Lecture / Ecriture
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Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison de Arto Paasilinna

Arto Paasilinna
  Un homme heureux
  Le lièvre de Vatanen
  Petits suicides entre amis
  La douce empoisonneuse
  La cavale du géomètre
  Les dix femmes de l’industriel Rauno Rämekorpi
  Sang chaud, nerfs d’aciers
  Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen
  Le cantique de l'apocalypse joyeuse
  Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison
  Prisonniers du paradis
  Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés
  P comme: La forêt des renards pendus
  Le dentier du maréchal, Madame Volotinen et autres curiosités

Romancier finlandais né en 1942 en Laponie finlandaise.
Avant d'être journaliste puis écrivain, il fut bûcheron et ouvrier agricole.
Il écrit aussi pour le cinéma, la radio et la télévision.
Il s'intéresse aux arts graphiques et écrit des poèmes.
Il est mort le 15 octobre 2018 à 76 ans.

Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison - Arto Paasilinna

Le plaisir de la philosophie du «Yaka»
Note :

   Cela fait un certain temps que je n'avais plus lu de roman de Paasilina, après en avoir lu plusieurs. C'est que le monsieur est prolixe (une quarantaine de romans dont une quinzaine traduits en français). Je renoue avec ce "potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison".
   
   Le gros de l'histoire est dans le titre : Un Inspecteur de la Sécurité Nationale s'introduit dans une sorte de kolkhoze finlandais dédié à la culture biologique de champignons et d'herbes aromatiques, en se faisant passer pour un contrôleur en agriculture bio. C'est que la police a eu vent de certaines rumeurs selon lesquelles des gens disparaitraient dans le parage de la très grande surface de cette exploitation ceinturée de barbelés (pour éviter la destruction des cultures par les rennes et élans), qui comprend d'anciennes mines de fer (recyclées pour les champignons) et un petit terrain d'aviation (fret des produits).
   
   Dès son arrivée l'inspecteur (ne me demandez pas son nom, vous savez comment sont les noms finlandais) se sent comme chez lui dans ce microcosme où tous ceux qu'il rencontre lui sont sympathiques et où il apprécie grandement le mode de vie sain et régulier. Pourtant, il faut bien dire que les dénonciations ne semblent pas tout à fait dénuées de fondement...
   
   Notre héros constate bientôt que, alliant nécessité de main-d’œuvre bon marché et désir de justice, la ferme bio embauche manu militari tout ce qu'elle peut ramasser de voyous échappant à la loi pour les interner quelques semaines ou mois (le temps qu'ils reviennent à une plus saine vision des choses) dans les galeries souterraines des champignonnières qu'ils n’hésitent pas eux mêmes à qualifier de bagnes ou même camp de concentration. Il est évident que Paasilina ne se soucie guère de vraisemblance et s'attache plutôt à nous livrer des scènes jouissives de "razzia au voyou" qui consolent les habituelles victimes que nous sommes tous. Quel plaisir de voir les brutes épaisses saucissonnées par plus costauds qu'eux et expédiées plusieurs centaines de mètres sous terre dans un but de travail rédempteur, ressortir doux comme des agneaux et devenus tout à fait raisonnables et respectueux du bien social! Les péripéties se multiplient sur ce thème, assez amusantes dans l'ensemble (bien que ma lecture soit partie en diagonale à certains moments mais bon...) Les Hells Angels sont suivis de "barons de l'économie", l'auteur s'étant avisé qu'il n'y avait pas de raison que la délinquance en col blanc n'aille pas ramasser les champignons, et la cruauté envers les animaux est mise sur le même plan que celle envers les humains.
   
   J'ai lu ici ou là que Paasilina menait une vraie réflexion sur la Justice Humaine, les notions de Bien et de Mal etc. J'espère que non! car cette "réflexion à la y a qu'à" si elle amuse et soulage les nerfs face à la quantité de problèmes délicats que soulèvent ces thèmes perdrait tout intérêt si on devait la prendre au sérieux.
   Mais sinon oui, "Y a ka prendre tous les voyous et les faire travailler dans les mines jusqu'à ce qu'ils soient calmés", ça peut générer des histoires bien amusantes.
   
   La fin dérape un peu, l'auteur glissant sur quelques réflexions misogynes et le bagne amateur des redresseurs de torts et défenseurs des opprimés devenant une structure officielle pour internement définitif qui emportera tout de suite moins l'adhésion du lecteur s'il prend la peine de réfléchir cinq minutes au concept.
   
   Donc en conclusion, un roman amusant qui peut se lire avec plaisir si (et uniquement si) on le prend comme une fantaisie, un "défouloir" ne visant à aucun réalisme.
   Et surtout pas une Réflexion! C'est une blague au contraire!

critique par Sibylline




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