Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Demain, j'arrête ! de Gilles Legardinier

Gilles Legardinier
  Demain, j'arrête !
  Complètement cramé !
  L'exil des Anges
  Ça peut pas rater

Gilles Legardinier est un auteur et scénariste français né en 1965.

Demain, j'arrête ! - Gilles Legardinier

Trop de sucre !
Note :

   Vous souvenez-vous du truc le plus stupide que vous ayez pu faire? Julie, elle, est la reine du truc stupide. Elle pourrait vous raconter la fois où, en enfilant un pull, elle a raté une marche et dévalé un escalier, ou encore le jour où elle a voulu réparer une prise électrique en tenant les fils entre ses dents... Mais depuis qu'un nouveau voisin s'est installé dans l'immeuble, Julie est passée dans le registre supérieur, concernant les trucs stupides. Pourquoi cette soudaine curiosité? Parce que le voisin en question, comme elle a pu le découvrir sur sa boîte aux lettres, s'appelle Riccardo Patatras. Ça ne s'invente pas. Poussée par une brusque envie d'en apprendre plus sur cet homme au nom improbable, la voilà qui tente d'espionner son courrier... jusqu'au moment où, après avoir laissé tomber sa lampe de poche dans la boîte aux lettres en question, elle se retrouve avec la main coincée dedans, pile à l'instant où il rentre chez lui. Tout homme normalement constitué aurait d'emblée pris ses distances avec cette voisine envahissante et monomaniaque, mais Ric, en plus d'avoir un nom rigolo, est vachement sympa, et pas rancunier : il l'aide à se libérer, quitte à sacrifier sa porte de boîte aux lettres, et au lieu de prendre ses jambes à son cou, le voilà qui papote avec une Julie plus écarlate que jamais. Mais cette histoire de main coincée n'est qu'un début pour Julie qui, pour en apprendre plus sur ce voisin, va se conduire de façon toujours plus délirante...
   
   Difficile de résister à cette couverture un brin déjantée, avec ce pauvre chat qui a l'air si contrarié de porter son bonnet (péruvien ou de Père Noël, selon l'édition). Et même si le rapport avec l'intrigue est assez lointain, elle a le mérite de vous amener à lire la 4e de couverture, originale et entraînante. Toutefois, l'enthousiasme initial retombe assez rapidement : même si le début du roman est plutôt sympathique, avec cette héroïne à mi-chemin entre Bridget Jones et Amélie Poulain, le rythme s'enlise assez vite, et l'on assiste dans la deuxième partie du roman à un défilé de situations convenues ou de dialogues poussifs. Certes, l'humour de l'auteur, ainsi que son étonnante capacité à se glisser dans la peau de son héroïne, sauvent l'ensemble, mais les personnages sont trop caricaturaux et forcés pour qu'on s'attache véritablement à eux, ce qui est tout de même un peu gênant dans ce type de roman.
   
   En réalité, c'est tout l'univers que décrit ce livre qui fait penser à un décor de carton-pâte, comme dans un soap opera, avec cette ville de province anonyme où tout le monde semble se connaître, où la boulangère et l'épicier se chamaillent sans oser s'avouer leur amour, où les voisins se connaissent tous, où la banquière peut se reconvertir du jour au lendemain en vendeuse de pains au chocolat... Tout cela manque sérieusement de réalisme et de subtilité, et même s'il s'agit peut-être d'un parti pris visant à faire de ce roman un remède anti-crise, on a finalement l'impression assez désagréable d'avoir ingurgité un dessert un peu écœurant. Un livre un peu lassant à la longue, en somme, malgré une écriture plaisante, vive et enlevée, mais plombé par un dénouement vraiment trop facile et insipide. D'ailleurs, peut-être la meilleure partie du livre se trouve-t-elle à la fin, avec l'émouvante postface de l'auteur, pour une fois écrite avec finesse et pudeur.
   ↓

critique par Elizabeth Bennet




* * *



Jubilatoire!
Note :

   Dans un monde où la pollution se niche partout et en tous lieux, où la précarité a remplacé le plein emploi et la misère progresse autant que les degrés du réchauffement climatique. Un monde où Donald Trump, Vladimir Poutine, Bachar El-Assad, Kim Jong-Un ont accès aux plus hautes fonctions. Un monde où l’on ne peut plus faire un pas sans devoir supporter le bruit constant provenant de machines grondantes, pétaradantes, hurlantes. Un monde où chacun est rivé, hypnotisé sur son smart-phone mais où l’on ne se parle plus que pour s’insulter copieusement. Un monde régi par la publicité qui se travestit bien souvent en actions commerciales, en publi-reportages dans les journaux, parfois en affiches ou vidéos taxées d’œuvres artistiques mais dont le seul but est de nous assujettir à un mode de vie, nous contraindre à une consommation effrénée par tous les moyens, nous conditionner tel un troupeau de moutons soumis. La croissance est à ce prix.
   Bref, un monde qui marche sur la tête où un pour cent des plus riches détiennent à eux seuls autant que 99% du reste.
   
   Dans ce monde-là, celui où nous vivons, il est bon d’ouvrir parfois une fenêtre sur un jardin fleuri où chantent les oiseaux, sans nuage de particules fines, sans multinationale tentaculaire, sans Donald moumouté, sans compétitivité, sans ronronnement mécanique. Cette fenêtre peut s’ouvrir lorsqu’on plonge dans un roman de Gilles Legardinier.
   
   J’étais déjà tombé sous le charme de "complètement cramé" et j’y retourne à nouveau avec celui qui semble être le premier roman jubilatoire de l’auteur (spécialisé par ailleurs dans le polar).
   On a encore à faire avec une Amélie Poulin qui s’appelle pour l’occasion Julie Tournelle (au moins on nous épargne le jeu de mots foireux avec Marie…), laquelle voit débarquer un nouveau venu dans son immeuble.
   
   Ricardo Patatras. Il n’en fallait pas davantage pour piquer la curiosité de cette employée de banque qui a d’autres rêves que de proposer des plans de financement à des personnes modestes, de vendre des contrats divers à des gens qui n’en ont pas l’utilité. Déjà amoureuse, elle va jouer les détectives pour tout savoir sur cet étrange voisin. A partir de là, on découvre une ribambelle de personnages attachants. Attention : j’ai dit attachants, pas merveilleux et sans défaut. Ce sont nos petits travers qui font notre charme et ça, Legardinier l’a bien compris. Comme l’avouait le personnage de Lilas dans le roman de Pierre Pelot (l’été en pente douce) : "à la fin, ce que les gens aiment bien c’est que ça finisse bien".
   
   On n’est donc pas déçu par ce petit vent agréable qui souffle doucement dans un monde de brutes. Legardinier aurait-il réinventé le roman à l’eau de rose? On ne va pas s’en plaindre. D’autres, plus graves, plus sérieux et avec surement plus de talent, ont déjà jalonné le terrain des romans essentiels, fondamentaux, intemporels. Mais, reconnaissons-le, légèrement prise de tête, non? Pour apprécier tant de noirceur, il faut un peu de banale lumière, celle qui éclaire notre avenir et réchauffe les cœurs meurtris, efface les peines et gomme les chagrins.
   
   Oui, Gilles Legardinier est un bienfaiteur public, sa prose ragaillardit le moral, ses personnages réconfortent l’âme et les situations rocambolesques donnent du baume à l’être.
   Ses écrits devraient être pris en charge par l’assurance maladie.

critique par Walter Hartright




* * *