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Alexis Zorba de Nikos Kanzantzaki

Nikos Kanzantzaki
  Alexis Zorba

Nikos Kanzantzaki est un écrivain grec né en 1883 et mort en 1957.

Alexis Zorba - Nikos Kanzantzaki

Zorba le grec
Note :

   Nikos Kanzantzaki est né en Crète, à Heraclion en 1883. Il disait : D'abord Crétois, ensuite Grec ». Il est mort en Allemagne, à Fribourg en 1957.
   Son enfance a été marquée par les révoltes crétoises contre l'occupant turc en 1881- 1897-1899 qui ont obligé ses parents à fuir la Crète. Kazantzaki a fait ses études de droit à Athènes puis il a étudié en France en de 1907 à 1909, où il a suivi les cours de Bergson dont la philosophie l'a marqué toute sa vie. Il a publié sa thèse sur Nietzsche en 1909. Il s'est aussi intéressé au marxisme et au bouddhisme tout en restant chrétien et même mystique. Ce qui est moins incohérent que ce que l'on peut penser au premier abord car pour lui (cf : Le Christ recrucifié) le Christ est du côté des pauvres, il prône le partage des richesses alors que le Christ de l'Eglise est celui des riches et des puissants .
   Nikos Kazantzaki a occupé des fonctions politiques mais il a surtout été un écrivain, poète, philosophe, essayiste, traducteur prolixe, doué d'une force travail et d'une facilité à l'écriture extraordinaires. Il traduit l'Odyssée en moins de 45 jours et écrit les cinq romans de sa vieillesse en quelques années : Zorba le grec (1946), Le Christ recrucifié(1948), La liberté ou la Mort (1950), La dernière tentation (1950). Il est mis au ban de l'église chrétienne orthodoxe pour ce dernier livre. On sait le scandale causé par l'adaptation du roman au cinéma par Scorcese auprès de groupes chrétiens fanatiques.
   
   Sur sa tombe, cette épitaphe : « Je n'espère rien, je ne crains rien, je suis libre. »
   
   Un écrivain se rend en Crète pour exploiter la mine de lignite que son père lui a léguée. Il rencontre sur le port, en attendant le bateau, un personnage étrange, haut en couleur, la soixantaine bien sonnée, qui n'a de cesse de se faire engager par lui comme domestique ou homme à tout faire ou peu importe! Le personnage a du bagout, de la gaieté, une forte personnalité et fascine l'intellectuel qui se laisse convaincre et le prend à son service. En Crète, le narrateur et son serviteur descendent dans un hôtel tenu par Hortense, une prostituée française qui leur raconte sa vie. Zorba devient l'amant de la vieille courtisane qu'il surnomme Bouboulina et invite son maître à jouir de la vie en tombant dans les bras de la Veuve, une superbe jeune femme que tous les mâles du village convoitent mais qui l'air de le trouver à son goût. Le narrateur, un intellectuel qui ne vit que pour et par ses livres, refuse :
    « Ma vie avait fait fausse route et mon contact avec les hommes n'était plus qu'un monologue intérieur. J'étais descendu si bas que si j'avais eu à choisir entre tomber amoureux d'une femme et lire un bon livre sur l'amour j'aurais choisi le livre. »
   Mais lorsqu'il cèdera à ses désirs il provoquera un drame.
   La mort de la Veuve puis celle de Bouboulina qui lui donnent une vision terrible de la société crétoise et l'échec de l'exploitation de la mine décident de son départ. Cependant, le narrateur perdu dans ses méditations, coupé de la réalité et de l'action, en lutte contre sa sensualité, refusant sa condition d'homme, a changé... Zorba lui a réappris à vivre.
   
   Tous les hommes ont leur folie, mais la plus grande folie, m'est avis que c'est de ne pas en avoir.
   

   Un roman en partie autobiographique :
   Dans le prologue de Zorba le Grec qu'il écrit en 1946, Nikos Kazantzaki annonce quels ont été ses maîtres à penser durant toute sa vie : Homère, Bergson, Nietzsche et Georges Zorba.
   
   Dans Zorba le Grec, Kazantzaki utilise des souvenirs personnels si bien que l'on peut dire que son roman qui reste une fiction est en partie autobiographique et que son personnage n'est pas inventé. Mais qui est ce Georges Zorba qui a joué un si grand rôle dans la vie de l'écrivain?
   Il est né en Macédoine en 1867 dans ce qui était alors l'Empire Ottoman. Fils d'un riche propriétaire terrien il a travaillé dans les champs et s'est occupé des troupeaux de moutons, est devenu bûcheron, a travaillé à la mine en France. Il se marie, a huit enfants mais la mort de sa femme le secoue profondément. En 1915, il devient moine au mont Athos. C'est là qu'il rencontre Nikos Kazantzaki et devient son ami. Tous deux ont exploité une mine de lignite, non en Crète mais dans le Péloponèse, à Prastova, en 1917. Après l’effondrement de la mine les deux amis se séparent. L'écrivain part à Antibes puis en Suisse, Zorba en Serbie où il se remariera et où il mourra en 1942..
   C'est cette expérience que Nikos Kazantzaki raconte dans le roman.
   D'après leur correspondance, l'on peut s'apercevoir que l'écrivain prête à son personnage Alexis Zorba, les caractéristiques morales et la philosophie de Georges Zorba. Cet être entier, énergique, enthousiaste, qui aime rire, qui aime la danse et la musique, pense que l'action prime sur la pensée. Il reproche à son patron d'être un intellectuel coupé de la vie et de ne pas savoir en profiter. Il ne faut pas se perdre en vaines méditations mais agir! C'est lui qui devient le maître à penser de son maître!
   
