Lecture / Ecriture
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Les lisières de Olivier Adam

Olivier Adam
  Passer l'hiver
  Je vais bien, ne t’en fais pas
  A l'abri de rien
  Des vents contraires
  Poids Léger
  Le cœur régulier
  Dès 09 ans: Personne ne bouge
  Les lisières
  Peine perdue
  La renverse

Olivier Adam est né en 1974 et a publié son premier roman ("Je vais bien, ne t’en fais pas") à 26 ans. Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma.

Il vit actuellement près de Saint Malo.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les lisières - Olivier Adam

Génération 70
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   Paul Steiner, double littéraire de l'auteur, est un écrivain à succès mais qui se veut hors du microcosme parisien, la preuve, il est parti vivre en Bretagne, à deux pas de la mer (il me semble que la maison est la même que celle "Des vents contraires"). Sa femme, qu'il adore, l'a quitté avec les enfants au motif qu'il était invivable et ne s'occupait pas bien d'eux. Depuis qu'il les a perdus il regrette ce qu'il négligeait auparavant (par exemple leur présence, lui qui était l'éternel absent). Classique, quoi. "J'en voulais tellement à Sarah. Comment avait-elle pu mettre ça en pièce?" Mais évidemment d'après tout ce qu'il en dit, le lecteur comprend bien que "ça" n'était idyllique que pour lui et que de toute façon, c'est lui qui l'a mis en pièce...
   Quoi qu'il en soit, maintenant, Paul Steiner part à la dérive, il vit n'importe comment, multiplie les intrusions dans la vie de son ex qu'il ne veut pas laisser se reconstruire sans lui, grossit énormément, replonge dans l'alcoolisme et la dépression.
   Cependant, sa mère vient d'être hospitalisée pour une opération de la hanche qui ne tarde pas à se doubler de problèmes de lucidité. Son père est incapable de se débrouiller seul, bien qu'il clame le contraire haut et fort. Son frère, qui d'habitude s'occupe des parents car Paul s'estime en mauvais termes avec eux, étant bloqué par son travail, notre écrivain doit retourner dans la ville de banlieue de son enfance pour aider les parents à traverser cette période difficile. Ce sera pour lui l'occasion de se heurter à nouveau à l'incompréhension et à la froideur familiale dont il a toujours souffert sans savoir y répondre autrement que par l’éloignement; et l'occasion également (et pour moi, je dirais, surtout) de revoir ses anciens camarades de collège et de faire le point sur ce qu'ils sont devenus.
   
   
   Sur ce canevas, Olivier Adam nous donne un livre plus épais que les précédents mais qui se lit pareillement d'une traite. Il sait vraiment tenir son lecteur et j'aime toujours autant son écriture à défaut de son égocentrisme.
   
   Les lisières du titre, elles sont de tout ordre: géographiques car tout se passe dans ces banlieues que les villes repoussent toujours plus loin ; économiques avec cette vue sur des biens que ces gens ne pourront s'offrir (en ont-ils besoin?) mais dont on les fait rêver ; politiques avec là aussi ce spectacle du pouvoir alors qu'ils n'en ont aucun ("On est 40 millions de Français à être passés sous silence") ; psychologiques pour lui qui ne s'est jamais senti intégré à sa propre famille, puis bien sûr, nulle part.
   "Voilà, lui avais-je dit. Je suis un être périphérique. Et j'ai le sentiment que tout vient de là. Les bordures m'ont fondé. Je ne peux jamais appartenir à quoi que ce soit. Et au monde pas plus qu'à autre chose. Je suis sur la tranche. Présent, absent. A l’intérieur, à l'extérieur. Je ne peux jamais gagner le centre. J'ignore même où il se trouve et s'il existe vraiment. La périphérie m'a fondé. Mais je ne m'y sens plus chez moi. Je ne me sens aucune appartenance nulle part." 338

   
   
