Lecture / Ecriture
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Avancer de Maria Pourchet

Maria Pourchet
  Avancer
  Rome en un jour

Maria Pourchet est une auteure française, née en 1980.

Avancer - Maria Pourchet

Enlevé et drôle
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
    " Avec des vues pareilles, les antécédents qu'on lui connaît et s'il n'est pas d'ici là dérouté par des amours stériles ou la passion délétère des sports d'équipe, le Petit fera certainement personnage historique."
   
   
   Sur son balcon, Victoria (alias Marie-Laure la feignasse, suivant l'identité que la narratrice endosse pour se parler à elle-même), jeune femme peu pressée d'entrer dans la vie professionnelle, contemple le monde et attend "La voie royale". Dans l'appartement, Marc-Ange, son ancien professeur de sociologie, homme de bonne composition, cherche le thème de son prochain ouvrage tout en tentant de s'adapter à son fils de dix ans, "le Petit", enfant précoce qui tient à donner son avis sur tout ou presque. Le Petit d'ailleurs semble bien plus mature que bien des adultes qui l'entourent...
   
   En bas de l'immeuble, un trou gigantesque, fonctionnant un peu comme un aimant et qui va drainer toute une faune intriguante. Se met ensuite en place tout un concours de circonstances qui va bouleverser l'existence de Victoria et la fera Avancer mais pas forcément dans la direction prévue...
   
   Plus que l'histoire, c'est le style et les personnages qui font toute la saveur de ce premier roman enlevé et drôle.
   
   Adresses au lecteur, sociologie sauvage hilarante d'une rencontre au café, découverte de toute une population pittoresque, des bobo aux petits arnaqueurs, on entre avec délices dans un monde décalé et plein de fantaisie. Un régal!
   
   222 pages très agréables.
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critique par Cathulu




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Petit ovni littéraire revigorant
Note :

   "Le Petit - ouvrons la parenthèse - ainsi nommé parce que ces gosses-là si tu ne leur donnes pas de limites, bonjour, le Petit n'est, grâce au Ciel, pas chez lui dans cet immeuble. Il passe le plus clair de son temps chez sa mère, c'est comme ça, c'est la loi. Le Petit, dix ans ou sans âge tout dépend du point de vue, jouit d'une belle avance sur les enfants de sa taille, sur les autres aussi, il parle comme un livre et s'habille comme un lord, été comme hiver, un nœud papillon. En résumé, pour le Petit, trois choses à retenir : rempli de connaissances inutiles, pas sortable, appartient à un autre foyer fiscal, fermons la parenthèse".
   

   Je préviens tout de suite, j'ai adoré ce premier roman, dont le ton m'a hautement réjouie. Essayer de le résumer n'a peut-être pas beaucoup d'intérêt, tout est dans le regard décalé adopté par l'auteure.
   
   La narratrice, Victoria, alias Marie-Laure ou l'inverse, est une incurable tire-au-flanc, dont l'objectif principal est la recherche d'une voie professionnelle qu'elle s'échine à ne surtout pas trouver. Elle vit aux crochets de Marc-Ange, son ex-professeur de sociologie, insupportable intello pontifiant et supérieur ; par ailleurs, père irresponsable et négligent du fameux Petit et de sa sœur jumelle, nettement moins favorisée côté intellect.
   
   Vous y ajoutez des travaux devant leur immeuble, des ouvriers, des baraques de chantier, deux SDF que Victoria va parasiter avec une belle constance, l'ex-femme de Marc-Ange, une fumeuse étude de sociologie qui tombe sur le nez de Victoria, très encombrée par ce qui ressemble vaguement à un premier travail, vous mélangez tout et vous avez ce petit ovni littéraire revigorant.
   
   On peut en faire deux lectures. Au premier degré, c'est très drôle, formidablement bien tourné, avec des trouvailles savoureuses, des situations improbables, des retournements inattendus. Au deuxième degré, tous les maux actuels de la société sont là et c'est dramatique. Le chômage, les études sans issue, le refus de s'inclure dans cette société-là et de grandir, les familles recomposées, les enfants livrés à eux-mêmes, plus matures que les adultes censés s'occuper d'eux... Le tour de force est de nous faire saisir en filigrane toute l'horreur de la situation en nous faisant rire sans respecter le politiquement correct tant à la mode.
   
   Avant d'être à nouveau submergées par la prochaine rentrée littéraire, donnez une chance à celui-ci que l'on n'a pas assez vu sur les blogs. A lire un jour de blues, après vous serez plus indulgentes avec vos propres misères.
   "Victoria n'est pas très à l'aise. Hormis dans les aéroports, elle n'a jamais tellement vécu à 10 heures du matin. Victoria s'animerait plutôt sur le coup de midi, midi et demi, et ce pour des raisons fondées, sans rapport avec la simple paresse. C'est toujours le matin que l'on s'indigne, par exemple, à cause des journaux de la première heure avec photos de la misère. Si vous êtes au lit, vous n'êtes pas au courant, et demeurez optimiste. En outre, les emmerdeurs téléphonent le matin, en priorité ceux qui comptent sur vous dans la journée, et il est plus poli d'être injoignable que de formuler un refus. A midi, c'est nettement plus vivable. Les choses sont déjà bien organisées, chacun est à sa place et n'en bougera pas avant le 20 heures, la société debout vous ignore, voire vous méprise. A ce moment précis, le monde vous appartient. Plus qu'un état, c'est un état d'esprit, une forme de morale, assez difficile à exprimer du reste et mieux vaut en rester là".

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critique par Aifelle




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Fantaisie primesautière
Note :

   Pourquoi cette lecture? Au début, un billet. Mon sang de lecture curieuse n'a fait qu'un tour, mon doigt de geek m'a amenée sur le site de ma médiathèque du fin fond de la France : Avancer y était!
   
   Verdict? Que du bonheur!
   
   Victoria, née Marie-Laure, vingt-huit ans, est très douée pour ne rien faire. Parfois Victoria et Marie-Laure ne sont pas d'accord (d'où des échanges peu courtois), mais pour glander, si. Victoria, donc, après des études en sociologie, s'est installée dans l'appartement de Marc-Ange, son ex-prof, et observe la vie depuis le balcon. En face, un trou où bossent des ouvriers, et les Dupont, SDF (sauf si on appelle domicile l'Algeco du chantier). Ajoutons Roland, le chat, le Petit, fils de Marc-Ange, dix ans, doté, on l'apprendra, d'une jumelle (des deux c'est le Petit qui a récupéré tout le stock de vivacité de l'intelligence).
   
    J'ai la paresse de tout raconter, il sera question d'une enquête sociologique sur les Vélenvilles, de tirer les cartes, de pompiers, que sais-je?
   
    Cette fantaisie primesautière se lit pour le plaisir de découvrir une histoire originale (impossible de savoir où ça peut bien mener), et surtout une écriture drôle à souhait bourrée d'ironie, de formules, sans oublier les histoires à côté fort bien observées. Bref, j'ai adoré et jubilé.
   
   Quelques bonbons pour la route (mais il y en a plein!)
    "L'avantage à dormir habillée est de se lever habillée."
    "La scoliose, la sœur du Petit l'a déjà et il est donc inutile d'abîmer le jumeau en bon état avant de finir l'autre."
    "L'open space est connu pour être à la productivité ce que le nerf est à la guerre."

critique par Keisha




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