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Le roman du mariage de Jeffrey Eugenides

Jeffrey Eugenides
  Middlesex
  Virgin Suicides
  Le roman du mariage

Jeffrey Eugenides est un romancier américain né en 1960.

Le roman du mariage - Jeffrey Eugenides

De la difficulté d’aimer
Note :

    "Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour" François de La Rochefoucault
   
   Ce roman démarre le jour de la remise du diplôme universitaire de Madeleine. Ses parents, Alton et Phyllida, viennent prendre leur petit déjeuner avec elle avant d’assister à cette cérémonie. Mais Madeleine n’a pas la tête à cela. Elle vient en effet de se séparer de Léonard, son petit ami, et elle a bien du mal à se remettre de ce chagrin d’amour, qu’elle tente cependant de cacher à ses parents, espérant que les choses vont évoluer favorablement, d’autant plus qu’ils étaient sur le point de s’installer ensemble. Alors qu’elle tente de faire bonne figure, ses parents aperçoivent Mitchell, un autre ami de Madeleine, qu’ils apprécient beaucoup. En effet, c’est le gendre idéal mais Madeleine n’a pas l’intention de l’épouser bien qu’il soit très amoureux d’elle.
   
   Le décor est planté : Mitchell aime Madeleine qui aime Leonard… Mais Léonard a un comportement pour le moins étrange et il va même se révéler qu’il souffre d’une grave dépression.
   
   Un roman sur le mariage peut paraître rédhibitoire et banal ce qui n’est absolument pas le cas de ce livre. D’abord il porte une réflexion très intéressante sur le mariage à travers l’analyse que fait Madeleine au cours de ses études de l’essai de Barthe "Fragments d’un discours amoureux", texte au programme cette année là, que cette jeune fille étudie avec beaucoup d’intérêt car il fait écho à sa propre vie. Madeleine a choisi la voie littéraire car elle aime lire et c’est en troisième année qu’elle suit un cours intitulé "Le roman du mariage : œuvres choisies d’Austen, d’Eliot et de James". Mais c’est au cours de sémiologie, limité à 10 étudiants, qu’elle rencontre Léonard, qu’elle remarque immédiatement.
   
   Ce roman est superbement construit, passant d’une situation à l’autre, avec beaucoup d’habileté. Contrairement à beaucoup de livres qui présentent une construction binaire avec une alternance de chapitres passé/présent, celui-ci fait des allers retours entre différents épisodes de la vie des héros de façon très habile.
   
   Beaucoup de passages sont savoureux, faisant aussi de ce récit un roman non dépourvu d’humour. C’est le cas par exemple de la description de l’arrivée des parents de Madeleine sonnant chez elle, alors qu’elle n’a pas réellement envie d’ouvrir.
   
   C’est également un roman psychologique, qui nous offre de superbes portraits de personnages complexes, et une intrigue qui ménage le suspens.
   
   Roman d’initiation enfin, où trois jeunes étudiants apprendront à travers l’expérience de leurs propres sentiments la difficulté d’aimer et de s’engager.
   
   "Le mariage est un acte important, et il est difficile de divorcer", a dit Jeffrey Eugenides dans une interview à propos de ce livre, qui n’est pas tant le roman du mariage que le roman d’un mariage. Mais je ne vous en dis pas plus…
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critique par Éléonore W.




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Trio classique
Note :

   Dans son troisième et dernier roman, Jeffrey Eugenides, à travers l'expérience de trois étudiants, dresse le portrait d'une Amérique enjouée et pleine de promesses, celle des années 1980.
   
   Ils se sont rencontrés sur le campus d'une prestigieuse université américaine de la Côte Est et jouent ici une partition bien malheureuse du trio amoureux.
   