   * Ce qui a emporté ici mon adhésion, c'est le regard et la peinture, que j'estime très juste sur cette génération des trentenaires actuels qui réussissent ou ratent sur presque rien leur entrée dans la vie active et n'auront plus jamais de seconde chance. C'est la peinture sur le vif d'une vie de HLM, de crédits à la consommation, de CDD, de fins de mois difficiles et de divorces (car rien ne résiste à cela).
   "Le boulot, le chômage, les crédits. Je veux dire: c'est pas juste des soucis. C'est quelque chose qui vient te manger le cœur. Qui te le rogne. Qui prend toute la place et à la fin t'es plus qu'un tout petit noyau tout sec et rabougri. Et tout ça pourquoi? Parce qu'on a pas fait les bonnes études, qu'on a pas le bon diplôme, qu'on a pas pris le bon embranchement au bon moment, et qu'il n'y a jamais aucun moyen de rattraper ça. "366

   O. Adam a parfaitement réussi là un pari difficile.
   
   
   * Ce qui m'a gênée, comme d'habitude, plus encore même ici, le sujet s'y prêtant : ses jugements à l'emporte-pièce, son aveuglement insoupçonné sur lui-même (mais qui y échappe?) et surtout cette façon de penser que s'il est lui, très sensible, les autres par contre sont blindés et qu'on peut sans problème exposer leurs vies accompagnées de commentaires désobligeants. Par exemple quand il dit simplement en passant "...une cousine que je n'avais pas vue depuis vingt ans, qui en avait pris quarante et autant de kilos, et dont je ne parvenais pas à me rappeler le prénom...", était-ce utile? On plaint cette pauvre femme pour cette blessure mais lui, même quand un de se camarades dont il a mal traité la mère dans un précédent roman lui en fait la remarque, il ne semble pas comprendre qu'il l'a blessé profondément et en tout cas, ne s'en soucie absolument pas. Et moi je continue à penser qu'on ne peut pas traiter les gens comme cela. Et quand il dit, citant A. Ernaux, qu'il faut écrire sans tenir compte des dégâts à l'entourage, je pense qu'il a tout simplement tort, c'est juste la solution de facilité, on peut faire autrement. Ne blesser personne demande un travail supplémentaire, c'est tout.
   
   Mais un bon roman quand même.
   ↓

critique par Sibylline




* * *



Mieux que Falaises
Note :

   Paul Steiner quarante ans, écrivain, résidant en Bretagne, face à la mer, séparé de sa femme Sarah, temporairement espère-t-il, Porté sur la bouteille, atteint de temps à autre d’une Maladie que l’on identifie comme un genre de dépression.
   Son frère François, vétérinaire dans la région parisienne, lui enjoint de venir voir ses parents à V. dans la banlieue sud, car leur mère vient d’être hospitalisée suite à une fracture du col du fémur.
   Paul ne va presque jamais dans cette banlieue où il a passé ses enfance et adolescence. Depuis cette époque, il a fait du chemin. Il ne renie pas le milieu modeste dont il est issu, et dont il a souvent parlé dans ses livres, mais ne sait comment s’adresser à son père et à son frère, et redoute de rencontrer ses anciens amis de là-bas. Là-bas, c’est la cité ouvrière, puis les petits pavillons un peu plus vivables, mais une ville fantôme rien qui ressemble à un lieu où l’on vit vraiment.
   Paul a changé de milieu social, mais il ne se sent bien nulle part, ni chez les intellectuels, ni chez les ouvriers, ni dans la petite bourgeoisie… d’ailleurs adolescent déjà, il préférait le cinéma de minuit aux virées entre copains pour voir des "blockbusters", la littérature au journal l’Equipe, écoutait ses musiques préférées en cachette de tout le monde… en dépit de ses différences il était et est toujours avide de contacts humains…
   Le paradis pour lui, c’est une plage bretonne par grand vent, et la ville de Kyôto au Japon. Justement, au Japon, c’est la catastrophe : la centrale nucléaire de Fukushima est fort mal en point.
   
   Pendant quelques temps Paul va toutefois affronter son passé, ses père et frère, tendance droite décomplexée, ses anciens camarades, aux prises avec le chômage, la précarité sociale sous toutes ses formes, la pauvreté quelquefois. Tous lui en veulent : ce dont il parle dans ses livres, il ne le vit pas vraiment, lui c’est un planqué derrière son ordinateur dans sa belle maison. Pour son frère et son père, c’est encore pire : a leur yeux écrire des livres et en parler ne revient qu’à faire le malin… Paul a toujours été irresponsable, c’est bien connu!
   
