Lecture / Ecriture
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La guerre des salamandres de Karel Capek

Karel Capek
  La guerre des salamandres
  Le Météore

Karel Čapek est un écrivain tchécoslovaque né en 1890 et mort à Prague en 1938.

La guerre des salamandres - Karel Capek

Politic-science-fiction
Note :

   Ce roman difficilement catégorisable (OLNI*) est paru en feuilleton dans les années 30 vraisemblablement, il est paru assez récemment chez Cambourakis (11 euros), et même s'il n'est pas LE chef d’œuvre absolu, il mérite amplement lecture et n'a absolument pas vieilli!
   
   Première partie, au parfum de livre d'aventures, où comment l'on découvrit dans les îles du fin fond du Pacifique des salamandres de bonne taille, dociles, pacifiques, bosseuses, apprenant vite, pourquoi elles essaimèrent dans le monde entier suite à un appât du gain fort capitaliste de la part des hommes.
   Beaucoup d'humour, d'action, c'est pas mal barré.
   
   Deuxième partie, quasi consacrée à l'histoire des salamandres, offrant des notes de bas de page et différents points de vue, là c'est bourré d'ironie et d'humour noir. On ne peut s'empêcher de penser, au vu du traitement infligé aux salamandres, à la traite des noirs et aux mouvements anti-esclavagistes.
   
   Dernière partie, plus sombre, plus philosophique, où la situation se dégrade, les salamandres se révélant obligées de lutter pour un espace vital suffisant, au grand dam des hommes n'ayant pas vu venir grand chose en dépit de mises en garde de certains intellectuels.
   
   
   Ce qui frappe en premier lieu dans ce roman, c'est avec quelle facilité, en dépit d'un thème sérieux, il se lit avec aisance et plaisir, grâce aux changements de genre, roman classique, dialogues, compte-rendus, essais, etc. le tout assaisonné d'ironie.
   
   En plus des références à la traite des noirs, on peut y voir aussi des préoccupations écologistes, une réflexion sur la démocratie, et bien sûr chercher les clins d’œil à la situation en Europe dans les années 30. Capek égratigne avec humour les caractéristiques (supposées) des Anglais, Français, et surtout on ne peut s'empêcher de penser à l'Allemagne de l'époque:
   
   "Sur ce, la presse allemande commença à faire beaucoup de bruit autour de la salamandre balte. On soulignait surtout que c'était grâce au milieu allemand que cette salamandre avait évolué vers un type racial différent et supérieur, qu'il convenait de placer au-dessus de toutes les salamandres. On parlait avec mépris des salamandres dégénérées de la Méditerranée, au corps et à l'esprit atrophié, des salamandres sauvages des tropiques et en général des salamandres inférieures, barbares et animales, des autres nations. Une formule fit fortune à l'époque 'de la Grande Salamandre à la Sursalamandre allemande!'"

   
   
   * Objet Littéraire Non Identifié
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critique par Keisha




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Satire fantastique pré – seconde guerre mondiale
Note :

   Karel Capek est tchèque et écrivit ce roman en 1936. Ce qui pourrait passer pour un simple roman de science – fiction se révèle bien un conte, anticipant les terribles évènements qui bouleversèrent l’Europe et le Monde dans les années qui suivirent.
   
   L’air de ne pas y toucher ce conte aborde les questions du capitalisme, du rationalisme, voire de l’écologie (en 1936 !). Il règle des comptes aussi avec la science, lorsqu’elle est mise sur un piédestal, avec le journalisme d’opérette, le cinéma à la gomme... Karel Capek était réellement un visionnaire. Pour ce qui est des ravages du rationalisme, il ne faudra pas attendre longtemps pour avoir confirmation de ses thèses. Heureusement (!) il mourra en 1938 et ne verra pas le régime nazi car il est dit qu’il figurât sur les listes des écrivains recherchés pour être envoyés en camps de concentration.
   
   Tout part d’un brave capitaine de bateau batave, Jan Van Toch, qui cabote en Asie du Sud-Est du côté de la Malaisie (bonjour Joseph Conrad !) et qui fait fortuitement la découverte d’une race de salamandres singulière puisque bipède, dotée d’une forme d’intelligence certaine, et facilement éducable. Tant et si bien que Jan Van Toch voit bien le profit qu’il peut tirer de cela : il les utilise pour pêcher des perles. Richesse ! Mais de fil en aiguille, les salamandres, pas folles, présentent revendications sur revendications, oh pas bien grave ; des couteaux pour se défendre contre les requins qui les déciment... Puis on va avoir l’idée d’utiliser la capacité des salamandres à comprendre et exécuter des travaux toujours plus compliqués pour bâtir sous la mer. Et puis on va les exporter. Elles vont se répandre sur les rives des cinq continents, puis... confrontation avec l’homme.
   
