Lecture / Ecriture
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L'axe du loup de Sylvain Tesson

Sylvain Tesson
  Petit traité sur l'immensité du monde
  Dans les forêts de Sibérie
  L'axe du loup
  S’abandonner à vivre
  Une vie à coucher dehors
  Berezina
  Géographie de l'instant
  Sur les chemins noirs
  Nouvelles de l’Est
  Éloge de l'énergie vagabonde

Sylvain Tesson est un écrivain-voyageur français né en 1972.

L'axe du loup - Sylvain Tesson

La grande évasion
Note :

   Présentation de l'éditeur:
   
   « Pendant huit mois, Sylvain Tesson a refait le long voyage de la Sibérie au golfe du Bengale qu'effectuaient naguère les évadés du goulag. Pour rendre hommage à ceux dont la soif de liberté a triomphé des obstacles les plus grands, seul, il a franchi les taïgas, la steppe mongole, le désert de Gobi, les Hauts Plateaux tibétains, la chaîne himalayenne, la forêt humide jusqu'à la montagne de Darjeeling. À pied, à cheval, à vélo, sur six mille kilomètres, il a connu ce qu'il a cherché de plein gré : le froid, la faim, la solitude extrême. La splendeur de la haute Asie l'a récompensé, comme les mots d'une très ancienne déportée heureuse de se confier à lui : "On a le droit de se souvenir." »

   
   
   Sylvain Tesson, géographe, journaliste, écrivain, découvre l’aventure à 19 ans lors d’une traversée à bicyclette du désert central d’Islande avec son ami. Deux ans après, il récidive, toujours avec son ami et à bicyclette, et part faire un tour du monde (On a roulé sur la terre). Depuis il n’a cessé de parcourir la planète et de rendre compte de ses expéditions en une dizaine de livres. En 2011, il reçoit le prix Médicis essai pour "Dans les forêts de Sibérie", six mois d’hivernage en solitaire dans une cabane au bord du lac Baïkal.
   
   Mais en 2004, il y avait eu "L’axe du loup". De la Sibérie au golfe du Bengale, Sylvain Tesson refait à pied et en vélo le trajet d’évasion de Slavomir Rawicz, cet officier polonais de vingt-quatre ans, déporté au Goulag. Six mois après son incarcération, avec six camarades, Rawicz s’évade en plein hiver sans vivres, sans cartes, sans équipement, sans armes pour atteindre les Indes à des milliers de kilomètres. En 1956, il publiera cette incroyable odyssée "A marche forcée". Malheureusement son récit sera sujet à caution, suspecté d’invraisemblances par des spécialistes qui penseront avoir affaire à un imposteur. Sylvain Tesson, dans cette entreprise, veut se rendre compte par lui-même de la possibilité d’un tel exploit dans ces conditions extrêmes. Personne n’a réussi à s’évader du goulag ou alors la mort au bout! Il relèvera effectivement des anomalies dans la description des lieux sans pour autant réellement mettre en doute le récit de Rawicz. Il conclut son odyssée par cette réflexion sur ce que l’évadé politique apporte à l’Histoire : il prouve qu’aucun barbelé n’est infranchissable, qu’il y a toujours une faille dans le rempart, qu’aucun bourreau n’est sûr de retrouver son prisonnier à l’aube, que le poteau d’exécution reste parfois sur sa faim…
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critique par Michelle




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De la Sibérie au nord de l’Inde
Note :

   C’est à un récit d’épopée que se livre ici Sylvain Tesson. Une épopée incroyable ; le chemin qu’aurait suivi des évadés du Goulag pour fuir l’oppression, partir de Sibérie, piquer plein sud, passer en Mongolie, en Chine, avant d’arriver dans le nord de l’Inde.
   
   Intrigué par le récit controversé d’un Polonais, Slawomir Rawicz, qui dit s’être évadé du Goulag et avoir réalisé cette traversée sans moyens aucun, dans "A marche forcée", il décide de tenter l’aventure par ses propres moyens pour essayer de statuer sur la vraisemblance de l’exploit.
   
   C’est donc de Iakoutsk, en Sibérie, qu’il s’élance, piquant plein sud vers la Mongolie, le long de la Léna. Il nous raconte son épopée au quotidien ; ses enthousiasmes, ses coups de cœur, les embûches qu’il doit surmonter, les subterfuges qu’il faut employer, par exemple pour passer les frontières... C’est le Sylvain Tesson coureur d’aventures que l’on connait au plein de sa forme, qui nous décrit les paysages – et Dieu sait qu’entre la Taïga, le plateau mongolien, la barrière de l’Himalaya et le versant sud indien vers Calcutta il y a de la variété! – et les sentiments d’un homme qui a accepté de s’en remettre à sa seule intelligence pour échapper aux ours, aux congénères humains, au froid, à la soif...
   C’est profondément respectable et une très belle lecture. Fort bien écrit, ce qui ne gâte rien.
   
   "J'abats les foulées, dans un étrange état d'euphorie provoqué sans doute par la grandeur des lieux, la gifle du vent, la tragique lumière que me renvoie le lac et l'immensité anormale - comme surdimensionnée- du ciel. Je pleure, je ris, j'avance, je lance au lac des versets poétiques. Je sens monter en moi l'impassibilité des vagabonds japonais de la tradition zen. Il s'agit pour eux de laisser les sensations leur traverser le corps sans s'y fixer jamais et d'accéder à l'imperméabilité, à l'image du martin-pêcheur qui réussit à plonger dans l'eau et à en ressortir sec. Ainsi seulement peut naître l'apaisement final. L'acceptation totale du monde. Non pas une acceptation passive mais impassible. Réconciliée. Peut-être le léger état de sous-alimentation dans laquelle je me trouve depuis quelques jours explique-t-il ces sensations aériennes qui me montent à l'âme, sans crier gare."

   
   Au bout du bout, Sylvain Tesson ne statuera pas réellement sur la véracité de "A marche forcée" de Slawomir Rawicz. Des épisodes semblent invraisemblables mais Sylvain Tesson reconnait que retracer après coup une telle épopée, réalisée sans cartes et sans moyens de prendre la moindre note ne facilite pas l’ouvrage. L’interrogation demeure. Demeure aussi une belle aventure humaine ; cette traversée à pied relatée par Sylvain Tesson.

critique par Tistou




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