Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

L'homme à la carabine de Patrick Pécherot

Patrick Pécherot
  L'homme à la carabine
  Une plaie ouverte

Patrick Pécherot est un écrivain, journaliste et scénariste de B.D. français né en 1953.

L'homme à la carabine - Patrick Pécherot

De bon à très bon
Note :

   Région parisienne, 1912, la bande à Bonnot fait ses derniers coups. Bourbourre, le flic les traque un à un et finira par les stopper. Patrick Pécherot remonte le cours du temps, en s'arrêtant plus particulièrement sur le plus jeune de la bande, André Soudy, tuberculeux. Un pauvre gamin livré à lui-même assez tôt, commis d'épicerie, qui se révolte contre les conditions de travail, contre la paie de misère et la vie que lui impose son salaire. Puis un jour, il entre dans la bande à Bonnot, par le biais de l'anarchie.
   
   Roman foisonnant dans lequel on croise, outre tous les membres de la bande, deux Léo, Ferré et Malet, Brassens, Aragon, Arletty, Boris Vian,... Dans ce roman, sous titré "Esquisse", P. Pécherot tente le portrait d'un jeune homme mal dans son époque, mal dans sa peau de pauvre de traîne-misère, qui ne rêve que d'anarchie, de copains, de copines, d'actions étincelantes, mais qui ne récolte que tuberculose, mauvais coups et coups perdants. André Soudy est un "perdant magnifique".
   
   La construction de ce roman est étonnante : des parties racontant les faits, d'autres les interrogatoires de Soudy, d'autres sa jeunesse, toutes mises en parallèle. Il n'est pas toujours aisé de se retrouver entre elles et entre tous les protagonistes au moins au début. Une fois bien lancé dans la lecture, ça va mieux, même si la profusion des personnages peut perturber encore jusqu'à la fin.
   L'écriture est plutôt rapide, des phrases courtes, des mots du peuple -P. Pécherot disait dans une interviouve que ce n'était pas de l'argot, mais plutôt des mots qu'il avait entendu dans sa jeunesse et qui pouvaient d'ailleurs être totalement anachroniques. Mais il y a aussi des passages plus classiques joliment écrits : "Prenez le tram à l'Opéra, passé la porte des Lilas, il vous mènera jusqu'à Romainville. Après les fortifications, vous longerez les carrières de gypse. Les cratères et le blanc crayeux comme une Voie lactée évoquent un décor de Méliès mais vous n'êtes pas sur la Lune, vous arrivez place Carnot. Descendez, à présent. Vous êtes rue de Bagnolet. Suivez-la. C'est une rue tranquille, avec ses maisonnettes et de petits immeubles. Le n°16 jouxte les établissements Renaud, meubles neufs et d'occasion. On y voit un pavillon à étages, d'assez belle allure. Poussez la grille, entrez dans le jardin. Il ressemble à ceux qu'on dit de curé mais vous n'y rencontrerez nul ecclésiastique. Quoique strictement végétariens, ceux qui vivent ici en font leur ordinaire." (p.41)
   
   Le livre de Pécherot est donc un mélange, "un puzzle" disait son interviouveur. Très intéressant par la période qu'il raconte, par la bande qu'il décrit, leurs croyances et leurs méfaits : "- Ils ont retrouvé la bagnole. Tout de même, on avait encore jamais vu ça. Le hold-up en auto, c'est de l'inédit. Je sais même pas si en Amérique ils y ont pensé. Pourtant, ils en ont des gangsters en Amérique. Et des autos aussi. Eh bien, le premier hold-up à moteur, il a eu lieu chez nous. A Paris. Rue Ordener. C'est historique..." (p.82)
   
   Cependant, je suis partagé et franchement j'ai du mal à dire vraiment ce que je pense de ce livre : j'ai bien aimé, notamment l'écriture de P. Pécherot, mais me reste une réticence que je ne réussis pas à bien définir. Peut-être la construction volontairement labyrinthique. L'autre hypothèse serait que l'auteur nous amène à éprouver une certaine sympathie pour ces hommes, ces anarchistes que rien n'arrêtait. Mais malgré tout, ils furent quand même des malfrats aux mains pleines de sang - sauf Soudy qui bien qu'on l'appelât L'homme à la carabine, n'a jamais tiré sur personne. Le malaise ou ma part d'incompréhension ou ma réticence, appelez-ça comme vous voulez, vient sans doute de cette situation.
   
   Globalement, je peux adjoindre à ce roman (sélectionné pour Le Prix des Lecteurs de l'Express), sans hésiter l'adjectif "bon", avec une petite pointe de regret de ne pouvoir le qualifier de très bon, probablement parce que je suis passé un petit peu à côté.

critique par Yv




* * *