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Bob Dylan, une biographie de François Bon

François Bon
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François Bon est un auteur français, né en 1953.

Bob Dylan, une biographie - François Bon

Duluth (Mn) à la guitare, construction d’une légende
Note :

   François Bon, on le sait, continue à publier les histoires et biographies d’artistes et de groupes légendaires : avant Dylan, il y eut les Rolling Stones et après il y a Led Zeppelin.
   
   Dans le cas de Dylan, son but est de donner des éclaircissements sur l’autobiographie de Dylan (Chroniques) dans laquelle, celui-ci semble ne raconter que ce qu’il veut mais surtout ce qui contribue à créer sa légende.
   
   Parti d’une petite ville du Minnesota, intéressé par les chansons folk et notamment celles de Woody Guthrie, Dylan monte de petits groupes avant de s’inscrire en musicologie à l’université puis de partir tenter sa chance dans les clubs folk new-yorkais. Partout où il ira, il semble qu’il se crée un personnage, un peu comme le souligne F. Bon comme Bardamu était le double de Céline, Bob Dylan sera celui de Robert Zimmerman. A l’instar de Rimbaud -"je est un autre". Par exemple, il cultive son côté "clochard céleste" prétendant être orphelin à son arrivée à New York alors que ses parents sont des commerçants prospères d’un magasin d’électroménager.
   
   Quand Dylan crée, c’est toujours avec cette légère distorsion de la réalité, cet arrangement avec sa vie qui pourrait être perçue comme une série de masques, presque comme une œuvre d’art. Paradoxalement, sa musique ne souffre que de peu de prises et d’over dubs (rajouts d’instruments ou de voix après –coup), ce qui déroute beaucoup les musiciens professionnels qui jouent avec lui : peu d’indications, suivre la main du maître sur la guitare ; deux prises maximum. En fait le personnage Dylan n’est jamais là où on l’attend : pour l’avoir vu en concert, on sait qu’on ne va pas reconnaître les musiques et les chants, qu’il ne va pas s’adresser au public sauf pour présenter ses musiciens. Il en va de même sur ses albums : après avoir été propulsé dans les premières places grâce à la scène folk qui lui fera rencontrer Joan Baez, il va –selon certains puristes – la "trahir" en électrifiant les instruments. Encore maintenant, on en parle et je me souviens avoir lu dans une encyclopédie que Bob Dylan avait dénaturé le folk en rajoutant des guitares électriques, ce que François Bon appelle le "Dylan" d’avant 1966, bascule au festival de Newport où l’on n’a pas le temps d’enlever les amplis du groupe précédent, Dylan vient avec une guitare qu’il branche alors qu’on attendait le "hobo" avec sa guitare acoustique. De même, de nos jours il n’est plus guère à la guitare mais au piano ou à l’orgue et se présente de profil au public. Jamais où on l’attend.
   
   Pourtant, quand il ne "joue" pas à Bob Dylan, Robert Zimmerman, c’est monsieur tout-le-monde qui rentre dans sa petite ville de Duluth au milieu des années soixante où personne ne connaît son succès, c’est un membre de la famille comme un autre ; c’est aussi ce personnage victime de son image et qui se cache des curieux de toutes sortes en achetant maison sur maison, avec de grands parcs inaccessibles, jusqu’à posséder 15 maisons dont une espèce de château où François Bon devine sa grande solitude. Enfin, c’est un personnage constamment en quête de lui-même, ni tout-à-fait poète ni tout-à-fait rock star mais à la fois les deux, Dylan est présenté comme un paradoxe vivant.
   
   Reste une biographie très agréable à lire en ce sens où l’auteur se pose encore des questions, notamment en recoupant témoignages et biographies , possède une érudition évidente sur les courants et la musique de cette époque, capable de citer types et marques de guitares ainsi que les accordages et les accords, car c’est aussi cette culture qui intéresse le lecteur ; les grands noms du folk – j’avoue en avoir appris beaucoup –jusqu’aux clubs new-yorkais où se croisent les stars du passé, du présent et de demain. De même, sans en faire une analyse universitaire et détaillée, il se réfère à telle ou telle chanson pour établir la correspondance, les échos qu’elle pourrait susciter pour illustrer son propos, quelques bribes de paroles –traduites un peu légèrement parfois, mais qu’importe – et le nom de quelques musiciens qu’on ne choisit pas par hasard. Il y a toujours mise en scène du personnage mis en abyme dans ces chansons.
   
