Lecture / Ecriture
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Plan de table de Maggie Shipstead

Maggie Shipstead
  Plan de table

Maggie Shipstead est une écrivaine américaine née en Californie en 1983 .

Plan de table - Maggie Shipstead

Un premier roman très réussi
Note :

   "Il n’y avait pas de mauvaises herbes dans le jardin des Van Meter, pas de chaussettes dépareillées dans leur buanderie. Une balle de tennis suspendue à un fil dans le garage marquait la place exacte où la voiture devait être garée. On jetait le lait la veille de la date limite"
   
   Winn se prépare à marier sa fille Daphné, enceinte de sept mois. On ne peut pas dire que cela l’enchante plus que ça. Il est davantage préoccupé par le fait d’intégrer un club de golf très sélect le Pequod, dont il se voit refuser l’accès, bien qu’il soit sur liste d’attente depuis plusieurs années.
   Marié et père de deux filles, il s’apprête à les rejoindre sur l’île où a lieu la cérémonie et où Biddy, son épouse, s’occupe des préparatifs. A vrai dire, avant de devenir père, il était persuadé qu’il n’aurait que des fils, ou disons plutôt qu’il espérait n’avoir que des fils! Très attaché pourtant à ses filles, il se désole que l’ainée attende un bébé avant même d’être mariée et que sa cadette n’arrive pas à se remettre de sa récente rupture.
   Pendant que Biddy s’active et s’occupe notamment du plan de table (pas question en effet de faire des bourdes en mettant deux ex côte à côte), Daphné et ses copines Piper et Agatha, futures demoiselles d’honneur, paressent sur le gazon. Et d’ailleurs Winn n’est pas insensible au charme d’Agatha…
   
   Je suis étonnée de n’avoir pas vu ce roman sur la liste des indispensables de la rentrée littéraire 2012. Je l’ai emprunté par le plus grand des hasards à la bibliothèque, où il était en "tête de gondole" et il m’a fait passer un excellent moment. Winn a tout de l’anti héros, il m’a beaucoup fait penser à Wilt de Tom Sharpe même si son portrait est tout de même moins caricatural et moins loufoque. Mais il se focalise tellement sur des choses sans importance, comme intégrer un club de golf, ou la maison de ses amis qu’il jalouse secrètement, que cela en devient risible. De plus, il s’imagine des choses totalement fausses, comme le fait que son amour de jeunesse n’a jamais tout à fait tourné la page, alors qu’elle vit au contraire heureuse et sans penser le moins du monde à lui depuis des années…
   
   L’auteure réussit l’exploit de nous faire aimer ses personnages malgré leurs travers, tous ont un côté sympa et attachant. Et elle décortique à merveille leurs pensées et leurs sentiments. J’adore sa description on ne peut plus exacte du chagrin d’amour de Livia qui s’imagine que son ex l’aime toujours alors que ce n’est pas le cas, se berçant d’illusions et s’imaginant qu’il pourrait partir à l’armée pour l’oublier, la façon dont Winn se focalise sur des choses grotesques sans se rendre compte du ridicule de la situation, la manière dont Birdy se prend la tête avec la disposition des invités, ce fameux plan de table qu’on met des heures à faire et qui finit toujours par ne pas convenir à certaines personnes...
   
   C’est une sorte de huis clos familial dans lequel je me suis plongée avec délice, d’autant que c’est remarquablement bien écrit et bien construit. On se plonge dans l’ambiance particulière de ces quatre journées, au cours desquelles est croqué l’envers du décor de l’organisation d’un mariage. Tout y est, y compris l’analyse au scalpel du démon de midi. Tout cela est drôle et tellement vrai que c’en est jubilatoire.
   
   J’ai adoré ce premier roman qui devait n’être au départ qu’une nouvelle, et j’attends avec une grande impatience le prochain opus de cet auteur.
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critique par Éléonore W.




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Sur les échelons de l'échelle sociale
Note :

   Un mariage chez les WASP sur la côte est des Etats-Unis? Au début de ma lecture j'ai eu un peu de mal à sortir de ma tête le souvenir de "Les sortilèges du Cap Cod" de Richard Russo et d'éviter les comparaisons. Puis c'est heureusement passé et j'ai lu quasiment d'un souffle ce fort joli premier roman.
   
