Lecture / Ecriture
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Oublier son passé de Karin Alvtegen

Karin Alvtegen
  Ténébreuses
  Oublier son passé

Oublier son passé - Karin Alvtegen

Pas un polar, cette fois
Note :

   "Elle observa ses mains qui reposaient sur le clavier de l'ordinateur. La petite marque sur son annulaire gauche, à l'emplacement de son alliance, n'était plus perceptible. Le temps effaçait toutes les traces, les unes après les autres. Seule la colère restait intacte, la transperçait comme un pieu au milieu de la poitrine et la clouait dans une vaine attente de temps meilleurs. Elle comprit tout-à-coup qu'elle était engluée dans cette attente, et qu'elle n'était même pas certaine d'assumer une amélioration si elle venait à se produire. Car elle traînait une honte, cette ultime punition de la femme rejetée".
   
   Helena et Martin ont choisi de quitter Stockholm et sa vie trépidante pour acheter un hôtel à la campagne, précisément dans la maison où Helena, enfant, passait toutes ses vacances d'été. Martin n'a pas pu s'adapter à cette nouvelle vie et est parti six mois auparavant. Emilie, la fille du couple, sentant sa mère fragile, est restée avec elle, malgré sa forte envie de suivre son père en ville.
   
   Anders, riche homme d'affaires, s'aperçoit que, si sa réussite matérielle est totale, sa vie affective est un désert. Personne autour de lui. Collectionneur compulsif, il se rend dans un coin perdu de forêt où un vieil original possède une guitare hors de prix qu'il tient absolument à acquérir. Une tentative de suicide déguisée en accident l'amène tout droit à l'hôtel d'Helena, aussi déboussolé qu'elle.
   
   Vous voyez déjà le happy-end se profiler? Erreur ... ce n'est pas aussi simple. Si en apparence tout est en place pour une love-story, les fausses pistes ne manquent pas dans ce roman. C'est une lecture idéale pour les vacances, ni trop prise de tête, ni trop mièvre non plus. Les personnages, prévisibles au départ, recèlent plus de zones d'ombres que je n'imaginais.
   
   Plutôt que d'oublier le passé, je dirais qu'il s'agit surtout de le remettre à sa juste place. Pour les deux personnages principaux, il envahit le présent, les empêchant de vivre. Helena n'accepte pas la rupture imposée par Martin. Toute à son entêtement à s'accrocher à ses merveilleux étés de jeunesse, elle est aveugle à la souffrance de sa fille et à sa propre responsabilité dans le départ de Martin.
   
   Anders, lui, est resté focalisé sur la mort de sa mère quand il avait 9 ans et sur l'incapacité de son père à s'occuper de lui. Professeur un peu lunaire, il est encore plus perdu que son fils. Le rejet brutal de Martin par son premier amour a achevé de le verrouiller et il ne s'est plus laissé atteindre par quoi que ce soit, jusqu'à devenir cette coquille vide, à 47 ans.
   
   Les personnages secondaires donnent du corps à l'histoire. J'ai été particulièrement séduite par Anders, l'original dans sa forêt, un homme étonnant, qui servira un peu de détonateur à une série de révélations, qui obligera tout le monde à réviser ses positions et ses certitudes. Les faux-semblants vont avoir du plomb dans l'aile. Anders possède un don que l'on ne rencontre pas tous les jours dans les romans (ni dans la vie).
   
   Et savez-vous qu'elles sont les pages qui m'ont le plus emballée? Un exposé sur la mécanique quantique!! Oui. Passage jubilatoire, je sais maintenant pourquoi je n'y comprendrai jamais rien.
   
   Je ne vous dirai pas que c'est un chef d’œuvre, mais c'est une lecture très agréable, avec des réflexions assez fines sur les mensonges que l'on entretient sur soi-même et la nécessité de faire un jour le ménage si l'on veut continuer à tenir debout.
   
   L'auteur, Karin Alvtegen, est considérée comme la reine du polar en Suède. C'est son premier roman sans enquête. Elle est la petite nièce d'Astrid Lindgen (Fifi Brin d'Acier).

critique par Aifelle




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