Lecture / Ecriture
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Pour seul cortège de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé
  Le soleil des Scorta
  La mort du roi Tsongor
  Dans la nuit mozambique
  Eldorado
  La porte des enfers
  Cris
  Ouragan
  Caillasses
  Pour seul cortège
  Les oliviers du Négus
  Danser les ombres
  Écoutez nos défaites

Laurent Gaudé est né en 1972.

Après des études de Lettres, il décide de se consacrer entièrement à l'écriture et se fait d'abord connaître comme dramaturge.

Il publie son premier roman "Cris" en 2001, qui sera suivi notamment par "La mort du roi Tsongor" (Prix Goncourt des lycéens 2002) et "Le soleil des Scorta" (Prix Goncourt 2004).


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Pour seul cortège - Laurent Gaudé

Pour seule richesse
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Pour seule richesse dans ce livre... la littérature, de la plus belle eau qui soit. Troisième roman, pour moi, de Laurent Gaudé, "Pour seul cortège" est un roman d'anthologie dont la relative brièveté ne freine pas l'envol au cœur de la grande histoire, celle qui donne à réfléchir sur le pouvoir et sur le destin, à travers la mort d'Alexandre, phare de toute une époque et aussi encombrant mort que vivant. Le livre est admirable et je suis en désaccord avec ceux qui aiment le livre mais le trouvent somme toute d'une grande froideur. Pour moi il est possible d'être ému par le style et le tragique de cet ultime voyage d'Alexandre.
   
   Terrassé en Babylone lors d'un banquet Alexandre se meurt sous les fièvres. Que va devenir l'Empire avec ces prétendants à la succession et ces déchirures immédiates? Et quel est le rôle de cette princesse tirée d'un temple exilé que l'on ramène près du moribond? L'aventure, car c'en est une, des plus fidèles des compagnons de l'Empereur, se vit à travers les interventions de différents personnages tel un chœur antique, une polyphonie de l'épopée, justement évoquée par plusieurs critiques.
   
   Certains parlent à propos de "Pour seul cortège" de clichés désuets et j'en suis surpris. J'ai un point de vue radicalement opposé. J'y trouve le souffle romanesque allié à l'érudition qui fait de ce livre un "western" antique, une fresque mais pas croulant sous les hyperboles pédantes, un écho d'un empire qui avec la fin de son maître risque de se déliter, et des personnages de haut rang susceptibles comme tout un chacun de jalousies et de trahisons. Je suis sensible à la langue et à la sonorité et ainsi je trouve que les noms propres des héros sont déjà pure poésie à mes oreilles de lecteur. J'ai pris plaisir à lire quelquefois à haute voix. Prononcer ainsi Tarkilias, Aristonos, Moxyartés est une jubilation, partie prenante de la lecture. Les lieux aussi exercent leur magie, l'Hyphase, l'Elymandros... Mais qu'on ne s'égare pas, "Pour seul cortège" n'est pas un exercice de style avec sa brillance mais aussi sa vanité.
   
   Le long périple posthume d'Alexandre dont le corps est symbole, dont le corps est enjeu, devient sous la belle plume de Laurent Gaudé un extra-ordinaire récit où coule le sang des ambitieux et où frappent l'un contre l'autre les frères d'armes d'un passé récent. La cruauté n'est pas sans grandeur et la mort qui rôde a quelque chose d'exaltant. Certains blogueurs glissent une ou deux citations avec gourmandise. Ils ont bien raison mais je serais en peine d'en faire autant tellement ce livre s'élève au dessus de la mêlée littéraire. Une phrase toute simple m'a bouleversé par son universalité. "Ce qu'ils on fait aujourd'hui, je l'ai fait hier" à propos des complots qui suivent forcément la mort d'un chef. Enfin, puisqu'il faut en finir, le personnage féminin est d'une richesse inouïe, à lui seul il justifierait les dithyrambes, le destin de Dryptéis étant âpre et barbare comme seuls savent l'être les dieux.
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critique par Eeguab




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Un froid travail d'orfèvre
Note :

   La mort d'Alexandre, c'est la mort d'un géant! L'univers entier en est secoué et cette chute a des répercussions sur toutes les nations mais aussi sur chaque individu qui l'entoure. C'est pourquoi Laurent Gaudé dans "Pour seul cortège" emprunte à l'épopée pour parler des derniers instants du grand conquérant et des querelles de succession, des violences perpétrées par ses généraux qui se disputent sa dépouille car chacun à bien compris que le pouvoir irait à celui qui la détiendrait. Un immense et somptueux cortège autour de son cercueil en or, accompagné de pleureuses et de tous les siens, s'organise pour transporter ses restes. Mais à qui appartient vraiment Alexandre? Ce sont ses proches qui auront la réponse, et c'est avec une poignée d'hommes pour seul cortège, qu'il parviendra au bout du voyage.
   