   François Bon sait faire de la vie des célébrités majeures du rock et du folk, des romans à part entière rien que dans la chronologie des albums et dans l’évolution de son personnage ambivalent. Personne ne comprend Dylan, à commencer par lui-même ; et puis pourquoi le faudrait-il? L’énigme le rend plus vivant.
   Une lecture passionnante.
    ↓

critique par Mouton Noir




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Lire ou ne pas lire le Dylan de Bon
Note :

   Les meilleurs représentants du rock sont ceux qui ont tenté d’en sortir. Zappa allait vers le jazz et la musique atonale, le Pink Floyd vers la symphonie romantique, les Stones vers le théâtre sur scène… et Dylan vers la poésie. C’est, a priori, ce que dit le "Dylan" de Bon.
   Découvrir les textes de Dylan cependant cela se fait par l’écoute de sa voix et sa manière de dire,  d’interpréter, dans quoi il y a comme un chant, lequel passe difficilement pour un chant de sirène, à moins que le  témoignage d’Ulysse qui tenait les prestations de ces femmes-poissons pour insoutenables et irrésistibles en même temps, ne dise précisément qu’être fasciné ou rebuté par l’écoute de Dylan signifie exactement la même chose.
    Lire un texte de dylan sans l’entendre chanter cela a-t-il de l’intérêt?
    Pour moi, peut-être que non.
   Lorsque je n’ai plus aimé le chant de Dylan (à partir de "Oh Mercy" disons) je ne me suis plus intéressée à ses textes.
   Peut-être le livre  repose-t-il cette  question?
   
   La première de couverture raconte une histoire : voyez ces portraits en buste d’un Dylan artificiel,  solarisé en trois couleurs et en trois exemplaires, avec lunettes épaisses, expression dédaigneuse et méprisante, le plus rébarbatif des Dylan possibles c’est ce qui a été choisi comme illustration. Encore et toujours le filtre warholien.
   Voyez  aussi le nom de François Bon inscrit en vert tendre sur une surface immaculée ce jeune Bon qui, dans l’innocence printanière de ses quinze ans allait à la découverte de ce Dylan là… qui allait lui révéler toute l’opacité, l’hypocrisie,  la complexité du monde adulte représentée, assénée…  par ce grand frère qui se dissimule dans ces images peu amènes.
   
   Voyez enfin la sobriété étonnante du titre "Bob Dylan : une biographie". On n’a jamais fait mieux. Le premier biographe  Scaduto intitule son bouquin impunément "Bob Dylan" comme si c’était possible  d’en parler directement. Après lui, on se réfugie dans des sous-titres vaseux reprenant le plus souvent le thème de la route-qui-ne-mène –nulle-part "No direction home", à la croisée des chemins, sur la route avec…  ou encore le truc du masque "Behind the Shades".
   Mais là bon sang "une biographie" … ! Il fallait oser. On croyait que c’était une rencontre, non, c’est une biographie.
    ↓

critique par Jehanne




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Bon, une biographie
Note :

    Très vite... C'est un vrai livre d'écrivain que nous propose François Bon, livre traversé par Woody Guthrie, Allen Ginsberg ou Arthur Rimbaud, livre qui ne prétend certes pas à l'exhaustivité et heureusement, quoi de plus casse-pieds que l'exhaustivité sur un artiste. Mais Dylan n'est pas homme à se couler dans la première biographie venue, sentencieuse ou académique. Farnçois Bon nous situe son enfance et son adolescence à Duluth, Minnesota et la musique qui deviendra vite indispensable. Quelquefois l'auteur s'attarde sur une chanson peu connue mais excellente, par exemple Stuck inside of Mobile que je ne connais que depuis relativement peu de temps. Les rencontres qui ont compté pour Dylan, Bon les met en lumière très intelligemment. Même Dylan fut au début une sorte de disciple. Est-il devenu le maître, un peu trop parfois?
   
    Evidemment je pense qu'un tel ouvrage sera reçu différemment par un trentenaire ou un quinquagénaire. Largement dans la seconde catégorie j'ai été très intéressé par le récit de la fameuse "électrification" de la musique folk et par l'ostracisme dont Dylan fut victime un temps. Tout cela n'a plus cours mais je me souviens bien de l'arrivée de Subterranean homesick blues, succès et de la tornade Like a rolling stone. Mon premier souvenir de Zimmerman est la chanson N'y pense plus tout est bien, adaptation tout à fait correcte d'Hugues Aufray, qui peu de temps après enregistra tout un album. C'est ainsi que j'ai découvert en français Cauchemar psychomoteur, Hollis Brown, Hattie Carrol. Mr.Tambourine man fut par contre défiguré. Puis pour moi les Byrds allaient faire le reste, Dylan envahir ma vie avec des périodes d'éloignement mais plus rien ne serait comme avant. Artiste que je redécouvre en permanence avec les jeunots du blog, Bob Dylan est plus qu'une figure majeure de Tin Pan Alley et est rentré en littérature depuis plus de quarante ans.
   
    Cette étude de François Bon, par ailleurs auteur d'une bio des Stones, donne furieusement envie d'écouter ce que de Dylan on ignorerait encore, c'est à dire dans mon cas pas mal de disques plus tardifs. Et puis m'assaillent les noms d'Al Kooper, Mike Bloomfield, Richard Farina, Robbie Robertson et the Band. Alors des images de galettes noires d'un diamètre d'environ 30 cm tournent en sarabande, étoiles d'une constellation de très haute sphère, nanties de pochettes qu'on voyait de loin même si le visage rude et peu amène de Dylan sur The times they are a changin' ne disait encore trop rien aux amis un peu englués dans la fadeur de Salut les copains. Mais les temps allaient changer, effectivement.

critique par Eeguab




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