Lecture / Ecriture
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Fée d'hiver de André Bucher

André Bucher
  Déneiger le ciel
  Le cabaret des oiseaux
  Fée d'hiver
  La Vallée seule
  Un court instant de grâce

Écrivain-paysan, André Bucher est né en 1946. Après avoir exercé mille métiers (bûcheron, docker, berger), il s’installe en 1975, dans la Drôme, où il vit toujours. Il est un des pionniers de l’agriculture bio en France.

Fée d'hiver - André Bucher

Amour et amitié
Note :

   Quand l'amour et l'amitié se mêlent cela fait parfois d'excellents romans
   
   En voici un dont vous pourriez penser que je l’ai choisi pour être en accord avec la météo, et bien pas du tout, je l’ai choisi d’abord pour l’auteur dont j’avais lu deux romans qui m’avaient laissé un très bon souvenir, et puis mon œil a été attiré par l’éditeur dont je surveille les publications car mes lectures de "Walden" et du "Pays des petites pluies" m’ont rendu très attentive.
   
   Un haut pays, celui déserté et à moitié sauvage d’une Drôme où vit l’auteur de ce roman.
   
   Quatre personnages vont aller les uns vers les autres, comme pour un rendez-vous secret, au gré d’enfances saccagées, de vies marquées par la malchance, gâchées par la violence.
   
   1965 Deux frères se retrouvent orphelins, la violence a été telle que Daniel ne parlera plus et que Richard et lui vivront un jour reclus dans leur misérable ferme des Rabasses. Daniel s’occupe de son troupeau de brebis et Richard s’est fait ferrailleur mais il lui arrive de gratter la guitare et il écoute Bob Dylan en boucle.
   
   Alice aussi est du pays, les deux frères l’ont vu grandir, ils l’aiment bien, elle est même capable de créer des liens avec Daniel le mutique qui écrit dans son journal "Alice, c’était ma fée d’hiver". Ses frères Robert et Pierre, c’est pas pareil, des méchants, des tordus ceux là.
   Le temps passe et Alice se marie avec Louis un lointain cousin et travaille à la scierie familiale.
   
   1998 Et voilà qu’apparaît le dernier personnage du quatuor : Vladimir, bûcheron clandestin arrivé des Balkans. Il a fuit un passé douloureux, a traversé un pays dévasté "Il traversait de maigres villages déserts, croisait des fermes éparpillées ou de muets hameaux juchés à flanc de coteaux, tous accablés. Il longeait des terres sans horizon, sans un seul arbre, un paysage morne et moribond, où même le silence semblait s’être retiré".
   Après les passages de frontières, la clandestinité un beau jour il sait qu’il est arrivé
   "De minces particules de lumière peignant les ombres convergeaient vers la ligne de partage des eaux, entre la vallée de l’Ouvèze et celle de la Méouge."

   
   Ils vont marcher les uns vers les autres, affronter le passé, se créer une nouvelle vie. Ils vont se tenir chaud, se protéger, s’apprivoiser, fraterniser en faisant fi des cicatrices qu’ils portent tous.
   
   J’ai appris en lisant sa biographie chez l’éditeur qu’André Bucher est un grand lecteur de Jim Harrison et Rick Bass, rien d’étonnant que je me sois sentie si bien dans ce roman.
   
   L’écriture donne un grand plaisir, le genre de roman qu’on lit lentement en se délectant des images, on s’attache aux personnages, on partirait bien à la découverte des lieux pour y voir filer les saisons. Un roman que l'on garde précieusement.
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critique par Dominique




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Alice au pays des neiges sanglantes
Note :

   Troisième roman de cet auteur vivant loin du monde littéraire que je lis, toujours avec beaucoup de plaisir.
   
   En guise de prologue, un article du Dauphiné Libéré du 31 août 1948 relatant un fait divers : un agriculteur a tué son épouse, puis s’est suicidé. Ils laissent deux enfants de quatre et six ans qui seront placés dans une famille d’accueil.
   
    Nous retrouvons ceux-ci, Daniel et Richard, entre août 1965 et avril 1988. Daniel tient son journal, Richard est revenu de la guerre d’Algérie depuis trois ans, il boite, Daniel, lui, ne parle pas.
    Daniel étant enfin majeur est retourné vivre aux Rabasses, ferme familiale, située au sommet du col de Perty, dans la Drôme à l’extrême limite des Hautes Alpes.
    Ils savent pourquoi leurs parents sont morts : leur mère avait un amant, leur père ne l’a pas supporté. Alors il faut vivre dans la solitude morale et physique. Il n’y a pas beaucoup de voisinage autour des deux hommes.
    Mais pour Daniel, il y a Alice, plus jeune que lui, elle lui rend visite depuis des années, elle a vingt ans à présent, ils fêtent cela ensemble avec le gâteau confectionné par celle-ci. Et Daniel rit ! Une grande première depuis des années.
   
    Mais d’autres personnages viennent au fil des ans troubler cette vie rude, solitaire mais tranquille.
    Tranquille, elle ne le devient plus vraiment, Alice a des frères, propriétaires de la scierie, principal employeur des environs. Elle épouse Louis, un lointain cousin, l’amour n’est pas au rendez-vous. Elle a toujours un penchant pour Daniel, l’homme qui ne parle toujours pas.
    Puis arrive le colossal Vladimir, bucheron rescapé de l’Ex-Yougoslavie. Il cherche du travail, et bien entendu, sans papier, il sera exploité par les frères d’Alice, mais Richard et Daniel lui offriront un toit décent…
   Pour Alice l’amour, l’heure du grand amour, sonnera, avec son cortège de rancœur, de violence et de drame.
    Des personnages sont, soit très attachants, Richard, Daniel, Vladimir, pour les hommes, Alice et Dona, la stripteaseuse, pour les femmes.
    D’autres par contre sont des êtres frustres et bornés, Parmi les frères d’Alice, l’un d’eux est plutôt enclin à pardonner à sa sœur, mais son aîné et Louis, le mari délaissé, sont pour la manière forte.
   
    Des descriptions de paysages pleines de poésie, qui mettent la montagne en valeur. Une belle écriture et une lecture agréable.
   
    Extraits :
    - On aurait cru un canard ou un jar et la lune en se dandinant le suivait, rouge comme j'ai dit, rouge comme le sang et moi je criais pour ne plus entendre, les mains sur les oreilles, je criais.
   
   - J'ai un peu plus de quarante ans. Je ne sais pas quoi en faire.
   
   - Vladimir se sauvait tel un chien craignant à nouveau d'être battu. Il avait marché, marché longtemps, avant d'atteindre le Monténégro.
   
   - L’introspection n'était pas son fort. Pourtant est-ce qu'elle en demandait trop ? Que devait-on attendre de ce petit mari, qu’il se comporte en amant ? Ou en père...
   
   - Daniel en ange diminué et lui géant simiesque à la patte folle, symbiose d'un oiseau mythologique avec un élytre déployé pour protéger l'autre aile, sans l'abîmer.
   
   - Car c'est un très grand danger de voir l'estime de soi dépendre de la manière dont les autres vous considèrent...

critique par Eireann Yvon




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