Lecture / Ecriture
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Mémoire morte de Donald Westlake

Donald Westlake
  Au pire, qu'est-ce qu'on risque ?
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  Surveille tes arrières!
  Mémoire morte

Ecrivain américain auteur d'une centaine d'ouvrages, policiers pour la plupart.
Il est né à New York en 1933 et est mort d'une crise cardiaque au Mexique le dernier jour de 2008.

Mémoire morte - Donald Westlake

Mais mauvais souvenirs...
Note :

   Titre original : Memory
   
   C’est un des tout premiers romans de l’auteur, que ce "Memory" qui fut écrit au début des années 60 ( Westlake avait une petite trentaine d'années) et publié à titre posthume, en 2010.
   
   J’étais prévenue que ce Westlake n’était pas drôle du tout, et que c’est même pour cela que sa parution a été si tardive. C’est avec curiosité que j’ai voulu savoir comment Westlake écrivait sans ses gags ordinaires.
   
   Voici donc Paul Cole, un jeune homme qui sort du coma à l’hôpital, dans une petite ville anonyme. Il a été surpris avec une femme par le mari de celle-ci et violemment tabassé. Victime d’une commotion cérébrale, il a perdu la mémoire, pas complètement, mais tout est devenu flou. Il sait qu’il est acteur, et a tourné dans des téléfilms et des pièces ; pas de grands rôles, mais c’était son métier. En dépit de son handicap, on lui enjoint de quitter l'hôpital, quasiment sans le sou, car il a dû payer les soins. Le capitaine de gendarmerie lui fait la morale et l'expulse de la ville. Paul n’a plus de quoi revenir à New-York car c’est là qu’il résidait d’après son permis de conduire. Lui ne se souvient de rien de précis : quelques flash, quelques prénoms, personne à qui demander de l'aide.
   
   Il se retrouve à Jefford une petite ville, à 1500 km de NY, et se fait embaucher à la tannerie, au service expédition, en attendant d’avoir de quoi retourner chez lui. C’est provisoire, la mémoire lui reviendra à NY , il en est sûr. En attendant, il se rend compte que sa mémoire du passé n’est pas seule à lui jouer des tours. Ce qu’il vit au présent disparaît aussi plus ou moins vite de sa conscience. Les noms les adresses, les lieux, les images, les personnes… Son cerveau ressemble à un tamis qui laisse passer les informations…
   
   Cela ressemble beaucoup à la maladie d’Alzheimer. Et c’est une lente descente en enfer que relate ce roman. En même temps, l’auteur décrit fort bien la vie et les mœurs des groupes sociaux que Paul traverse, et qu’il tente de fréquenter ; les ouvriers de la tannerie, la pratique de l’usure, les hôtels minables, puis le milieu du cinéma de série B, à NY, et la férocité des anciennes connaissances de Paul qui le rejettent sans aménité, une galerie de personnages odieux témoignant d'un pessimisme intégral que l'on peut trouver dans des romans comme "le Couperet", mais aucune situation cocasse ne vient ici compenser la détresse du héros.
   
   Plus le roman avance, plus le lecteur s’angoisse : il finit par savoir plein de choses sur Paul que celui-ci ne se rappelle pas, et anticipe ses malheurs futurs. Il y a pourtant des trucs bizarres que, pas plus que Paul, le lecteur ne parvient à élucider : c’est ce petit carré de métal lisse et brillant, que les flics ont montré à Paul, vous avez perdu ça? Paul constate qu’il peut parfaitement s’y mirer mais qu’a-t-il à voir avec ce bout de métal? Est-ce une pièce à conviction? Que faisait-il dans son autre vie, n’a-t-il pas eu d’autres ennuis? ….
   
   Un roman réaliste, angoissant, très noir, l’humour est présent mais il est plus que noir lui aussi. L’ensemble est puissant et d’une grande vérité.
   ↓

critique par Jehanne




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L'oubli
Note :

    Parfois on comprend mal. Donald Westlake a publié des dizaines de romans de son vivant, sous de très nombreux pseudos. Et fourni la matière de bien des films, parfois français d'ailleurs. Pléthorique, son œuvre compte au moins une centaine de titres. Et pourtant je ne l'avais jamais lu. Mais ce roman, "Memory", est sorti cinquante après son écriture, Westlake le souhaitait-il posthume? C'est le cas car l'auteur est mort en 2008. Les livres habituels de Donald Westlake ont plutôt un registre assez humoristique d'après ce que j'ai vu, étant néophyte de cet écrivain. "Mémoire morte" est absolument passionnant, parcours douloureux de Paul Cole, acteur de profession, amnésique suite à bagarre avec un mari jaloux. Hospitalisé dans une petite ville de l'Amérique dite profonde, il sort, physiquement rétabli mais sans repère aucun de sa vie antérieure ni moyen financier de faire plus de 100 km pour regagner New York.
   
