Lecture / Ecriture
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Le canyon de Benjamin Percy

Benjamin Percy
  Le canyon

Benjamin Percy est un écrivain américain né en 1979.

Le canyon - Benjamin Percy

Canyon un peu boulet
Note :

    La facture est très classique, le thème rebattu, la nature hostile mais rédemptrice, le mal bien identifié et l'Ouest sauvage barré de tractopelles. Compris,on est dans le nature writing, mais un peu de série.
   
   Trois générations, Justin, professeur, Paul, son père, bougon, une culasse de carabine à la paume et à l'esprit, Graham, son fils, préado sensible. Hommes des bois pour un week-end, ça va mal se passer. Couplet sur les rapports père et fils, pas mal sans plus, un peu pesant sur la gâchette. Brian, lui, couturé du dedans et du dehors, est de retour d'Irak comme on revenait du Vietnam dans les années Platoon-Deer hunter.
   
    Karen,la femme de Justin, en cinquième rôle maximum, et minimum quota féminin si j'ose dire. Promoteurs très pro-promoteurs, Tom Bear Claws, Indien de son état, pro-casino sous couvert de défendre la tradition. Guest star, un grizzly qui n'existe pas dans l'Oregon, paraît-il. Ben voilà c'est à peu près tout ce que j'ai à vous en dire.
   
   Un roman aussi surprenant qu'une soirée télé sur M6. La couverture évoque "Délivrance" de James Dickey,ce qui est pour le moins très excessif.
   
   
   Présentation de l'éditeur:
   
   "Echo Canyon, un lieu encore sauvage de l’Oregon, menacé par les activités humaines. Mais aussi un lieu de souvenirs conflictuels entre Justin Caves et son père Paul, qui n’ont jamais entretenu une relation facile. Quand Paul propose à Justin d’y faire un dernier week-end de chasse, celui-ci accepte, espérant remettre les choses à niveau entre eux deux. Il décide même d’emmener Graham, son fils, afin que les trois générations soient réunies. Au fur et à mesure que le week-end avance, Justin subit la pression et les moqueries de son père, le poids de l’effort physique et ressent la présence évidente d’une menace. Une seule chose l’obsède : respecter la promesse qu’il a faite à sa femme. Ramener son fils sain et sauf…"

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critique par Eeguab




* * *



Touchée au cœur
Note :

   "Le Canyon" est un roman bouleversant.
   
   Nous sommes dans l'état de l'Oregon où un canyon va être irrémédiablement transformé (golf, lodge, etc. bref de quoi faire hérisser les poils de grizzlys de Doug Peacock).
   
   Avant cela, un homme, son fils et son petit-fils vont y passer un dernier week-end de chasse. C'est un lieu qu'ils connaissent bien mais les rapports entre eux sont compliqués: le fils doit faire face à son père, dur et autoritaire, mais aussi essayer d'acquérir une stature face à son propre fils. En plus de ces relations filiales aux sentiments mêlés, il se dégage aussi de ce canyon un danger, une odeur de peur irrationnelle liée à la présence d'un ours.
   
   La tension ressentie par le lecteur est décuplée par une sorte de sous-récit lié à un jeune homme récemment rentré d'Irak et qui développe des fantasmes et des obsessions qui font froid dans le dos. Mais ces personnages secondaires auraient peut-être été plus intéressants dans une nouvelle tant le trio vaut à lui seul. C'est pour moi le seul bémol à propos de ce livre.
   
   Un roman hautement symbolique où la nature est à la fois une source d'émerveillement et de peur, où les personnages sont marqués par des relations familiales empoisonnées, par des rêves frustrés ou par des traumatismes liés à la guerre. Le passage avec l'ours (je ne peux pas en dire plus) m'a littéralement transportée et vit encore en moi plusieurs semaines après la fin de cette lecture. Une écriture toute en tension et en beauté.
   "Le Canyon" est un roman bouleversant.
   
   Nous sommes dans l'état de l'Oregon où un canyon va être irrémédiablement transformé (golf, lodge, etc. bref de quoi faire hérisser les poils de grizzlys de Doug Peacock).
   
   Avant cela, un homme, son fils et son petit-fils vont y passer un dernier week-end de chasse. C'est un lieu qu'ils connaissent bien mais les rapports entre eux sont compliqués: le fils doit faire face à son père, dur et autoritaire, mais aussi essayer d'acquérir une stature face à son propre fils. En plus de ces relations filiales aux sentiments mêlés, il se dégage aussi de ce canyon un danger, une odeur de peur irrationnelle liée à la présence d'un ours.
   
   La tension ressentie par le lecteur est décuplée par une sorte de sous-récit lié à un jeune homme récemment rentré d'Irak et qui développe des fantasmes et des obsessions qui font froid dans le dos. Mais ces personnages secondaires auraient peut-être été plus intéressants dans une nouvelle tant le trio vaut à lui seul. C'est pour moi le seul bémol à propos de ce livre.
   
