Lecture / Ecriture
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Au lieu-dit Noir-Étang… de Thomas H. Cook

Thomas H. Cook
  Les rues de feu
  Les Feuilles mortes
  Mémoire assassine
  La Preuve de sang
  Les leçons du mal
  Les liens du sang
  Au lieu-dit Noir-Étang…
  L'Etrange destin de Katherine Carr
  Le dernier message de Sandrine Madison
  Le crime de Julian Wells
  Sur les hauteurs du mont Crève-Coeur

Thomas H. Cook est un écrivain américain né en 1947.

Au lieu-dit Noir-Étang… - Thomas H. Cook

Un excellent polar psychologique
Note :

   Henry, le narrateur de ce récit, est âgé de 15 ans lorsque son père, qui dirige un collège, accueille une nouvelle enseignante d’arts plastiques. Cette femme est la nièce d’un de ses anciens camarades. Après avoir diné chez eux, ils la conduisent dans un cottage, modeste mais confortable, où elle va pouvoir résider tout en prenant ses nouvelles fonctions.
   
   On apprend très rapidement, quasiment dès le début du récit, que cette jeune femme a été accusée quelques temps après sa prise de poste d’un fait apparemment grave. En effet, elle a eu affaire à la justice et a été fustigée par les habitants de cette petite ville de la nouvelle Angleterre.
   
   Pour quelles raisons? C’est ce que nous allons découvrir tout au fil de ce roman qui ménage magnifiquement le suspens, distillant les informations au compte goutte, sans qu’on sache si cette femme a commis un crime ou a été victime d’une injustice. Le récit alterne entre passé et présent, le lieu dit Noir Etang incarnant tous les fantasmes et toutes les interrogations. Que s’y est-il exactement passé dans les années 1920? Henry, aujourd’hui âgé, remonte le fil de ses souvenirs et ce n’est que dans les toutes dernières pages que nous sera livré le secret du drame qui s’est noué dans ce petit village, drame qui a entrainé la fermeture du collège que dirigeait son père.
   
    Mieux vaut ne pas trop en dire pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture… Ce polar est très prenant, l’ambiance est mystérieuse, les descriptions de paysage sont si réussies qu’on s’y croirait, les personnages et les liens qui les unissent ou les opposent sont dramatiques à souhait, c’est un roman d’ambiance qui fait qu’on ne sait pas qui est le bon ou le méchant… Et on ne lâche plus ce livre, voulant absolument savoir ce qu’il s’est exactement passé…
   
   Bref, voilà un excellent polar psychologique.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Les dangers de l'amour romantique
Note :

   Titre original : " The Chatham School Affair" (1996)
   
   
   La construction ressemble à celle de "les Leçons du mal" :
   
   Un homme âgé, Henry, se souvient d’un épisode tragique arrivé pendant l’année scolaire 1926/27 dans l’école de garçons de la petite ville de Chatham, non loin du Cap Cod. Il était l'un des élèves, et surtout, le fils du directeur.
   
   Sa pensée vagabonde, faisant de fréquents allers-retours entre diverses périodes de cette année scolaire, un procès qui s’en suivit, le devenir des principaux acteurs du drame, et l’époque actuelle.
   
   Son père dirigeait l’école d’une main ferme, sa mère devait se contenter d'être ménagère au foyer, elle aussi "psychorigide" (comme on dit à présent), et Henry, déjà adolescent, s’ennuyait et éprouvait du ressentiment envers ses parents.
   
