Lecture / Ecriture
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La fille du templier de Jean-Michel Thibaux

Jean-Michel Thibaux
  La fille du templier

La fille du templier - Jean-Michel Thibaux

De l'art de la concision
Note :

   Mai 1147, beaucoup de chevaliers et de templiers sont en Terre sainte, partis pour les croisades. En Provence, les guerres baussenques (entre Catalans et Provençaux) se terminent par la victoire de Raymond Berenger comte de Barcelone. La trêve est signée par les femmes de la cour, qui en échange de la paix sont dépossédées de leurs terres. Ainsi, Stéphanie de Baux, Aubeline, la fille du très respecté templier Othon et sa servante muette Bérarde se retrouvent à la cour d'amour de Provence, menée et dirigée par la douce Bertrane de Signes.
   
   Roman d'aventures médiévales foisonnant. On y croise des personnages ayant vraiment vécu et d'autres purement fictionnels. Les intrigues sont diverses et trop nombreuses pour que je puisse en faire état ici. Beaucoup de personnages pour plusieurs intrigues, mais pas de quoi se perdre, car chacun est clairement identifié et, au risque d'être caricatural fait ce qu'on attend de lui. Pas ou peu de surprises dans ce roman, mais des aventures plaisantes et distrayantes.
   
   Ce qui gâche la lecture ce sont les longues digressions inutiles emplies de prières : un vrai missel! On sait qu'à cette époque, la religion était très présente et très forte, mais l'auteur peut en faire état sans nous asséner des prières à toutes les fins de chapitre ou presque. Athée convaincu -presque anticlérical, d'où ma grande intolérance et ma subjectivité-, j'avoue mon agacement devant tant de dévotions. L'autre reproche que je ferais à ce bouquin c'est d'y dresser le portrait d'une Provence totalement en marge de la société médiévale dure, inégalitaire et très violente. Là, on a l'impression qu'à la cour d'amour de Bertrane, il n'y a qu'amour, joie et volupté. Les paysans sont contents d'aller travailler : ils chantent au labeur, se prosternent de joie lorsque leur maîtresse passe entre eux. Elle-même et les chevaliers ne sont pas en reste, ne refusant pas d'aller "donner la main" à un paysan dans le besoin. Jean-Michel Thibaux donne à la Provence des qualités essentiellement féminines à l'époque et celles dont se réclame l'Eglise -même si justement à l'époque nombre de ses représentants s'asseyaient un peu dessus, si vous me passez l'expression, alors que maintenant...- : la bonté, l'entraide, l'amour de son prochain, ... Peu crédible cette gentillesse dégoulinante quasi omniprésente en Provence au XII ème siècle!
   
   D'aucun pourront m'objecter qu'il y a les méchants, les chevaliers qui tuent et qui pillent. Certes, je vous l'accorde, mais ils sont peu présents et ne sont là que pour faire contraste.
   
   A part cela -qui pollue quand même pas mal le livre- eh bien, les aventures d'Aubeline et de Bérarde sont plutôt plaisantes : elles auraient mérité d'être plus concentrées (300 pages au lieu des 410 écrites!). D'ailleurs, j'ai repéré une phrase de l'auteur qui résume un peu le propos, même si je sais que ce n'est pas bien de sortir une seule phrase de son contexte, mais bon, je me fais un petit plaisir : "Constate-le, j'ai la logorrhée facile et je disserte, je palabre, je pérore, je philosophe assez bien pour ne rien dire."(p.175). C'est juste ce qui résume mon avis : trop de longueurs et de digressions qui rallongent un récit qui n'en a pas besoin : les aventures des protagonistes sont largement suffisantes pour tenir le lecteur. Dites M. Thibaux, vous pourriez pas faire un peu plus court?

critique par Yv




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