   Madeleine, issue d'un milieu bourgeois, est étudiante en littérature anglaise du 19ème siècle. Elle participe au cours de sémiotique et découvre Barthes et son "discours amoureux" et tombe amoureuse de Léonard, garçon au charme fou et déjanté, brillant en biologie.
   Mitchell, amoureux transi de Madeleine, passe son temps à lui tourner autour mais n'arrive pas à finaliser sa passion pour elle.
   Léonard, dont le style séducteur et désinvolte cache une profonde maladie psychiatrique, ne pourra pas rendre Madeleine heureuse malgré leur mariage.
   Mitchell partira une année pour un voyage initiatique qui le mènera jusqu'à Calcutta auprès de Mère Térésa.
   Madeleine choisira sa vie.
   
   Dans une écriture rythmée et une construction déstructurée, Eugenides nous sert une œuvre surprenante, au ton souvent impitoyable. Mélangeant les genres, il analyse d'une façon méticuleuse la maladie psychiatrique de Léonard.
   
   Il donne un remarquable essai sur la notion de mariage dans le roman. Idée très originale qui lui permet de rendre compte de l'évolution des sentiments amoureux dans la littérature et la société.
   
   Vie et mœurs dans les campus américains sont bien détaillés.
   
   Eugenides analyse finement le cheminement d'une vie amoureuse et ses aléas avec beaucoup de gravité et d'ironie.
   
   Quelques longueurs sont regrettables, comme la quête religieuse de Mitchell et son acharnement à poursuivre Madeleine.
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critique par Marie de La page déchirée




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Le commerce triangulaire asservit
Note :

   Titre original : The Mariage Plot
   
   C’est l’histoire de trois étudiants d’un peu plus de vingt ans, en 1982/83. Au début du récit, ils vont obtenir leur diplôme de quatrième année à Brown, prestigieuse université située à Providence (Rhode Island.)
   
   Madeleine étudie la littérature et souhaite faire une thèse sur le roman victorien. Ses parents, de condition aisée, sont déjà dans l’enseignement supérieur. Hélas, le jour de la remise des diplômes, la jeune fille a passé la nuit à noyer un chagrin d’amour dans une fête alcoolisée.
   
   Le responsable est Leonard, étudiant en biologie et philo. Madeleine et lui se sont rencontrés au cours de "Sémiotique 211" où ils étaient censés se familiariser avec les thèses structuralistes : Derrida, Foucauld, Saussure, peut-être bien Jakobson, toutes les semaines un texte intimidant et impénétrable à lire. La pauvre jeune fille soupçonne que l’on veut culpabiliser les gens qui prennent du plaisir aux récits traditionnels avec intrigues et personnages. Qu’on les prend pour des cons. C’est là que Leonard, ce beau garçon bien baraqué, a remis à sa place un étudiants et un prof, snobs et branchés. Madeleine et lui se sont aimés et haïs sous le haut patronage de Roland Barthes et ses Fragments d’un discours amoureux.
   
   Mais Leonard, atteint de psychose maniaco-dépressive, est un homme souffrant et un amoureux plus que déroutant.
   
   Le troisième élément du trio, Mitchell, étudiant en théologie, est amoureux de Madeleine, qui ne le lui rend pas. Pas encore, pense-t-il mais cela viendra. En attendant, il prépare un voyage en Europe et en Inde avec un ami. Pour s’initier à l’hindouisme ou au bouddhisme? Non, c’est au catholicisme qu’il voudrait se convertir. Il aimerait s’occuper des miséreux mais une sorte d’élan mystique le trouble parfois.
   
   La pauvre Madeleine est bien mal lotie! Cependant, attirée par Leonard, elle veut le suivre dans son enfer, sachant que Mitchell, même à l’autre bout du monde, l’attend patiemment.
   
   Il faudra un an pour que l’intrigue se dénoue. Pour le mieux, à mon avis…
   
   En dépit du savoir-faire de l’auteur (bonne construction ; bon dosage des dialogues et de la narration ; progression correcte de l’intrigue) on s’ennuie un peu et même pas mal en particulier avec Mitchell, ses prières, son cheminement sans surprise ni révélation. Leonard intéresse davantage, son vécu en crise à lutter contre sa maladie donne de l’intensité au récit. Madeleine, c’est la fille, et elle sert un peu trop de faire-valoir pour les deux hommes.
   
