Lecture / Ecriture
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Bon rétablissement de Marie-Sabine Roger

Marie-Sabine Roger
  La tête en friche
  Il ne fait jamais noir en ville
  Les encombrants
  Bon rétablissement
  Dès 04 ans: Tout Blanc
  Trente-six chandelles
  Vivement l'avenir
  Dans les prairies étoilées

Marie-Sabine Roger est une écrivaine française née en 1957.

Bon rétablissement - Marie-Sabine Roger

Sur ordonnance
Note :

   "C'est peut-être la perspective de l'échéance qui pointe son museau, qui me donne envie de refaire le chemin à l'envers. Je dis çà comme çà, je n'en sais rien, je n'ai pas l'expérience.
   C'est la première fois que je suis vieux".

   
   Jean-Pierre, dit Pierrot, se réveille sur un lit d'hôpital, le bassin cassé en deux, intubé, immobilisé, ne sachant pas comment il est arrivé là. On lui dit qu'il a été repêché dans la Seine où il était tombé, mais il ne se souvient de rien.
   
   Cet homme de 67 ans, veuf, sans enfant, ne s'est jamais beaucoup interrogé sur sa vie présente et passée, là il va avoir tout son temps pour y réfléchir et le bilan n'est pas folichon folichon...
   
   Je ne pensais pas rire et sourire autant d'une histoire se déroulant entièrement à l'hôpital, lieu hautement anxiogène, mais le vieux grincheux a une façon de voir son entourage haute en couleurs. Il ne s'épargne pas non plus, les descriptions de sa décrépitude sont pittoresques et sans appel "mes abdos sont de vieux élastiques, ma jambe gauche n'est plus qu'un traversin rembourré de ciment. Mon bassin me fait mal, mon dos me persécute, mes bras sont ramollis, ma nuque en prend un coup et je ne parle même pas de mes raideurs matinales - pas du tout triomphantes - ni de ma maladresse générale".
   
   La vie à l'hôpital, l'absence d'intimité, les horaires incompréhensibles, la distance des médecins, la bouffe infâme, tout y passe "j'expérimente la vie à l'hôpital. On m'en avait parlé, je constate par moi-même." Mais il y a de l'animation aussi dans ce lieu, et à sa grande surprise Pierrot ne va pas manquer de visites. Il y a d'abord son frère, avec qui il a peu de liens, bien embarrassé de le voir dans cet état-là. Et puis, son sauveur, Camille, un jeune étudiant sans qui il ne serait plus en vie, Camille dont l'existence n'est pas un tapis de roses. Le flic chargé de l'enquête sur l'accident passe aussi régulièrement parce que Pierrot lui rappelle son père. N'oublions pas Serge, vieux copain d'enfance, grâce au site "copains d'avant", Pierrot est moderne figurez-vous, il surfe sur internet.
   Et enfin, une étrange mouflette de 14 ans, sortant de nulle part, obèse, sans gêne, envahissante, avec Pierrot ce sera le choc des cultures! On sent une très grande tendresse de l'auteur pour les gens légèrement décalés, ce n'est jamais méchant, les évènements sont racontés avec une verve inépuisable.
   
   J'ai adoré cette lecture, elle fait du bien, même si a priori tout était réuni pour que ce soit le contraire. J'ai failli mettre des post-it à toutes les pages ..
   
   "Dix heures du matin, la chieuse est de retour.
   C'est devenu une plaie récurrente : tous les jours, elle se pointe à la porte à heures variables et se dandine jusqu'à ma chaise, de son pas de caneton obèse.
   Une fois effondrée - car elle ne s'assied pas, elle se laisse tomber - elle mâchouille son chewing-gum, la bouche grand ouverte, ce qui me laisse profiter de l'image et du son.
   Je me montre aussi froid et distant que possible avec elle, et je pense pas me vanter en disant que mon possible, dans ce domaine, n'est pas très loin de l'infini.
    Elle n'en a cure la plaie d'Egypte.
    Pire, je crois qu'elle m'aime bien."

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critique par Aifelle




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Chronique hospitalière en milieu inhospitalier
Note :

   "Je suis pareil que lui, un constipé du cœur."
   
   Sauvé de la noyade, Jean-Pierre Fabre, veuf, sans enfants, plutôt ronchon, est coincé dans un lit d'hôpital. Un sale coup pour celui qui toute sa vie a eu la bougeotte! Mais finalement cette immobilisation forcée va lui permettre de côtoyer, voire même de se lier d'amitié avec des gens qui n'auraient jamais autrement fait partie de son univers. Un double rééducation donc: celle de ses membres fracassés par la chute et celle de son vieux cœur un peu rouillé...
   
   On retrouve là un thème cher à Marie-Sabine Roger : des gens cabossés par la vie, qui n'ont en apparence rien en commun, arrivent non seulement à se comprendre mais à s'apprécier. Et c'est là que pour moi le bât blesse un peu.
   
   En effet ici, si j'ai apprécié la vision caustique de Fabre du monde hospitalier, "Technique irréprochable, respect aléatoire, compassion en option.", je suis plus réservée quant aux personnages secondaires, un peu trop démonstratifs à mon goût (voir en particulier les commentaires sur la jeune Maeva). Un petit bémol qui ne m'a pourtant pas empêchée de dévorer ce roman et d'en surligner bien des passages! Fabre a la dent dure parfois et c'est roboratif : "Chez ceux qui sont bornés, la bêtise est sans bornes."
   
   205 pages qui donnent le sourire.

critique par Cathulu




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