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La dernière bagnarde de Bernadette Pécassou-Camebrac

Bernadette Pécassou-Camebrac
  La dernière bagnarde
  Sous le toit du monde

La dernière bagnarde - Bernadette Pécassou-Camebrac

Document
Note :

   En mai 1888, Marie Bartête est envoyée au bagne, en Guyane. Après une traversée éprouvante, elle débarque à Saint Laurent du Maroni où rien n'est prévu pour accueillir les femmes censées arriver et se marier aux bagnards. Ces femmes sont de pauvres filles, qui pour quelques rapines sont allées en prison ou qui se sont rendues coupables de plus de quatre délits en moins de dix ans. Des filles de la campagne, pauvres, qui pour survivre ont volé et qui, selon la loi du 27 mai 1885 sont considérées comme récidivistes et donc envoyées au bagne.
   
   Bernadette Pécassou-Camebrac raconte donc l'histoire de la dernière bagnarde, celle qui a rencontré Albert Londres, en 1923, le fameux journaliste qui dans ses articles mettra la lumière sur le scandale du bagne et concourra à le faire fermer officiellement en 1938, mais plus réellement en 1946!
   
   Marie, Louise, Jeanne, Anne, toutes embarquent contraintes et forcées. Certaines pensent avoir une vraie chance en Guyanne : on leur a dit qu'elles se marieraient et qu'elles auraient un lopin de terre. Elles déchanteront très vite. L'auteure décrit les conditions de vie lamentables, honteuses et scandaleuses, quand bien même elles auraient été des meurtrières, mais encore plus difficilement soutenables lorsqu'on sait que ce ne sont que de pauvres filles perdues.
   
   Un jeune médecin, idéaliste, plein d'espoir arrive à Saint Laurent du Maroni et le compare très vite à l'enfer, souvenir de ses lectures de Dante. L'image est inévitable, présente dès l'arrivée des femmes.
   
   Il y a beaucoup de littérature sur le bagne des hommes, très peu sur celui des femmes. Bernadette Pécassou-Camebrac lève le voile sur ce qu'elles ont vécu. Néanmoins, j'ai une petite réserve : je ne m'attendais pas à ce genre de littérature, je pensais que l'auteure irait beaucoup plus loin dans les descriptions de la vie quotidienne, dans les relations qu'ont ou que n'ont pas tous les intervenants entre eux : les bagnards, les médecins, les bagnardes, les sœurs,... Mais, après une discussion fort intéressante avec l'auteure, je me rends compte que son travail de recherche a été colossal : il n'existe quasiment rien sur les femmes du bagne, juste des informations factuelles (sur les raisons de leur envoi au bagne, les dates,... ), rien réellement sur leur vie à Saint Laurent du Maroni.
   
   Je me dois également de vous faire part de deux autres réserves : d'abord sur le côté romanesque du livre, sur les différents personnages parfois un peu caricaturaux, mais là-bas, dans ces conditions extrêmes, les caractères sont forcément exacerbés et ce que je peux prendre pour des stéréotypes est probablement un aspect de la personnalité de chaque personnage qu'il développe pour survivre.
   
   Ensuite, je pense que B. Pécassou-Camebrac aurait pu aller plus loin dans certains thèmes qu'elle aborde trop légèrement à mon goût, comme la prostitution et l'homosexualité mais lors de notre discussion, nous sommes tombés d'accord pour dire que j'avais probablement des attentes plus journalistiques que romancées, et qu'elle-même ne voulait pas tomber dans un misérabilisme de mauvais aloi.
   
   Voyez donc, à chacune de mes réserves, je trouve -grâce aux arguments de l'auteure, comme quoi la discussion a du bon- un contre-argument pour dire du bien de ce livre. Il faut lire ce livre comme un témoignage. Un témoignage en faveur de ces femmes sacrifiées par la France et sa troisième République et très largement oubliées. En ce sens, Bernadette Pécassou-Camebrac leur rend un bel hommage. Un beau travail de documentation et d'écriture qui réhabilite des femmes qui n'avaient rien fait pour mériter un tel sort. Marie Bartête avait juste volé pour manger!
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critique par Yv




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Double et triple peine
Note :

    1885, la France instaure la loi de relégation qui permet d'envoyer au bagne, les récidivistes de petits délits ayant subi deux condamnations dans un délai de 10 ans. Parmi ces condamnés se trouvent des femmes. Elles ont été 2 000 à être reléguées dans l'enfer du bagne de Cayenne. Le but est de purger le pays de pauvres gens indésirables et de repeupler cette colonie française.
    Aucune femme n'est jamais revenue.
   
    Le journaliste Albert Londres s'est rendu en 1923 à Cayenne pour un reportage mettant la lumière sur les conditions de vie inhumaines de ces bagnards oubliés de tous. L'auteur rend un hommage poignant à ces femmes qui surveillées durement par des religieuses ont été enfermées dans des conditions honteuses et sordides.
   
    Ces femmes, dont la France ne veut plus entendre parler, sont destinées à être mariées avec les bagnards ayant purgé leur peine. La loi de doublage oblige ces derniers à résider la même durée que leur peine à Cayenne.
   
    Abusées, violées, battues, elles découvrent une vie en communauté faite de travail intense et de privation de nourriture. Vieilles avant l'heure, finies, oubliées du monde quand on sait qu'elles avaient juste volé pour manger.
   
    Marie Barbête a été l'une des dernières bagnardes et Albert Londres l'a sans doute rencontrée.
    Tout au long du récit elle donne sa voix et raconte le calvaire enduré dans une jungle hostile et immonde.
   
    L'auteur nous livre un témoignage très émouvant et dur sur une page sombre de notre histoire, où bagnards et fonctionnaires ainsi que leurs familles ont vécu dans un monde hors du temps. Les personnages sont un peu caricaturaux mais ils représentent bien l'humanité qui a perdu son âme dans un endroit où les conditions de vie étaient insupportables.
   
    L'écriture reste, et c'est dommage assez simple, le romanesque l'emporte parfois sur la profondeur des thèmes qui mériteraient d'être approfondis : l'éloignement définitif, la prostitution, l'homosexualité.
   
    Le roman est intéressant pour la réhabilitation faite à ces femmes dont l'histoire n'a pas retenu grand chose mais il reste un peu superficiel.

critique par Marie de La page déchirée




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