   Influence de Nietzsche et de Bergson dans le roman :
   A propos de l'influence de ces philosophes sur Kazantzaki, le critique Morton P. Lewitt pense qu' Alexis Zorba devient un héros calqué sur le Zarathoustra de Nietzche par la préférence donnée à l'action sur la méditation, par la volonté de prendre en main son destin, par l'amour du rire et de la danse. Si le surhomme nietzschéen est "un dieu épicurien ramené sur terre" Alexis Zorba incarne ce surhomme. Quant à l'influence bergsonienne, elle serait dans cette intuitivité du personnage qui acquiert la sagesse par la connaissance de la nature humaine, par "la force de la vie elle-même" et par sa grande capacité à rire car le rire signale une révolte contre la vie sociale. Comme Bergson, Alexis Zorba refuse d'agréer les conventions sans les remettre en question.
   
   Un livre /Un film
   Il y a dans le roman deux scènes d'une grande force et qui ont une puissance visuelle étonnante. Le film de Cacoyannis a su en rendre la grandeur sauvage et primitive. Il s'agit de la scène où la Veuve est mise à mort par l'ensemble du village et égorgée devant nous. Irène Papas y est sublime. Elle n'a pas besoin de parole pour nous faire ressentir ses émotions, son visage, le moindre de ses mouvements est expressif.
   La deuxième scène est la mort de Bouboulina dont le village va piller la maison avant qu'elle ait rendu le dernier soupir. Les vieilles femmes toutes de vêtues de noir s'introduisent dans la chambre pour épier le dernier souffle de l'ancienne courtisane. Elles ressemblent à des corbeaux attendant la mort, prêts à frapper. Et comme elles donnent le signal de la curée avant même que Bouboulina ne soit morte, cela donne un jeu de scène hallucinant au cours de laquelle l'actrice qui interprète le rôle, Lila Kedrova, se redresse brutalement sur son lit comme si elle avait senti le bec des charognards la déchirer.
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critique par Claudialucia




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Jean qui rit et Jean qui pleure
Note :

   Il y a environ un siècle, mais après la révolution soviétique, débarquent en Crète le narrateur, qui espère terminer un livre sur Bouddha et exploiter une mine dans le sud de l'île, et Alexis Zorba, sexagénaire ayant pas mal roulé sa bosse.
   Les deux s'installent chez Hortense -ou Bouboulina, ancienne prostituée que Zorba saura réveiller à une vie amoureuse, à force d'attentions et de flatteries. On croise aussi une veuve fascinante que le narrateur refusera de fréquenter en dépit de son désir, des popes, des moines, des villageois, et pas mal de personnages évoqués par Zorba au fil des histoires narrées à son patron. Ce Zorba a eu une vie amoureuse fertile, et il a tué, détruit lors de guerres passées.
   
   Avouons-le. J'ai lu une bonne partie de l'histoire en diagonale, accrochée par les descriptions sensibles des paysages grecs et du village crétois, endormie par les vagabondages philosophico-déprimés du narrateur, réveillée par la boule d'énergie qu'est Zorba, perdue dans des histoires assez baroques, amusée par le talent de conteur et le langage de Zorba, médusée devant ses opinions sur les femmes. Sans deux blogueuses avec qui c'était une lecture commune, j'aurais jeté l'éponge...
   
   Au final : ma foi, j'ai découvert un roman assez particulier, je pense qu'il me manquait des clés pour l'apprécier pleinement, ou alors de me laisser aller, comme Zorba dansant sur la plage...
   
   Quelques passages
   
   "Je savais que Zorba avait raison, je le savais, mais je manquais de courage. Ma vie avait fait fausse route et mon contact avec les hommes n'était plus qu'un monologue intérieur. J'étais descendu si bas que si j'avais eu à choisir entre tomber amoureux d’une femme et lire un bon livre sur l'amour, j'aurais choisi le livre.
   
   - Ne calcule donc pas, patron, poursuivit Zorba, laisse tomber les chiffres, démolis la foutue balance, ferme la boutique, je te dis."
   

   La femme:
   "C'est un être humain elle aussi, un être humain comme nous autres - et pire! Quand elle voit ton porte-monnaie, elle a le vertige, elle se colle à toi, elle perd sa liberté et elle est ravie de la perdre, parce que, tu vois, derrière, il y a le porte-monnaie qui brille."
   
   "La femme, c'est une créature faible, délicate, combien de fois faut-il te le dire? Un vase en porcelaine, ça se manie avec précaution."
   

   Expressions zorbaïesques
   "Te bile pas! Le pâté est entier et le chien rassasié"

critique par Keisha




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