   A Waskeke, île de Nouvelle Angleterre où la famille Van Meter possède une maison, va se dérouler le mariage de Daphné, l'aînée de Winn et Biddy Van Meter. Daphné et son fiancé appartiennent à des milieux compatibles et forment un joli couple. (nota : la famille Duff possède non seulement une maison sur une île, mais l'île entière...). Livia, sa cadette peine à se remettre d'une cruelle rupture avec Teddy Fenn.
   
   Alternant entre les souvenirs de plusieurs personnages et les petits événements de ce long week end pré-mariage, l'histoire avance joliment et assez tranquillement. Des dialogues ou réflexions qui font mouche, quelques personnages hauts en couleur, des moments désopilants (le homard, la baleine, etc.), la description d'une classe où appartenir à un club est mis en priorité ("ils voulaient être des aristocrates dans un pays qui n'était pas censé avoir d'aristocratie") donnent un ensemble réussi et finalement assez caustique.
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critique par Keisha




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Réjouissant et subtil
Note :

   "Plan de table" est un des livres à la fois les plus réjouissants et les plus subtils qu’il m’ait été donné de lire en cette année 2012. Réjouissant, car on y rit beaucoup des situations ubuesques ou gentiment ridicules dans lesquelles les personnages imaginés par cette jeune femme de vingt-cinq ans qui signe ici son premier roman de manière magistrale, sont drôles et décalés. Subtil, car Maggie Shipstead a su y rendre à merveille les us et coutumes, les archétypes de pensées et de comportements de ces familles WASP de la classe supérieure américaine de la côte Est.
   
   Il faut dire que l’auteur a eu un matériau de premier choix. Provenant d’un milieu modeste, élevée en Californie, elle entre à Harvard, antre jalousement conservateur des traditions des grandes familles aisées de cette côte Est. Elle a eu tout le loisir d’y observer les codes en vigueur, depuis les tenues vestimentaires, jusqu’aux travers de langage et l’importance des clubs où l’on n’entre qu’après avoir été adoubé par ses pairs qui n’ont d’autres préoccupations que d’y rassembler les élites bien-pensantes capables, bientôt, de prendre le relais et de perpétuer des traditions ancestrales.
   
   Et c’est bien tout cela que l’on retrouve dans son roman. Un roman où deux règles d’or, l’unité de temps et de lieu, forment le socle d’un récit rondement mené. Unité de temps car toute l’action est condensée sur deux jours ce qui laisse le temps d’analyser en profondeur les moindres pensées, les moindres changements d’humeur d’une galerie de personnages hauts en couleur. Unité de lieu, car tout se passe sur une île du Connecticut sur laquelle doit se dérouler le mariage d’une des filles de Winn, personnage central du livre.
   
   Winn est l’archétype du WASP. Fils d’une famille aisée, il entra dans la même université que son père, fréquenta les mêmes clubs et, après avoir mené une vie de bâton de chaise pendant quelques années, se rangea en épousant une jeune femme de sa classe sociale rencontrée le jour de l’enterrement de son père. Winn est obnubilé par le prestige conféré par l’appartenance aux clubs et ne pense qu’à une chose : rejoindre le club de golf de l’île pour lequel il est en liste d’attente depuis trois ans. A part cela, il vit une vie coincée, contrôlant sans cesse ses sentiments et ses actes comme il cherche à contrôler sa famille.
   
   Tout cela va exploser en vol pendant les deux jours précédant la cérémonie de mariage de sa fille. C’est une véritable conjuration du sort et des évènements qui semble s’être mise en place pour faire de ce mariage un cauchemar. La façon dont l’auteur introduit la cocasserie mêlée à la turpitude, la sottise, la quête sexuelle latente ou carrément explicite est absolument remarquable et crée une tension dramatique que l’humour permet de rendre totalement supportable.
   
   Une fois entré dans le livre, on ne peut plus en sortir. C’est un microcosme qui révèle sa perversité, ses faux-semblants, son hypocrisie, bref ce qui fait l’essence du penser bien, du politiquement correct américain. On y rit beaucoup et ne s’y ennuie pas une seconde. Bref, les caractéristiques d’un très bon livre.

critique par Cetalir




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