Lecture / Ecriture
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Enola Game de Christel Diehl

Christel Diehl
  Enola Game

Enola Game - Christel Diehl

Danger !
Note :

   "Enola Game" en référence à Enola Gay, l'avion qui a largué la bombe sur Hiroshima. La narratrice a nommé ainsi le jour où elle a vu "la grande lumière". Une catastrophe s'est produite, nous ne saurons pas laquelle. La jeune femme est confinée chez elle, avec sa petite fille de quatre ans. Une patrouille passe tous les jours déposer de l'eau et des vivres devant les portes des maisons, avec ordre de ne surtout pas sortir.
   
   L'atmosphère du roman est saisissante. Le contraste est fort entre l'angoisse sourde, l'ignorance totale dans laquelle est la jeune femme, dont le compagnon et la fille aînée sont au loin et le semblant de vie normale qu'elle s'efforce de maintenir pour sa plus jeune fille. Séparée de ceux qu'elle aime, ne sachant pas ce qui s'est réellement passé, elle s'accroche à des rituels et à des habitudes simples.
   
   Le lecteur avance sans repère, il n'en sait pas plus que la narratrice, dont nous ne connaîtrons même pas le prénom, il voit passer les jours au même rythme qu'elle.
   
   En dépit des circonstances, le récit est d'une grande douceur. Enfermée, sans électricité, privée de tous les supports habituels de distraction, la jeune femme se remémore les évènements de son passé, un premier mariage malheureux, puis à nouveau un amour épanouissant dont est né la petite. Elle se souvient avec émotion de son père tant aimé, qu'elle voudrait si fort auprès d'elle dans cette épreuve, elle égrène ses souvenirs d'enfant pour amuser la fillette.
   
   Après avoir passé son temps à se plaindre d'être surchargée de tâches, la voilà ironiquement dans une vacuité totale. Elle peut en profiter pour assouvir son envie d'écrire. Mais l'angoisse n'est jamais loin. Sa réserve de bois et de papier diminue, seule source de chauffage qui lui reste. Les patrouilles ne passent plus. Des bandes de pillards apparaissent. D'autres camions aussi. Ennemis, alliés? Une guerre a-t-elle lieu? L'eau finit par être coupée également.
   
   Bien sûr on se demande comment tout cela va se terminer. De manière cohérente, mais je n'en dirai pas plus, vous vous en doutez bien.
   
   Voilà un premier roman à la fois intime et très relié aux peurs de l'époque, de manière subtile. L'écriture est quasiment poétique, délicate, ce qui fait quelquefois oublier la catastrophe en cours. On peut y voir également une réflexion sur ce qui envahit nos quotidiens sur-occupés avec pas mal de vide il faut le reconnaître. Là l'essentiel revient au triple galop, sans échappatoire possible.
   
   
   Extrait:
   
   "Quand elle se réveille, elle sait exactement pourquoi elle a rêvé de bois et cette pensée la glace : elle a déjà fait brûler tous les meubles. Il ne reste plus que le coffre en chêne que son père a fabriqué et que sa mère lui a offert quand elle a emménagé dans cette maison. Elle ne se sent pas la force de lever la hache sur le plus beau souvenir qu'elle garde de lui. De ses mains d'ébéniste à ses heures.
   Elle préfère se résigner à avoir froid".

   
   A découvrir si le thème ne vous rebute pas.

critique par Aifelle




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