   Le texte est à plusieurs voix, celle de Dryptéis, la fille de Darius, celle du cavalier acéphale, Ericléops, celle d'Alexandre lui-même, des voix qui s'élèvent tour à tour, racontent, se recoupent, s'interrompent et forment comme un chœur polyphonique, une musique interne à la narration, parfois rapide, parfois ample comme les paysages qui défilent, comme ce long cortège qui s'étire à l'infini. Une épopée fantastique, irréelle, violente, pleine de souffrances et où la mort règne en maître.
   
   Je dois dire que j'ai admiré ce style ciselé, un travail d'orfèvre sur lequel l'on peut s'arrêter pour en repérer les beautés, les accents tragiques. Pourtant et étonnamment pour moi qui aime la poésie, je n'ai pas vraiment adhéré au récit, je me suis parfois même ennuyée. Cela vient du fait, je crois, que les personnages ne sont pas des êtres réels. Le style tient lieu de tout, seul importe la forme mais nous restons dans l'abstraction même d'un point de vue historique. L'histoire de Dryptéis est terrible, elle à qui Alexandre a tout pris, et qui se sacrifie pour sauver son enfant, mais ce n'est pas un être vivant. Ce qui lui arrive ne me touche pas. Je préfère le Gaudé, ancienne manière, celui de "Le Soleil des Scorta". Là, des personnages de chair évoluent dans un paysage où l'on sent la brûlure du soleil et le poids réel de la vie. Finalement, ce que je reprocherais le plus à Gaudé - et cette opinion n'engage que moi dans le concert de louanges qui retentit partout- c'est que si je peux éprouver une admiration intellectuelle, au niveau des sentiments, c'est le vide absolu.
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critique par Claudialucia




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Cortège funèbre
Note :

   Babylone.
   
    La mort soudaine d’Alexandre au cours d’un repas laisse son entourage abasourdi. La confusion règne. Il faut rendre Alexandre à sa patrie. Un long cortège funèbre se met en route vers la Macédoine. Une étrange armée qu’accompagnent les pleureuses des Sept Empires que le Macédonien a conquis. Avec elles, une jeune femme Dryptéis, veuve d’un compagnon d’Alexandre et fille de Darius l’empereur perse déchu. Des semaines et des mois à marcher aux côtés de la dépouille. Déjà ses compagnons se disputent l’Empire et le corps, seul capable de légitimer leurs prétentions.
   
    De cet événement historique, Laurent Gaudé a fait un chant funèbre à la mémoire du grand conquérant. Une prose épique, dans la veine de "La mort du roi Tsongor".
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critique par Michelle




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L'inaccessible étoile...
Note :

   A partir d’un fait historique, Laurent Gaudé élabore un subtil roman au souffle épique et à l’écriture volontairement hallucinée qui emporte son lecteur pour ne plus le lâcher.
   
   Voici qu’Alexandre, homme impétueux qui, à force de brutalité, de stratégie et de tromperie s’est emparé d’une grande partie de l’actuel monde occidental, est brutalement foudroyé lors d’un banquet. Celui qui fut l’un des maîtres du monde entame une lente agonie pendant que ses généraux commencent à se partager son empire. Sa mort sera l’objet de la mise en place d’un cortège funèbre grandiose où soixante-deux mules et deux cent onze pleureuses issues de toutes les régions de l’immense empire auront pour mission de ramener le corps à sa mère, traversant tout le territoire impérial.
   
   Pendant ce temps, l’ambassadeur envoyé par Alexandre en Inde, objet des fantasmes de conquête de l’infatigable guerrier qu’il n’a jamais pu satisfaire de son vivant, se fera décapiter et son dernier souffle renvoyé à l’Empereur, accompagné de la tête pour lui notifier que le Maître de l’Inde l’attend sans le craindre.
   