   Du côté des femmes, d’autres problèmes l’attendent : un secret de famille que sa mère lui dévoile, son ex-amie de lycée Sophie qui semble vouloir lui tomber dans les bras après vingt ans de silence! Paul ne se méfie pas et tombe dans plusieurs pièges.
   
   Voilà un roman foisonnant à plusieurs entrées : le meilleur est la description sans fard des situations de ses anciens amis restés en banlieue se débattant dans des situations difficiles. Intéressant aussi est le malaise des retrouvailles avec les amis rencontrés, les difficultés de contact bien rendues. Les descriptions de la nature sont bonnes aussi, en particulier la Bretagne, les Côte d’Armor, plus précisément. Le moins bon c’est une certaine complaisance dans le malheur que Paul étale à l’envi, des longueurs lorsqu’il veut fustiger l’attitude de certaines personnes exagérant parfois le trait jusqu’à la caricature. Les récits concernant sa femme et son amie érotomane sont un peu trop romanesques.
   
   A sa place je ne me comparerais pas à Annie Ernaux : car leurs écritures sont complètement différentes. Adam recherche l’amplitude, le souffle, le lyrisme (et les trouve parfois) tandis qu’Annie Ernaux recherche la sobriété.
   On ne peut nier cependant qu’Olivier Adam écrive bien mieux que dans le précédent livre que j’ai lu de lui (Falaises).
    ↓

critique par Jehanne




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A l'orée du mépris
Note :

    Attention terrain glissant. J'ai donc lu "Les lisières" à peu près comme tout le monde, pas trop de mon plein gré mais, bon, on me l'a prêté. C'est déjà ça. Le pire, si j'ose dire c'est que c'est pas un mauvais livre. Cependant, il était un peu temps d'en finir tant le roman d'Olivier Adam conjugue un réel talent et une arrogance pas possible. Pas envie de dîner avec lui et vu ce que j'ai lu ce serait probablement réciproque. Olivier Adam a pas mal promené sa carrure sur les plateaux télé, ceux qu'il n'aime pas beaucoup dans son livre. Il est fatigant, Olivier Adam, il n'aime guère de monde, et surtout pas Olivier Adam. Il est en même temps plutôt malin, Olivier Adam et il sait retourner les choses en sa faveur sans en avoir l'air. Il tient un peu du prestidigitateur. J'aimerais en dire du mal, je vais le faire, mais avant je suis obligé d'en dire pas mal de bien. Si vous croyez que ça m'amuse.
   
    Roman d'expérience, "Les lisières" raconte la vie d'un jeune quadra, milieu culturel, romancier lui-même, scénariste, branché du bon côté, tolérant mais ne supportant personne. Il a quitté Paris, c'est plus possible Paris, tu t'rends compte, pour la Bretagne. En divorce et souffrant de la situation il a décidé de revenir en cette fameuse lisière, la banlieue parisienne. Le mot est lâché. Retrouvant ses parents, le père avec lequel il est en conflit larvé, la mère effacée et très malade. Et la tendresse, bordel? Il trouvera moyen de nous faire presque croire que sa tendresse filiale, à lui, est d'une autre trempe. Et que, de toute façon, on ne peut pas comprendre.
   
    Paul en veut à son père de ne pas avoir su l'aimer, possible, mais plus encore de se laisser aller avec l'âge à des idées pas bien, c'est à dire des idées contraires à lui, Paul. Paul, lui, il sait ce qui est bien. Olivier Adam, aussi, manifestement. Et il ne se prive pas de nous le faire savoir. Et là, chose rare, j'ai terriblement envie de le frapper, Paul, pour le punir de toujours avoir raison. Parfois il a vraiment raison. Oh et puis qu'est-ce que c'est compliqué. Car voilà, derrière ce qui tient parfois du fatras prechi-precha pas mal démago quand même, se trouve Olivier Adam, écrivain et très bon qui plus est, quand il décrit ses si difficiles rapports avec son père. Ou quand il revient sur la mer qu'il aime longer et où il fait du kayak pour évacuer ses larmes. Qu'on se le dise, Olivier Adam est un être humain. Un gars qui fait du kayak en Bretagne et boude les salons ne peut être totalement mauvais.
   
