Lecture / Ecriture
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Une maison de poupée de Henrik Ibsen

Henrik Ibsen
  Une maison de poupée
  Peer Gynt
  La cane sauvage
  La dame de la mer
  Hedda Gabler

Henrik Johan Ibsen est un dramaturge norvégien né en 1828 et mort en 1906.

Une maison de poupée - Henrik Ibsen

Toujours moderne
Note :

   Présentation de l'éditeur: (celle du livre de poche)
   
   "Dans cette maison où la femme est et n'est qu'une poupée, les hommes sont des pantins, veules et pleutres. Sans doute Nora incarne-t-elle une sorte de moment auroral du féminisme, alors qu'être, c'est sortir, partir. Et Ibsen, grâce à ce chef-d'œuvre, accède au panthéon de la littérature mondiale. Mais si sa poupée se met, sinon à vivre, du moins à le vouloir, au point de bousculer au passage l'alibi de l'instinct maternel, c'est qu'autour d'elle les hommes se meurent. Ibsen exalte moins Nora qu'il n'accable le mari, l'avocat Helmer, ou Krogstad par qui le chantage arrive."
   

   
   Commentaire
   

   J'avais le goût de lire du théâtre. Voilà donc pourquoi j'ai sorti Ibsen de ma pile. Oui j'ai lu une traduction en anglais, c'est le seul que j'ai trouvé quand je l'ai acheté il y a de ça... quelques années! Je me demande d'ailleurs encore pourquoi j'ai autant attendu parce que j'ai vraiment été agréablement surprise par cette pièce, que j'ai définitivement beaucoup, beaucoup aimée.
   
   Il faut d'abord savoir que la pièce a été écrite fin 19e, si ma mémoire est bonne (parce que oui, je me fie à ma mémoire et je suis trop paresseuse pour aller vérifier, là, maintenant*). On y peint un portrait de la petite bourgeoisie norvégienne qui, s'il ne nous surprend guère, a quand même fait réagir fortement la fille d'aujourd'hui que je suis. Pas de grands discours, un texte avec des dialogues qui vont droit au but, directement, mais qui frappent. J'ai littéralement grogné après certains personnages du roman et je ne saurais dire lequel de Torvald ou de Krogstad m'a le plus fait rager. Même que le livre a failli voler à travers la pièce tellement je les trouvais odieux à l'occasion!
   
    La pièce démarre lentement, nous faisant entrevoir ce petit monde d'apparence où personne n'est réellement ce qu'il semble être . Nora est un petit oiseau joyeux et irresponsable qui met de la vie dans sa maisonnée. Traitée comme une enfant par son mari, qui l'aime justement pour son côté innocent et tête de linotte, c'est elle la femme-poupée de l'histoire. Celle qui charme, qui ne réfléchit pas. Elle est ravie, son mari a eu une promotion et ils auront bientôt un train de vie plus aisé. Et soudain, un nuage noir. Un gros nuage noir. Et avec ce chantage, Nora sera mise face à ses décisions passées et présentes, face à ce qu'il est "de bon ton" de penser et face à ce qu'elle ressent vraiment, face à ce qu'elle est réellement comparativement à ce que l'on voudrait qu'elle soit.
   
   L'évolution se fait graduellement, parce qu'elle n'a pas le choix. Elle est dominée par tout le monde, est un peu à leur merci et ne sait trop comment réagir. Elle est tour à tour déçue par ceux qu'elle croyait connaître et aimer. Les femmes de la pièce se sont sacrifiées pour les autres, ce n'était sans doute pas anormal à l'époque. Les femmes sont des mères, des épouses. Pas nécessairement dans cet ordre. Et surtout, elles ne sont rien d'autre. J'imagine que la finale a dû faire parler lors de la sortie de la pièce car elle est tout de même résolument moderne.
   
   Bref, une pièce que j'ai beaucoup aimée, que j'ai relue deux fois pour mieux apprécier l'évolution de Nora et ses décisions, les anciennes comme les nouvelles. Et je suis totalement certaine que je verrai d'autres chose quand, un jour, je la relirai. Vraiment, j'ai beaucoup aimé!
   
