Lecture / Ecriture
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Peste & Choléra de Patrick Deville

Patrick Deville
  Peste & Choléra
  Equatoria
  Viva
  Kampuchéa
  Pura Vida : Vie et Mort de William Walker

Patrick Deville est un écrivain français né en 1957.

Peste & Choléra - Patrick Deville

Une biographie remarquable
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   
   "Yersinia pestis". Alexandre Yersin, né suisse et devenu français pour avoir fait partie des protégés de Pasteur, est surtout connu comme vainqueur de la peste. Mais ne croyez pas que ce livre se limite à retracer une importante découverte. Patrick Deville, qui a déjà emmené ses lecteurs au Cambodge au temps où Henri Mouhot découvrait Angkor, renouvelle l'expédition, au Vietnam cette fois. En fait, en Indochine, comme on disait à l'époque coloniale. L'aventurier n'était pas fait pour rester longtemps en Europe : la vie de laboratoire et Paris finissant par lui peser, il partit médecin sur des cargos, entre Saïgon et Manille notamment, avant de poser son sac à Nha Trang où il se construisit une maison à étages au bord de la mer. Bientôt Paris et ses collègues de l'Institut Pasteur se rappelaient à lui : par exemple pour l'envoyer en mission à Hong Kong et Canton touchées par la peste. Une fois le bacille isolé et le vaccin mis au point, Yersin s'adonna sans cesse à de nouvelles recherches, tout en restant motivé par les innovations technologiques de son temps. Il a été à l'origine de la fortune de Dalat, station d'altitude au bord d'un lac, et de l'introduction de la culture du café et de l'hévéa dans la région. L'exploitation du vaccin contre la peste bovine, puis le caoutchouc, enrichirent cet homme seul qui légua tout à l'Institut Pasteur.
   
   Mais résumer ainsi à grands traits la carrière de Yersin laisserait de côté la richesse de ce livre qui n'est pas qu'une biographie de deux-cents pages. En plus de Yersin, le lecteur fait connaissance avec les chercheurs (Calmette, Roux, etc), avec Paul Doumer, gouverneur de l'Indochine, et devenu un ami. L'homme de science est un passionné de technologies, d'objets nouveaux comme les voitures Serpollet avant la Grande Guerre. D'où la première automobile à rouler dans les rues d'Hanoï. Cet homme qui déteste la guerre et la politique — "toute cette saleté de la politique" — se passionne toute sa vie pour ce qui est nouveau : la radio, le cinéma, la photographie, les avions... avant de découvrir les classiques latins à la fin de ses jours.
   
   Deville a une façon bien à lui de raconter toute une époque, quand la France était un pays moderne — de 1886 quand Yersin s'installe à Paris, à 1943 année de la mort de son héros. Récit nerveux, phrases courtes, parfois mises au régime sans verbe. Et surtout un double fil narratif qui fonde la véritable originalité de cette biographie déguisée en roman et que le Seuil publie dans sa collection "Fiction & Cie"! Outre une narration principale qui suit la carrière de Yersin, un récit secondaire suit cet homme de plus de soixante-dix ans qui prend l'avion au Bourget à la fin du mois de mai 1940, en direction de Saïgon. Les forces allemandes ont épargné cet aéroport pour que l'avion d'Hitler puisse s'y poser quelques jours plus tard. L'avion qui emmène Yersin en Orient est en fait un hydravion! Un LeO H-242 : "son fuselage est en duralumin anodisé".
   
    Lecteurs compulsifs d'histoires romantiques, passez votre chemin! Yersin n'est pas un conquérant des cœurs féminins, pas plus à Hanoï qu'à Paris. Vous ne saurez rien non plus des bordels annamites ni des fumeries d'opium de Saïgon. Reste un roman vrai de la IIIè République.
   
   
   Prix du Roman FNAC 2012
   Prix Femina 2012

   
   PS: Anne Roipe a écrit un roman sur la recherche de ce bacille.
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critique par Mapero




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Sous l'aile de Pasteur
Note :

    Eté 40, un vieil homme retourne chez lui, à Nha Trang au Vietnam. Il connaît les escales, il a tant de fois fait le trajet. Alexandre Yersin repense à sa vie, lui qui découvrit le bacille de la peste et son sérum. Une vie comme un roman.
   
