Lecture / Ecriture
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Maquis de Alfons Cervera

Alfons Cervera
  Maquis

Alfons Cervera est un écrivain espagnol né en 1947.

Maquis - Alfons Cervera

Indignés d’autrefois
Note :

   Dans la région de Valence, en Espagne, après la victoire de Franco : "La guerre fut de toutes parts une mare de sang…" Des maquis s'organisèrent dans les hauteurs au-dessus des villages que contrôlait la garde civile. Le narrateur était enfant à cette époque. Il se souvient. "Mon père est parti pour toujours rejoindre le groupe de maquisards que commandait Ojos Azules, sur les pentes du Cerro de los Curas." Les franquistes espionnent les habitants qui ont massivement soutenu le camp républicain. Les gardes civils ne reculent devant rien pour obtenir des indications ou des aveux : des gardes civils se sont même déguisés pour infiltrer les maquis. Le narrateur, alors enfant, a été torturé. Quarante ans plus tard, il peut confesser cet avertissement en incipit : "La peur je connais bien."
   
   Sans se soumettre à l'ordre chronologique, les souvenirs s'organisent en portraits de villageois rebelles comme en portraits des gardes civils. "Francisco Cermeño Fernández, on l'appelait Haute-Tension parce qu'avant de prendre le maquis il faisait l'électricien à Los Yesares..." Dans l'autre camp, "il faut supporter les aigreurs du caporal Bustamente, un pauvre type qui avait pris du galon parce qu'il avait perdu un œil à la guerre." Le roman évoque des épisodes de cette guerre larvée des années quarante ; certains croient que les Américains après avoir vaincu Hitler viendront renverser Franco ; puis des maquisards projettent de s'exiler au nord des Pyrénées. En attendant, les rebelles agissent. "Je m'appelle Justino Sánchez Aparicio et je viens de tuer un garde civil. Il est là les yeux ouverts, et c'est comme s'il était vivant au lieu de mort. Je lui ai planté mon couteau dans la colonne vertébrale et de la blessure s'est mis à couler un filet de sang qui avait la couleur de la terre des montagnes et l'odeur du romarin mouillé et de la crotte de lièvre."
   
   Souvent — mais pas uniquement— à la première personne, voici une très belle écriture, avec des dialogues fouillés qui constituent l'essentiel de nombreux chapitres. Là des images poétiques, voire oniriques, servent délicatement les récits atroces. L'auteur a magnifiquement réussi à rendre leur dignité aux vaincus. Le livre a été dédicacé à Juan Marsé. Il appartient à tout un courant littéraire (et historiographique) qui, depuis les années quatre-vingt, est venu réexaminer le passé du pays et réévaluer la résistance des républicains qui ne cessa pas après la "retirada", contrairement aux clichés répandus.

critique par Mapero




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