    Dans cette Amérique de 1960 le seul point positif pour Cole est qu'il trouve facilement un job dans une tannerie et en quelques semaines parvient à rejoindre la grande ville. Mais la déception sera de taille pour cet homme qui n'est plus personne et qui ne parvient pas à se reconstruire suffisamment pour en devenir un autre. C'est tout à fait pertinent par l'écriture précise et qui ne s'égare pas, de Donald Westlake. Il essaie pourtant, à, l'aide des classiques pense-bête, d'honorer ses rendez-vous médicaux ou professionnels, mais rien ne s'ébauchera vraiment. Le quotidien de Paul Cole tourne au cauchemar, amis inconnus, incapacité à renouer avec son métier d'acteur, quoi de pire que l'amnésie pour un comédien? Tout est terriblement compliqué, hors du moindre élément sûr pour ce qui est du passé récent.
   
    Et puis Westlake sait très bien décrire cette vie simple au détour d'une petite gare, une vieille dame qui travaille encore au guichet, ou ce gardien d'immeuble plus très jeune lui non plus, à croire que cette Amérique ne draine pas que des destins clinquants. Mais ça, on le savait déjà. Quoiqu'il en soit je ne peux qu'engager les nombreux amateurs de la littérature américaine à lire ce roman. Rien d'un thriller, rien d'un nature writing, tout d'un grand livre. Le grand Edward Hopper, qu'on semble découvrir en France presque jusqu'à l'overdose, illustrerait parfaitement ce voyage étrange d'un étranger en son propre monde.
    ↓

critique par Eeguab




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Magistral Westlake d'outre-tombe
Note :

            C'est un beau livre que nous envoie d'outre-tombe Donald Westlake dont les tiroirs contiennent, semble-t-il, encore pas mal d'inédits. Un livre qui dépasse, sans en avoir l'air, sa spécialité d'auteur de polars. Le point de départ, certes, a servi d'embrayage à nombre de récits policiers : un acteur, tabassé par un mari jaloux, se réveille à l'hôpital privé de mémoire et tente de reconstituer son passé. L'amnésie est un thème commun à bien des romans de ce genre mais Westlake va bien plus loin que, pour prendre un exemple récent, S.J. Watson dans "Avant d'aller dormir". D'abord, l'amnésie qu'il met en scène n'est pas, comme souvent, une perte totale de mémoire. Plus qu'un voile noir, c'est une passoire qui laisse parfois apparaître des bribes du passé, qu'il soit lointain ou immédiat. Paul Edwin Cole, le personnage central, n'est donc pas impuissant dans sa tentative de reconstruction, il bénéficie de points de repère futiles ou essentiels auxquels il pourrait aisément se raccrocher s'ils n'étaient menacés de disparition soudaine. Il court après sa vie passée, tente d'en reprendre le fil, retrouve des amis prêts à l'aider, réinvestit son quartier et son appartement mais la succession d'échecs qu'il rencontre le conduit à une dépression dépeinte de façon magistrale. La couleur polar, vaguement esquissée autour d'un souvenir qui vaut au personnage d'être interrogé par la police, s'estompe peu à peu pour laisser place à l'errance d'un homme perdu, de plus en plus seul, qui rappelle, et ce n'est pas peu dire, "Un homme qui dort" de Georges Perec.
    ↓

critique par P.Didion




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... Publié après sa mort
Note :

   "Mémoire morte" aurait été écrit dans les années 60 et publié en 2010, œuvre posthume donc, et aussi un des premiers romans de Donald Westlake, écrivain prolifique s’il en fut (plus d’une centaine d’ouvrages, sous de nombreux pseudos!).
   
   "Œuvre au noir", est-il précisé dans la quatrième de couverture. C’est le moins qu’on puisse dire! Noire de chez noire, l’œuvre! Il ne s’agit pas d’un roman policier.
   
   Paul Edwin Cole est un comédien, new-yorkais (chez Donald Westlake, New York est souvent un élément fondamental), d’une trentaine d’années. Mais le lecteur ne le découvre réellement que dans le corps du roman, en même temps que Paul. C’est qu’en effet, au démarrage du roman, Paul, en galante compagnie, en compagnie surtout d’une femme mariée, se fait surprendre par le mari d’icelle, qui lui assène un magistral coup de chaise sur la tête le plongeant ainsi dans le coma.
   Au réveil du coma, la mémoire... est morte. Rien de rien. Qui il est? Ce qui l’a mis dans cet état? Que se passe-t-il? Il n’en a nulle idée. Problème : ceci s’est déroulé durant une tournée de la troupe à laquelle il appartenait. Qui ne l’a pas attendu et qui a continué son périple.
   
   Paul se retrouve inconnu en territoire inconnu avec une mémoire qui ne franchit pas les bornes du sommeil. C’est un véritable "reset" qu’il subit chaque jour en se réveillant (c’est curieux mais sans le faire exprès j’avais lu juste avant "Avant d’aller dormir", de S.J. Watson sur un thème similaire)...
   
   "Mémoire morte" est donc l’histoire de cette tentative de reconquête de son histoire, de son "moi" profond de la part d’un amnésique ou assimilé. Et ce n’est pas une partie de plaisir. La reconquête! Parce que sa lecture, si! Donald Westlake avait beau écrire à tours de bras, c’était quand même sacrément bien fait...
   
   Cela dit, "Mémoire morte" fait partie de son "œuvre au noir"...

critique par Tistou




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