   Pionnier de la recherche médicale, aventurier, découvreur, explorateur, agronome, il fait ses premiers pas de chercheur auprès du grand Pasteur qui vient juste de mettre au point le vaccin antirabique et de sauver l’enfant Joseph Meister. Ce Suisse bilingue intéresse le Maître. De l’autre côté du Rhin sévit son rival Robert Koch. Pasteur envoie Yersin à Berlin suivre les cours de Koch, de l’espionnage en somme. Yersin note tout, dessine les plans de l’Institut qui serviront à élaborer les plans du futur Institut Pasteur. Il découvre la toxine diphtérique mais cette vie rivée à une paillasse bientôt l’ennuie. Le clan des Pasteuriens l’aide à réaliser son besoin d’Ailleurs plutôt que de le perdre. Il sera médecin de bord sur le Volga qui fait la navette entre Saïgon et Manille. Il a du temps libre entre deux rotations, il crapahute par jungle et par monts. Continuellement en mouvement, notant tout, s’intéressant à tout, il trouve enfin un lieu où s’arrêter: Nha Trang. Fini le cabotage, ce sera son paradis. De retour d’une de ses expéditions, un message de Pasteur et de Roux lui demande de partir à Hong-Kong où sévit une épidémie de peste. Sur place, l’équipe de Koch est déjà au travail, mais ce sera lui qui découvrira le bacille en analysant un bubon alors que son adversaire porte son examen sur le sang. Nous sommes en 1894, deux ans plus tard il inocule le sérum pour la première fois à un Chinois. A l’aube du XXe siècle, il se fixe définitivement à Nha Trang où il souhaite ouvrir un Institut Pasteur, cultive l’hévéa à l’heure du développement de l’automobile, l’arbre à quinquina, pratique l’élevage, expérimente l’adaptation des plantes, etc… Une vie à cent à l’heure, une découverte jamais récompensée, un homme peu soucieux de sa gloire et de la postérité, loin des tumultes et des guerres qui agitent le monde, une tombe 1863-1943.
   
    L’auteur a su rendre cette vie trépidante avec humour et drôlerie, évoquant en parallèle l’autre aventurier du clan des littérateurs, Arthur Rimbaud. L’ombre tutélaire de Pasteur plane sur la recherche bactériologique contredisant la théorie de la génération spontanée. Grâce à lui de jeunes chercheurs dont certains moururent contaminés se lancent dans la bataille, découvrent des remèdes à des maladies vieilles comme le monde. C’est l’époque d’autres précurseurs, chacun dans leur domaine, Dunlop, Michelin, Lumière, Vilmorin. Un roman passionnant!
   
   Du même auteur en poche "Kampuchéa".
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critique par Michelle




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Un Suisse qui compte
Note :

    Je connaissais Alexandre Yersin comme découvreur du bacille de la peste et je l'imaginais rivé à sa paillasse dans un institut, fut-il l'Institut Pasteur. Mais Deville est un voyageur de l'écrit qui comme Yersin pense que ce n'est pas vivre que ne pas bouger. Rimbaud est cité presque plus que Pasteur dans ce roman que l'auteur du très bon "Equatoria" a mis en scène afin de nous faire vivre l'aventure Yersin, du canton de Vaud à son installation en Asie du Sud-Est. Cet homme-là tenait d'Arthur l'Ardennais pour ses chaussures aériennes, mais aussi de Livingstone pour la ténacité. Et le jury Femina, lui, a été très clairvoyant car ce livre est formidable et terriblement stimulant.
   
    C'est que ça le démange, Yersin, peu de choses de l'activité humaine lui sont indifférentes. Après le bacille de la peste en 1894, qu'il identifia déjà à Hong-Kong, le savant ne revint en France qu'avec parcimonie. Nha Trang au Vietnam actuel fut le havre de ce travailleur acharné que passionnaient aussi bien le vélo que l'automobile ou l'aviation. Souvent le premier à expérimenter tel ou tel objet, ce pasteurien convaincu fut entrepreneur, multipliant les observations scientifiques tant sur la botanique que sur les marées ou sur l'élevage. Il fut aussi l'un des maîtres du caoutchouc, développant la culture de l'hévéa. Et s'intéressa à l'arbre à quinquina, source de médication par la quinine.
   
    On oublie souvent que la recherche de cette époque était fréquemment mortelle pour les hommes, avant que de l'être pour les bacilles. Plusieurs collaborateurs de Yersin payèrent de leur vie les asepsies approximatives. On croise des politiques comme Paul Doumer, des collègues dans le sillage de l'immense Pasteur, Calmette, Roux, un certain Dr. Destouches aussi, auteur d'une thèse célèbre sur Semmelweiss. Peu de femmes dans la vie d'Alexandre, peu de place pour l'art et la littérature. Mais Patrick Deville signe un livre très novateur, efficace, sur un personnage somme toute secret, le contraire de ce que l'on appelle aujourd'hui people, dans toute sa richesse d'homme de science et de volonté, inébranlable.
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critique par Eeguab




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Passionnants passionnés
Note :

   Il s’agit d’un roman biographique, dont le personnage principal est Alexandre Yersin (1863- 1943), médecin, chercheur en biologie, inventeur, explorateur, grand voyageur… un homme exceptionnel, connu seulement dans les milieux scientifiques, avant que l’auteur ne le signale à l’attention du public littéraire.
   
   "Comme nous tous, Yersin cherche à faire de sa vie une belle et harmonieuse composition… sauf que lui y parvient."
   

