Lecture / Ecriture
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Moi, Eugénie Grandet de Louise Bourgeois

Louise Bourgeois
  Moi, Eugénie Grandet

Louise Bourgeois est une sculptrice française naturalisée américaine, née en 1911.

Moi, Eugénie Grandet - Louise Bourgeois

Précédé d'un essai de Jean Frémon
Note :

   Du 3 novembre 2010 au 6 février 2011, s'est tenue à la maison de Balzac une exposition de "seize petit panneaux en hommage à la pâle héroïne de Balzac", ultime projet de Louise Bourgeois. L'artiste y renouait avec l'art de la broderie et du tissage, qu'elle avait pratiqué dans sa jeunesse, aidant ainsi ses parents qui rénovaient des tapisseries.
   
   La reproduction des œuvres est précédée d'un texte de l'artiste, "Ode to Eugénie Grandet "(suivi de sa traduction) et surtout d'une très pertinent essai de Jean Frémon, le premier à avoir présenté, en 1958, l’œuvre de celle qui était encore une inconnue en Europe.
   
   Ce dernier souligne d'abord les points communs entre les thèmes fondateurs entre Balzac et Bourgeois, tout particulièrement la maison, mais aussi, et de manière plus surprenante, ceux entre l'héroïne du premier vrai grand succès du romancier et l'excentrique artiste. A première vue en effet, tout sépare Louise qui quitta la France et l'"ignorante fille sans cesse occupée à rapetasser des bas, à ravauder la garde-robe de son père, et dont la vie s'était écoulée sous ces crasseux lambris." Mais pour Jean Frémon "Victimes de la manipulation et de l'arrogance d'un père, Eugénie et Louise le furent toutes deux." Et d'établir des passerelles entre la biographie de Bourgeois et le roman de Balzac.
   
   Je le suis davantage quand il évoque "la lenteur et la résignation qui sont transformées en exercice spirituel, ces petits tableaux sont des mandalas, des prières [...] ces tableaux ne sont pas seulement des objets, ce sont des supports d'émotion, des reposoirs." Il souligne également que "Les torchons, les mouchoirs souvent usés, qui sont les supports de la plupart des œuvres réunies ici sont ceux de son enfance, rapportés de France et entassés dans des armoires pendant toutes ces années en attendant le bonheur d'être recyclés en œuvres d'art." Si Jean Frémont les envisage dans leur rapport au temps, "Quadrillages, symétries rassurantes, sentiment des heures qui passent",j'y vois aussi la réappropriation des linges domestiques et la récupération/transformation d'éléments hétérogènes.
   
   Des extraits d'"Eugénie Grandet" viennent illustrer cette brillante présentation, présentation qui donne envie d'approfondir la découverte de celle dont le "travail fut considéré comme implicitement mineur parce qu'il était celui d'une femme."
   
   Cette exposition, "Je ne suis pas Eugénie Grandet" l'avait évoquée et je ne pouvais que craquer sur le catalogue de l'exposition. Celui-ci patientait sur mon bureau en attente d'un billet jusqu'à ce qu'un nouveau ricochet, en l’occurrence un autre roman, le remette en lumière. Mais c'est une autre histoire...

critique par Cathulu




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