   C’est la question essentielle de l’héritage que nous pose Laurent Gaudé dans ce qui est l’un de ses plus beaux et plus subtils romans. Pendant que les hommes s’entredéchirent pour s’arracher des morceaux d’empire et que l’on massacre pour s’emparer de la dépouille mortuaire d’Alexandre, Gaudé met en œuvre un artifice littéraire saisissant. C’est l’âme de l’ambassadeur fidèle qui va guider les quelques acteurs élus pour conduire Alexandre vers la dernière demeure qu’il se sera choisie et qui n’est pas celle voulue par les hommes pour de pures raisons et visées politiques.
   
   Une âme qui va s’adresser de façon volontairement improbable à Dryptéis, la fille de l’ennemi d’Alexandre, Darius, qu’il a tué, et dont il fait l’épouse de son meilleur ami Héphaïstion, mort au combat depuis. Au-delà de la mort, Alexandre va indirectement s’adresser à celle qui s’est retirée du monde, fatiguée des intrigues de cour, épuisée d’être devenue l’enjeu de luttes politiques qui sèment la mort tout autour d’elle pour l’impliquer à nouveau, malgré elle, dans un enjeu qui la dépasse, ultime victime de la volonté de fer d’un homme qui a soumis le monde. Avec insistance et subtilité, il va l’amener à organiser ce qui fut son rêve de toujours : le faire cheminer vers l’Est, vers l’Inde qu’il fut incapable de conquérir et qui le fascina sans relâche.
   
   Une fois le corps subtilisé avec la complicité de Ptolémée, son fidèle général et celui qui fut le plus prompt à agir pour s’accaparer l’empire, vaincu lui aussi par la volonté de celui à qui il consacra sa vie et ses troupes, une nouvelle chevauchée pourra commencer. Elle emmènera le dernier carré de fidèles, ceux qui ont protégé Alexandre de son vivant, le dernier cortège, vers ces contrées inconnues et magiques où ils termineront leurs vies en héros en même temps qu’ils libéreront l’esprit d’Alexandre.
   
   Se frottant à un mythe, Laurent Gaudé affronte sans sourciller l’une des pages obscures de l’Histoire. Comme souvent dans son œuvre, c’est la mort qui sert de fil conducteur, une mort omniprésente dans la vie de ces militaires tuant et ayant tué sans compter, une mort qui se donne sans état d’âme pour raisons politiques, une mort qui frappe ambassadeurs comme petites gens, une mort que l’on se donne pour échapper à l’infamie ou à l’Histoire. Une mort qui continue de manipuler les vivants autant qu’ils la manipulent.
   
   Gaudé nous emmène très loin, aux confins du réel et du magique, de l’onirique et du fantastique dans un roman brûlant, haletant et simplement magnifique.
    ↓

critique par Cetalir




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Voix d'outre-tombe
Note :

   A la fin d'un ultime banquet, Alexandre le Grand s'effondre, terrassé par la fièvre. Il est mourant. Fidèles et généraux se pressent autour de lui. dans la douloureuse inquiétude de la succession et de la pérennité de l'empire.
   
   Alexandre, le plus grand des conquérants, assoiffé de puissance et de terre se transforme sous nos yeux en un être humain foudroyé par la maladie. Mais le temps d'un récit digne d'une tragédie grecque, il redevient le meneur d'hommes, le combattant mythique que l'Histoire connaît.
   Babylone déroule ses fastes et excès, délices et barbarie, cruauté et soif de pouvoir. Toute la noirceur de l'homme apparaît et malgré le lyrisme persistant, la fureur ne quitte pas la scène.
   Alexandre fait entendre sa voix, insuffle sa grandeur et traverse le temps.
   
   A travers le récit d'une femme, princesse tragique, et de quelques proches, nous accompagnons le cercueil d'Alexandre dans son dernier voyage. Le cortège de pleureuses donne à cette marche initiatique dans le désert la force du rêve.
   
   Alexandre n'était pas assez vaste pour lui et il habite l'éternité à jamais, son ombre plane sur les déserts de l'Orient et son histoire devient une légende.
   
   Laurent Gaudé mêle récit, vérité, rêve dans une prose riche très visuelle. Le désert et la chaleur nous enveloppent et le temps reste suspendu.
   
   Un petit livre qui n'apporte pas de précisions historiques mais questionne sur la vie d'un homme d'une intelligence politique féroce qui a su imposer la Macédoine en tant que royaume glorieux.
   
   Le style très lyrique, les voix entrecroisées dans le rêve ou la réalité peuvent dérouter mais il faut se laisser porter par le récit et par la voix d'outre-tombe du grand Alexandre.

critique par Marie de La page déchirée




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