Lecture / Ecriture
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L'œil le plus bleu de Toni Morrison

Toni Morrison
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  L'œil le plus bleu
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  Délivrances

Toni Morrison, de son vrai nom Chloe Anthony Wofford, est née en 1931, à Lorain (Ohio), dans une famille ouvrière.
Elle fait des études de littérature et une thèse sur William Faulkner.
Elle a longtemps été éditrice chez Random House, enseigne à l'Université de Princeton et a remporté le prix Nobel de littérature en 1993, ce qui fit d'elle le premier écrivain noir a obtenir ce prix.
Elle est morte le 5 août 2019.

L'œil le plus bleu - Toni Morrison

Débuts d'une Nobel
Note :

   Titre original : The Bluest Eye
   
   
   Ecrit alors qu'elle avait 39 ans, ce fut le premier roman édité de Toni Morrison. C'était en 1970. L’œuvre n'est pas encore parfaite mais l'auteur est déjà un grand écrivain, cela se voit tout de suite.
   
   Quartier noir, deux petites filles, deux sœurs : Frieda et Claudia, neuf et onze ans. C'est Claudia qui raconte, la plus jeune mais pas la moins dégourdie. Elles ont des parents sévères, parce que la vie n'est pas facile pour eux, mais pas plus sévères que les autres parents, moins que certains même. La lectrice que je suis n'a pas pu s’empêcher de penser plusieurs fois à Delphine et Marinette*, à des milliers de kilomètres de là, avec le glauque en plus et sans les animaux qui parlent...
   
   Leur famille vient de recueillir pour le moment une petite voisine à peine leur ainée : Pecola dont la famille part à la dérive, et à travers les histoires de Claudia, c'est en fait la jeune vie de Pecola que nous découvrons. Une vie gâchée d'avance, parce que celles de sa mère et de son père -qui nous seront présentées depuis leur plus jeune age- avaient été gâchées auparavant. Ce sont des naufrages individuels, mais ce sont tout autant des asservissements collectifs dus au racisme qui ne leur laisse pas leur chance. C'est pourquoi les trois petites admirent, envient et haïssent simultanément les petites blondes aux yeux bleus à qui tout est offert d'office et toujours, alors qu'elles n'ont rien. Pecola en particulier, est persuadée que si elle avait seulement les yeux bleus, son existence serait tout autre et qu'elle connaîtrait enfin des conditions de vie positives. Elle rêve d'yeux bleus, puis quand le pire se confirme, qu'elle touche le fond, finit par penser qu'ils vont devenir bleus... les plus bleus, et qu'enfin, elle aura droit au bonheur.
   
   Le récit s’étend sur quatre saisons autour de ces fillettes, adjoignant plusieurs portraits saisissants de personnages annexes qui constituent un monde extrêmement bien rendu -en quoi je vous disais que T. Morrision était déjà alors un grand écrivain. Par-delà ses personnages, elle donne à voir une société, et par-delà les cas particuliers, des catégories humaines, des mouvements sociaux.
   
   C'est un roman assez court dans lequel j'ai eu l'impression qu'il y avait un petit problème de chronologie, mais c'est peut-être juste un problème de rendu de chronologie. Un très bon roman quoi qu'il en soit et qui mérite d'être lu.
   
   
    "Il n'y a vraiment rien à ajouter – sauf Pourquoi. Mais comme le Pourquoi est difficile à expliquer, on doit se réfugier dans le Comment."
   C’est ce que Toni Morrison fait tout le temps.
   
   
   * "Les contes du chat perché", Marcel Aymé

critique par Sibylline




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