   Bien que très brillants sujets, les trois jeunes gens ont, à mon avis, des idées bien conformistes. Leonard est darwiniste, fort bien, mais il croit que tout vient des gènes, sa maladie, et aussi l’homosexualité! Le fait est qu’on leur donne de drôles de professeurs pour une école réputée aussi élitiste! La première partie est amusante parce qu’assez comique. Pour le reste, on s’enlise un peu, mais il y a des moments forts.
   
   L’auteur sait nous rendre familiers et attachants les jeunes gens ; on veut savoir ce qui leur arrive. Les professeurs et les autres étudiants seconds rôles sont efficacement croqués. En revanche, les histoires concernant les parents et frère et sœurs des protagonistes sont vraiment de trop.
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critique par Jehanne




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Perplexe...
Note :

   "Middlesex" m'avait réjouit. Ce roman du mariage ne m'a pas déplu mais rien à voir avec le précédent livre d'Eugenides. Pourtant il se lit vite, avec plaisir. Il a certaines qualités du premier. La fiction sert à des réflexions plus générales sur la littérature, la maladie et... le mariage. La différence vient de l'attachement aux personnages. Bien moindre que pour le roman d'il y a dix ans.
   
   Eugenides écrit un "roman du mariage" moderne. Le genre a eu son époque de prédilection au XIXème avec Jane Austen notamment. L'intrigue se nouant principalement autour de la quête du personnage féminin d'un bon mariage. Récit des péripéties intérieures et des espoirs. Ce pari est réussi en partie puisque de mariage il s'agit bien. Mais dans notre monde moderne, d'autres solutions s'offrent aux humains...
   
   Trois personnages se partagent le livre. Tous trois sont étudiants au début des années 80 à l'université de Brown aux États-Unis. Ce sont de jeunes adultes, à l'âge de tous les possibles. Ceux de la vie professionnelle et ceux aussi de la vie privée.
   
   Madeleine, étudiante en littérature, jolie jeune fille qui cherche sa voie professionnelle. Elle tombe amoureuse de Léonard mais au moment où débute le livre, elle a rompu. Léonard donc, jeune homme séduisant plein de vie, qui se révèle être bipolaire. Mitchell enfin, étudiant brillant attiré par la théologie, amoureux de Madeleine depuis des années mais qui n'est pas aimé en retour de la même manière.
   
   Le livre débute le jour de la cérémonie des remises de diplôme. Madeleine, au petit matin et après une nuit bien arrosée, est rejointe par ses parents. Elle croise Mitchell à qui elle ne parlait plus depuis un bon moment. A partir de là, alternant les points de vue des trois personnages, par des retours en arrière souvent bien sentis, nous suivons l'évolution des vies des personnages. Madeleine renouera-t-elle avec Léonard? Leur relation résistera-t-elle à la maladie de ce dernier? Mitchell partira-t-il en Inde avec son ami Larry ou tentera-t-il de conquérir Madeleine?
   
   En énumérant ces questions, il me vient à l'esprit qu'Eugenides a choisi la manière classique de raconter. Raconter ce qui pourrait amener les protagonistes au mariage. Et c'est ce que nous lisons. Mais au final, ce n'est pas passionnant... L'empathie pour les personnages ne s'établit pas malgré les turbulences traversées. Dommage. Constat identique avec les rôles secondaires, parfois agaçants par ailleurs.
   
   Voilà pourquoi je reste sceptique... Si je n'avais pas autant aimé "Middlesex", aurais-je été si indulgent lors de la lecture? je ne crois pas. J'ai patiemment attendu d'être enchanté mais ça n'est jamais véritablement venu, d'où la petite déception...

critique par OB1




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