   L’arrivée de Mlle Channing, jeune femme qui vient enseigner les Arts plastiques, va le renforcer dans sa rébellion. Très cultivée, la jeune femme a beaucoup voyagé avec son père depuis sa tendre enfance, et suivant ses préceptes est persuadée "qu’il faut vivre ses passions jusqu’au bout". Elle va bientôt en avoir l’occasion, sa rencontre avec le professeur de lettres Leland Reed, se révèle décisive. Reed est marié, père d’une petite fille, le couple illégitime se dissimule sans y parvenir vraiment, et Henry est plus ou moins leur complice. Ses sentiments à leur égard sont complexes : rêvant pour lui-même d’aventures romanesques et de liberté, il brûle de les aider à fuir une existence médiocre. Surtout, il voudrait jouer un rôle dans l’affaire, être autre chose qu’un "voyeur"…
   
   Mr Reed semble préparer un départ puisqu’il construit un bateau avec l’aide du jeune garçon…
   
   A mesure que l’on avance dans le récit, des questions nouvelles naissent en même temps que les révélations. Que s’est-il vraiment passé, qu’y-a-t-il derrière les faits apparents? Et pour cela on est surpris jusqu’au bout. Malgré certaines longueurs, car le narrateur se répète souvent.
   
   Les protagonistes, le couple illégitime, sont vraiment touchants, et j’aurais préféré les voir agir et penser directement, en alternance avec le point de vue de Henry, qui est ici seul narrateur.
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critique par Jehanne




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La pêche est bonne
Note :

                                   On se demande comment ce roman a pu échapper à la Série Noire, collection dans laquelle Thomas H. Cook était traduit dans les années 1990 : lauréat d'un Edgar Award dans son pays d'origine, il n'était pas tout à fait passé inaperçu à l'époque. Il est construit sur un procédé qui sera réutilisé dans "Les leçons du Mal" en 2008 : le lecteur a connaissance, dès les premières pages, qu'un drame s'est produit dans la communauté qui abrite le narrateur et en découvre petit à petit la teneur, les motivations et les circonstances. Retours en arrière, monologue intérieur et comptes rendus d'audience sont mis au service d'un dévoilement progressif de la vérité, saisissante comme il se doit. Il s'agit de découvrir comment le séjour d'une jeune enseignante appelée à vivre et à travailler dans une petite ville du Massachusetts a pu se transformer en cauchemar. Le récit est mené par le fils du directeur de l'école où elle travailla et où il fut son élève. Le talent de Thomas H. Cook était déjà bien affirmé à l'époque et ses différentes productions depuis n'ont fait que le confirmer. A peine pourra-ton lui reprocher des traits un peu trop appuyés quand son narrateur verse dans la nostalgie et l'auto-apitoiement, des traits qu'il saura adoucir par la suite. C'est, à n'en pas douter, du polar de haute volée.
    ↓

critique par P.Didion




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Noirs secrets de l'étang
Note :

   Je ne veux pas qualifier cette fiction de roman policier ou de polar car elle écarte leurs ingrédients traditionnels, hormis le suspense entretenu par la construction narrative. Il s'agit d'une tragédie intime, passionnelle, où l'idéalisme, les préjugés publics d'une petite ville de Nouvelle-Angleterre dans les années 20, mais aussi le destin fallacieux, jouent un rôle cruel. Et au moment où, à l'instar du père du narrateur, l'on s'exclame "Comme tout cela est triste ! ", où personne ne semble vraiment responsable du gâchis, Thomas H. Cook sort une ultime carte, attestant que l'écrivain reste maître du jeu et un maître dans son métier.
   
   "Tu voudrais qu'elle soit morte..."
   

   La phrase résonne encore, mais j'en ai déjà dit trop. Suivez ce vieil homme affecté, avocat solitaire, sur les traces des événements tragiques qui ont déterminé sa vie du jour où, jeune étudiant aux côtés de son père, il accueillit Mrs Channing à la descente de l'autobus, venue enseigner le dessin à Chatham School :
   " ... combien elle était belle et combien sa gorge était d'une blancheur immaculée contre le col lie-de-vin de sa robe... quand ses traits furent soudain capturés par l'éclatante lumière de l'été..."
   
   Ce roman sombre soigneusement écrit a obtenu le prix Edgar-Allan Poe en 1997.

critique par Christw




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