   La salamandre gentille et utile s’avère un concurrent pour l’homme. Une guerre va s’ouvrir...
   C’est dans la description de ces différents mécanismes qui amènent une salamandre indigène qui ne fait de tort à personne à conquérir le monde que Karel Capek, par touches successives, met en évidence les carences et les incohérences de notre monde, déjà en 1936. Et c’est très fin. Et très juste...
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critique par Tistou




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Hier et demain
Note :

   La guerre des salamandres de l’écrivain tchèque Karel Capek est l’un de ces livres dont le titre m’a interpellée pendant des années, cité très souvent comme l’un des plus grands classiques de la science-fiction politique et aussi comme un texte visionnaire. Une de ces œuvres dont vous vous dites chaque fois : "Il faut que je la lise" ! Lecture à faire toujours repoussée, oubliée, mais qui reste dans un coin de votre mémoire. Et puis soudain, voilà que, sans l’avoir cherché, à la bibliothèque, je tombe sur ce livre. Enfin !!
   
   "Que dirions-nous si une espèce animale autre que l’homme proclamait que, vu son nombre, elle possède seule le droit d’occuper le monde entier et de dominer toute la nature"
écrit Karel Capek quand il publie La guerre des salamandres. Nous sommes en 1936. Hitler est au pouvoir depuis 1933 et Capek ajoute à propos de l’histoire qu’il a imaginée dans laquelle les salamandres prennent le pouvoir : "La critique l’a qualifiée de roman utopique. Je m’élève contre ce terme. Il ne s’agit pas d’utopie, il s’agit d’actualité.". Une actualité qui allait bientôt aboutir à la deuxième plus grande boucherie du XX siècle mais Capek ne serait plus là pour la vivre. Il est mort en 1938. On peut dire pourtant qu’il l’avait prévue.
   
   Dans une petite île près de Sumatra, le capitaine Jan Van Loch découvre une espèce de salamandres douées d’intelligence, adaptées au milieu marin, qu’il décide d’utiliser pour exploiter les perles huitrières. C’est le début d’un capitalisme paternaliste à petite échelle et encore humain, car le capitaine adore ses salamandres et veille à ce qu’elles ne soient pas maltraitées. Mais à sa mort, plus rien ne retient les grandes sociétés capitalistes et c’est par millions qu’elles élèvent les salamandres, les vendent, les utilisent pour tous les grands travaux sous-marins, les instruisent militairement et leur donnent des armes pour faire d’elles de la chair à canon. Mais… Les salamandres de plus plus nombreuses se révoltent et prennent le pouvoir.
   
   Dans ce roman Karel Capek, sous le couvert d’un roman fantastique, dénoncent toutes les abjectes idéologies en -isme en commençant par le capitalisme, le nationalisme, le militarisme et l’impérialisme, le racisme…
   Les salamandres représentent les classes laborieuses malheureusement exploitées, des êtres intelligents considérés comme du bétail, achetés et vendus comme jadis les esclaves africains, sujets d’expériences médicales pour les progrès de "la science", puis au fur et à mesure que les salamandres développent une intelligence supérieure et que leur nombre s’accroît, elles vont symboliser l’impérialisme qui chercher à accroître ses territoires au détriment des autres peuples, puis la dictature en prenant le pouvoir.
   
    Karel Capek manie l’humour avec brio, et épingle tour à tour toutes les nations, en mettant en valeur leurs travers et leurs faiblesses et chacun en prend pour son grade, l’antisémitisme des allemands, l’orgueil et la prétention à la supériorité des anglais, le racisme des Etats-Unis avec les agissements haineux du Ku kux Klan, la vanité culturelle des français, et ceci pour notre plus grand plaisir !
   
   Sous cette apparente de légèreté, le propos est pourtant sombre et grave car Capek a une vision lucide de la société de son temps et des dangers du national-socialisme. C’est un monde bien réel que l’écrivain dénonce et dont il fait la satire. Il a déjà tout compris ce qui est en train de se mettre en place en Allemagne.
   
   Tout en soulevant les questions philosophiques et morales liées à l’exploitation des salamandres, il réalise aussi une satire des législateurs qui multiplient les lois sans se mettre d’accord et sans cohérence, des savants qui écrivent des thèses d’une vacuité absolue.
   
   Et il observe la menace montante du totalitarisme et les réponses inadéquates des nations qui laissent se développer cette peste brune sans réagir, des journaux qui ne s’intéressent qu’au sensationnel, à l'anecdote croustillante, et trahissent leur rôle d’éclaireur et d’éveilleur, du cinéma qui joue sur le strass et les paillettes et ne se préoccupe que de l’intérêt économique du film, n’apportant ainsi aucune réflexion sur le monde en crise.
   
   Et oui, l’on rit en lisant La guerre des salamandres mais l’on ne peut s’empêcher de penser avec effroi à "l’ actualité" - du propos comme le soulignait l’écrivain lui-même -, une actualité qui est aussi et toujours la nôtre et pas seulement celles des années 1930. A lire !!

critique par Claudialucia




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