   
   * 1879. Elle l'est
    ↓

critique par Karine




* * *



Etre une femme libérée, tu sais, c'est pas si facile♪♫
Note :

   Dans "Une maison de poupée", Nora est considérée par son époux Torvald Helmer comme une femme-enfant, jolie, délicieuse, gaie mais puérile et sans cervelle et surtout… très dépensière. Mais enfin, l’on ne demande pas à une femme d’être intelligente et le couple s’entend bien, le mari bêtifiant à qui mieux mieux avec son "petit écureuil" et sa charmante "alouette", bref sa poupée. Pourtant Nora quand elle se confie à son amie madame Linke est beaucoup plus sérieuse qu’il ne paraît. Pour sauver son mari, malade et à qui il fallait un séjour dans un pays chaud, elle a emprunté en secret de l’argent à un avocat véreux, Krogstad. Et pour cela elle a fait une fausse signature, celle de son père, puisqu’elle n’a pas le droit en tant que femme de signer. Elle rembourse chaque mois sa dette en rognant sur les dépenses du ménage et en se privant de tout. Mais l’avocat qui veut obtenir un poste dans la banque dont Helmer est devenu le directeur la menace de la poursuivre en justice si Helmer ne lui donne pas satisfaction. Nora désespérée pense que Helmer va vouloir prendre sa faute et se faire condamner à sa place. Elle est prête à mourir plutôt que d’envoyer son mari en prison. Mais lorsque celui-ci apprend la vérité, il accepte le chantage de Krogstad et condamne sévèrement la jeune femme. Furieux, il décide de la séparer de ses enfants car elle ne lui paraît pas digne de les élever. Aussi lorsque l’avocat renonce à la poursuivre, Nora refuse de jouer à nouveau à la maison de poupée, avec un mari redevenu indulgent; elle prend conscience qu’elle n’a jamais pu être elle-même et décide de partir pour être libre et devenir enfin adulte.
   
   "Une maison de poupée" est ma pièce préférée de Henrik Ibsen. Le thème féministe qui m’intéresse particulièrement y est pour beaucoup évidemment. Il pose le problème de la liberté de la femme toujours considérée comme une mineure dans une société où elle doit tout attendre de son mari.
   
   Le mot "féministe" nous explique Régis Boyer dans les notes écrites à propos de "La maison de poupée" n’est pas le terme qui convient précisément à Ibsen. Il était surtout moraliste et la double morale pratiquée en son temps entre l’homme et la femme, - douce et indulgente pour l’un et implacable pour l’autre- le révoltait. Il écrivait : "Une femme ne saurait être elle-même dans la société de notre temps, c’est une société exclusivement masculine avec des lois écrites par des hommes et avec des accusateurs et des juges qui condamnent la conduite d’une femme d’un point de vue masculin."
   

   Or ce thème est traité ici d’une manière relativement optimiste, qui donne du baume au cœur, grâce au personnage de Nora. On sent toute la tendresse de Henrik Ibsen envers ce personnage qu’il a doté de grâce, de vivacité (écureuil, alouette), de sensibilité mais aussi d’intelligence et de courage. Elle dit adieu à son confort douillet, à ses enfants, car elle ne peut vivre dans le mensonge, continuer à faire semblant. Nora est une enfant qui devient une adulte devant nos yeux, qui prend conscience de la réalité et qui n’accepte pas les compromis. La conduite de son mari envers elle lui dessille les yeux, elle acquiert la lucidité et elle dénonce une société qui maintient les femmes dans l’ignorance et dans l’enfance mais qui les stigmatise quand elles ne connaissent pas les lois et commettent des erreurs. Ibsen signifie par là que tous les individus, femmes ou hommes, ont le droit d’être eux-mêmes, de chercher leur "vérité" et de refuser le "mensonge vital", celui de "Peer Gynt" ou des personnages de "La cane sauvage".
   
    Inutile de dire encore une fois que le dénouement de la pièce fit un scandale : une femme qui quitte son mari et qui abandonne ses enfants avait peu de chance de rencontrer la compréhension. D’ailleurs en est-il autrement aujourd’hui?

critique par Claudialucia




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