Unis.
   
   Cette note grave liée à l'exil, au déclassement social et à la guerre va courir tout au long du roman, qui est pourtant un enchantement d'un bout à l'autre. Parce qu'Elise a la fougue de la jeunesse, qu'elle va tomber amoureuse, d'un lieu et d'un homme, qu'elle lutte contre l'adversité avec une belle énergie. Il y a du romantisme, des rebondissements, une ambiance anglaise à la Downton Abbey, des drames et des moments de bonheur intense.
   
   Les ficelles sont un peu grosses parfois, ce n'est pas grave, les personnages sont tellement bien croqués que l'on pardonne à l'auteur quelques facilités et que l'on se laisse emporter à la suite d'Elise dans les sortilèges de Tyneford. Un quasi coup de cœur. N'hésitez pas une seconde.

critique par Aifelle




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