    Mais, car il y a un mais, il m'énerve grave, Paul Olivier Adam (si en plus ils s'y mettent à trois). D'abord il use de facilités et ne nous épargne pas ses sarcasmes littéraires ou sociaux. Guillaume Levy et Marc Musso en prennent un coup. Ça m'a presque donné envie de les lire. Facile, ça, Olivier. Quand il revoit quelques copains de lycée, vingt ans après, il ne fait guère dans la sympathie. Mais comment lui donner tort, c'est souvent une terrible épreuve que d'être confronté à l'échec des autres, qui vous rappelle fâcheusement le nôtre, dans un registre différent, en mieux, ça va de soi. Il y a un peu de Paul en moi, et ça ne me plaît pas, il colle un peu, Paul, et je n'arrive pas à m'en débarrasser totalement. A lire, donc, "Les lisières"?
   
    Cependant Olivier Adam, si vous ne m'insultiez pas toutes les quatre pages environ, je finirais par apprécier. Est-on méprisable et nanti parce qu'on ne lit pas le même quotidien? D'ailleurs je n'en lis pas. J'ai parfois eu l'impression d'en prendre plein la gueule, probablement éteint puisque vous êtes éclairé. Votre hémiplégie a fini par m’écœurer. J'en ai eu marre qu'on me donne des leçons. Si vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas non plus. Mais les baffes, c'est vrai que vous vous les mettez fort bien vous-même. Et c'est diabolique. Vous savez à qui vous m'avez fait penser, Olivier? A ces prêcheurs américains si prolixes et si prompts à mettre en garde les hommes contre les diableries. Un jour on a la preuve de leur duplicité. Ils se mortifient alors, s'accusent du pire, reconnaissent leurs torts à grands renforts de larmes. Et ainsi, les applaudissements redoublent et l'opinion leur redevient très vite laudative. Et les différentes démagogies de se mordre la queue.
   
    P. S. Accessoirement, et bien que ça m'écorche de l'écrire, vous avez un beau talent d'écrivain, Monsieur Olivier Adam.
    ↓

critique par Eeguab




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Déçu !
Note :

   Qu’est-il arrivé à Olivier Adam, ce romancier à l’écriture à fleur de peau et que nous aimons tant? On est en droit de se poser la question après avoir péniblement refermé son dernier roman qui marque aussi son passage chez Flammarion.
   
   Olivier Adam semble s’être une fois encore jeté à corps perdu dans un roman au vitriol, mais dont il semble avoir perdu le contrôle en cours de route. D’aucuns pourront y voir une critique sans concession de la France contemporaine. Celle du peuple des ouvriers, des petits qui galèrent d’un CDD à l’autre, toujours en quête d’un CDI synonyme du Graal. Une France taiseuse mais hargneuse qui jette des banderoles de plus en plus nombreuses en votant pour un FN haineux, démagogique et laissant croire qu’en se repliant sur soi, tous les problèmes du pays seront alors réglés. Il est indéniable que l’auteur nous dresse ici le tableau d’un pays qui prend l’eau de toutes parts et qui, à force de fabriquer de l’exclusion, se prépare à un réveil difficile et douloureux.
   
   Bref, c’est un peuple aux lisières d’un pays qui se scinde que nous voyons à travers les yeux d’un homme, Paul Steiner, qui ressemble étrangement à l’auteur. Comme lui, il est romancier, scénariste, journaliste aussi à ses heures. Comme lui, il vit dans la souffrance, la Maladie, cette dépression sournoise qui ne cesse de revenir, de vous happer pour vous engluer et vous terroriser. Seule l’écriture combinée à une bonne dose d’alcools et d’anxiolytiques divers permet de la contenir plus ou moins.
   
   Steiner est un homme qui vit aux bords de sa propre vie. Largué par sa femme, il ne se remet pas d’une séparation qu’il n’accepte pas. Reclus aux confins du Finistère, il a cherché dans cette ultime jetée nationale une forme d’isolement. Depuis toujours, il vit en opposition des autres, s’habillant adolescent de noir et jouant aux poètes maudits quand ses camarades de la banlieue du sud parisien se préparaient déjà à une vie de marginaux et de RMIstes.
   
   Il faudra un accident survenu à sa mère pour le ramener vers sa ville d’origine et parcourir le chemin à l’envers d’une vie pour, enfin, comprendre l’origine de ce mal être qui l’empoigne depuis l’âge de dix ans et son premier souvenir presque concomitant de son désir d’en finir.
   