   Un roman hautement symbolique où la nature est à la fois une source d'émerveillement et de peur, où les personnages sont marqués par des relations familiales empoisonnées, par des rêves frustrés ou par des traumatismes liés à la guerre. Le passage avec l'ours (je ne peux pas en dire plus) m'a littéralement transportée et vit encore en moi plusieurs semaines après la fin de cette lecture. Une écriture toute en tension et en beauté.
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critique par Petit Sachem




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Suspens longuet en Oregon
Note :

   Justin entretient des relations difficiles avec son père Paul. Il lui est toujours soumis et ne réussit pas à lui tenir tête. Depuis la perte de leur second enfant, la vie de couple avec Karen n'est pas au beau fixe non plus. Paul, Justin et Graham, son fils, décident malgré l'opposition de Karen qui craint pour la vie de son fils (un grizzly rôderait dans les parages) d'aller passer un week-end à Echo Canyon comme le faisaient Paul et Justin auparavant. Echo Canyon qui vit ses derniers instants de nature vivante et tranquille puisque qu'un complexe immobilier est à la veille de prendre forme.
   
   Pendant que les garçons partent dans la nature, Karen reste seule, courtisée par le promoteur immobilier et par Brian, un serrurier très perturbé depuis son retour de la guerre d'Irak.
   
   Tout cela commence plutôt bien : l'auteur va droit au but, décrit ses personnages et les situations le plus simplement et le plus directement possible.
   
   "Elle [Karen] est, était enceinte de cinq mois. Les médecins lui disent qu'elle a fait de la pré-éclampsie. En gros, son corps a fini par identifier le bébé comme un allergène et l'a expulsé. Lorsqu'elle explique cela à Justin, d'une voix que le Vicodin a rendue pâteuse, elle semble regarder au-dedans d'elle même et à l'extérieur en même temps, perdue dans de sombres pensées dans cette pièce trop vivement éclairée.
   Quand l'infirmière vient contrôler les fonctions vitales de Karen, elle demande à Justin s'il désire voir le bébé, une fille. Il veut et ne veut pas. Le jour où son fils, Graham, est né, il était tout brillant, comme si le ventre de Karen l'avait poli, une pierre précieuse qu'ils serraient fort contre leur poitrine et se passaient avec d'immenses précautions. Ce bébé aussi ressemble à ça, sauf qu'il est plus petit, plus bleu." (p.16)
   

   Une grande partie du livre consiste à ausculter les relations entre les différents protagonistes, à décrire leurs caractères, leurs questionnements, leurs cheminements intérieurs. C'est plutôt bien fait, Benjamin Percy inventant des héros mal dans leurs peaux et qui ont du mal à vraiment communiquer. Cependant, Brian, l'ex-marine est un rien stéréotypé : un ancien combattant qui revient détraqué par ce qu'il a vu, ce qu'il a vécu et ce qu'il a été obligé de faire pendant le conflit dans lequel il était engagé. On a déjà vu ou déjà lu ce genre de personnages, concernant notamment la guerre du Viet Nam. On s'attend dès le début à ce que le serrurier commette une bévue voire un drame. Mais le fera-t-il? Quel suspense, Yv! Tu es trop fort!
   
   L'autre grande partie du livre est la nature de l'Oregon. Benjamin Percy la décrit lentement et assez précisément. Il parle surtout de ce qui va disparaître puisque -je le rappelle aux inattentifs- le canyon sera recouvert d'un complexe immobilier. Bon, au début, ça va. Mais, je me dois de dire ici, à la France entière, que dis-je, au monde entier ("Yv, c'est l'heure de prendre tes cachets!") que ça devient un petit peu long. La description du campement des garçons, leurs gestes quasiment minute par minute, ça me fatigue un peu. Et puis en plus, je n'aime pas le camping : on a froid, on ne dort pas bien, on ne mange pas bien et souvent froid ou tiède. Non, je préfère nettement un bon hôtel -un quatre étoiles au moins cela va sans dire. Là, au moins, on prend soin du client. Si j'ajoute qu'un ours rôde autour du campement de Paul Justin et Graham, qu'en outre il y a des bruits bizarres, vous avouerez qu'une suite au Sofitel de New York, c'est quand même mieux, non? Sauf si l'on est femme de chambre, certes, je vous le concède!
   
   Bon revenons à notre campement : un peu longs les passages sur les grands espaces (peut-être Keisha pour ses désormais célèbres lectures nature-writing appréciera).
   
   Mais il y a quand même du très bon dans ce roman : du début à la fin un suspense monte, tant pour les campeurs aux prises avec leurs peurs, leurs angoisses et une éventuelle visite d'un éventuel ours que pour Karen qui ne sait pas qu'elle est la cible de l'étrange fascination de Brian le détraqué. A tout moment du livre tout est possible, et là, Benjamin Percy tient bien son lecteur, il ménage ses effets, alterne les moments plus calmes avec des situations plus tendues. Il y a des affinités avec les très bon Sukkwan island de David Vann, mais là, on n'est plus dans le grand nord mais en Oregon.

critique par Yv




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