   Tout cela aurait pu être un roman poignant, terrifiant presque. Pourtant, Olivier Adam nous donne l’impression de tourner en boucle au cours de ces longues, très longues quatre cent cinquante pages. Toujours les mêmes obsessions, les mêmes images, les mêmes souvenirs, les mêmes propos reviennent. La répétition est porteuse de force d’impact pour autant qu’elle ne vire pas à l’overdose, ce qui est malencontreusement le cas ici. Du coup, on s’ennuie ferme assez vite tant Olivier Adam semble avoir perdu ici ce qui fit la force de son style jusque là, une écriture acérée et resserrée qui vous traversait l’épiderme comme une balle. Ici, le projectile devient seulement lancinant et plutôt que de vous saisir, il finit par vous endormir. Il est certain que le roman aurait gagné à s’alléger de deux cents bonnes pages. Espérons que cela n’augure pas d’un nouvel Adam, bien éloigné du précédent…
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critique par Cetalir




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Roman en forme d’autofiction ou autofiction qui fait semblant d’être un roman?
Note :

   Assurément le lien entre réalité et fiction est ténu dans cette œuvre d’Olivier Adam. Quand s’ouvre le récit, Paul Steiner, le narrateur, traverse une passe difficile. Il refuse d’admettre que la séparation imposée par son épouse est irrémédiable. Bien qu’il ait déménagé dans la même rue de sa cité bretonne, il souffre du manque de ses enfants au quotidien. Mais la remise en question n’est guère profonde : il sait être et avoir toujours été un être tourmenté, et jusqu’alors, sa famille fonctionnait. La lassitude de Sarah ne peut être que temporaire, il se persuade que la désagrégation de son couple ne peut être qu’une étape provisoire.
   
   Quand son frère aîné lui demande de le relayer auprès de leurs parents vieillissants, il prend cette requête pour une corvée malencontreuse de plus. Paul a quitté depuis longtemps la banlieue parisienne où il a vécu son adolescence, tout comme son frère. Cependant François, l’aîné, bénéficie de la posture du "bon fils", tandis que le départ de Paul ressemble plus à une fuite impliquant l’abandon d’une famille et d’un passé où il étouffait.
   
   Très rapidement en effet, les rapports entre Paul et son père prennent un tour d’agressivité mal maîtrisée. Malgré son égocentrisme, Paul réalise que l’état de santé de sa mère est réellement préoccupant. Le déni paternel représente un autre sujet d’inquiétude. Le dialogue entre les deux hommes devient difficile, tant les blessures d’ego sont vives. Le père s’est senti renié par le succès du fils, celui-ci n’a d’autres réponses que la fuite à la recherche des anciens camarades. Ce qui lui permet de constater combien il est loin de leur mode de vie et de leurs problèmes sociaux économiques insolubles.
   
   À travers ce qui ressemble à une très longue logorrhée nombriliste, Olivier Adam parvient à poser des état de faits assez pertinents : le marasme des banlieues, l’engluement du couple, le désastre du vieillissement de la population. Trois piliers de ce roman qui nourrissent largement le sentiment de déprime du narrateur… Et du lecteur.
   
   Sans nier les qualités de narration, je confesse avoir éprouvé quelques fatigues à la lecture. Je l’ai dit, tous les problèmes abordés évoquent des faits qui sonnent justes, d’autant que nous y sommes (ou serons) confrontés. Mais le ton du roman, l’angle de vue adopté par le narrateur, double distancié de l’auteur, me ramène à ce que je perçois comme un travers bavard anti-littéraire, même s’il relève d’une pratique courante dans la sphère germanopratine. Olivier Adam ne tente d’ailleurs même pas de disculper son personnage. Il tient le filtre du nombrilisme pour éclairage significatif, ce qui n’est pas entièrement faux d’un point de vue existentiel. Je veux bien concéder qu’il s’agit ici de ma propre fatigue face à cette manière de grever nos relations affectives. Mais à vouloir tout dire, même en 450 pages, Olivier Adam a provoqué en moi un besoin irrépressible d’aller respirer ailleurs… Un livre intéressant, mais pas incontournable.

critique par Gouttesdo




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