   Né dans le canton de Vaud, orphelin de père, Yersin montre très tôt de l’intérêt pour toutes les sciences expérimentales. Avant même d’être reçu médecin il devient chercheur en microbiologie, avec l’équipe de Pasteur qui vient de guérir de la rage le jeune Joseph Meister. Mieux encore, il va partir en Asie du sud-est avec la Compagnie Maritime, découvrir un espace inexploré et une tribu (les Moï) un espace qu’il va coloniser sous le nom de Nha-Trang ; il y aura d’autres épisodes mémorables notamment son action sur le bacille de la peste à Hong-Kong, ses étonnants travaux en botanique, et sur les animaux d’élevage et de laboratoire. Sans compter la triste vieillesse du chercheur qui aura connu le nazisme (voir le double sens du titre).
   
   L’auteur raconte le vie de Yersin à la troisième personne, avec de belles phrases choisies, laconiques, désenchantées mais admiratives. Beaucoup de phrases sans verbes mais d’une haute tenue littéraire. Des phrases en suspens comme je les aime, et même de l’humour (les développements sur les animaux "sacrifiés" par Yersin, en principe pour trouver des vaccins…)
   
   L’auteur parsème son récit de leitmotivs : par exemple le refrain lancinant à propos des hommes sans père, celui du besoin de mouvement des vrais aventuriers de la vie. Des refrains qui donnent un rythme étonnant à ce récit.
   
   Patrick Deville a aussi mis en parallèle le personnage de Rimbaud avec celui de Yersin.
   
   Ils ne se sont pas connu ; Rimbaud est plus âgé de 9 ans et mourut prématurément (si Yersin était tombé sur lui, il eût sans doute pu le soigner!). En outre, la littérature n’était pas un objet dont Yersin aurait pu s’emparer avec profit. Ce qui les rapproche, c’est l’absence de père (et donc l’errance), le goût de l’aventure, la curiosité inlassable ; Rimbaud quitta les Parnassiens devenus routiniers, comme Yersin les "Pasteuriens" lorsqu’ils n’eurent plus rien à lui apprendre et lui plus rien à découvrir dans ce contexte…
   
   Les héros de l’auteur sont des hommes passionnants et passionnés, qui n’aiment pas s’ennuyer et vont de découvertes en découvertes, même au péril de leur vie. Il sait nous faire partager son enthousiasme.
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critique par Jehanne




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Biographie passionnée
Note :

   Le livre de Patrick Deville, "Peste et choléra", retrace la vie d'un personnage étonnant, un génie dont les découvertes révolutionnent l'humanité et qui, pourtant, reste peu connu du grand public : Alexandre Yersin, savant d'origine suisse, naturalisé français. (1863-1943). On lui doit la découverte de la toxine de la diphtérie et du bacille de la peste (Yersina Pestis) et l'invention du sérum de la peste. Médecin bactériologique, il a travaillé à l'institut Pasteur où il est considéré par Pasteur lui-même comme l'un des plus brillants chercheurs.
   
   Oui, mais voilà! Yerson à la bougeotte : "ce n'est pas vivre que de ne pas bouger" déclare-t-il. Il part en Indochine française et devient médecin des Messageries françaises. Il mène des explorations à travers le pays et ses écrits d'ethnologue contribuent à faire connaître des peuples alors peu connus. Il s'installe en Indochine, à Nha Trang, un lieu qu'il considère comme le paradis et qui lui doit beaucoup. En effet, il étudie l'agriculture, l'arboriculture et la met en pratique en introduisant dans cette région des arbres et de nouvelles plantes comestibles ou d'ornement. Il cultive l'hévéa et fournit le Latex aux usines Michelin tout en continuant à mener ses expériences et ses recherches. Il crée un laboratoire pour fabriquer du sérum, tout en se passionnant tour à tour pour l'ornithologie ou l'astronomie. Il parvient même à gagner de l'argent et à asseoir une confortable fortune. Tout ce qu'il touche est marqué du sceau du génie. Un homme hors du commun!
   "Yersin allie les miracles de la modernité à son goût de la mécanique, du cambouis et de la clef à molette comme de la seringue et du microscope, de la blouse blanche et de la salopette bleue."

   Il est est le premier automobiliste et se fait mécanicien pour l'améliorer. Son biographe le compare à "un encyclopédiste des Lumières" :
   "Yersin est un touche-à-tout, un spécialiste de l'agronomie tropicale, un bactériologiste, un ethnologue et un photographe. Il a publié au plus haut niveau en microbiologie et en botanique."
   

   Un seul point faible, semble-t-il, il est imperméable à l'art et à la littérature. Pourtant, après sa mort on a découvert ses traductions de textes grecs ou latins, Platon, Phèdre,Virgile, Salluste, Cicéron…
   
   "Rimbaud vient du latin et Yersin y finit sa vie.
   Octogénaire, il reprend l'étude du grec et du latin, écrit Patrick Deville, occulte la page gauche. Traduire c'est comme une Vie. L'invention contrainte, le coup d'archet, les envolées légères de la chanterelle et le rythme lourd des graves. (… ) Sans doute Yersin y lut-il les valeurs antiques qui furent les siennes, la simplicité et la droiture, le calme et la mesure. Il a enfin le goût de la littérature et toujours celui de la solitude."
   

    Patrick Deville mène une biographie passionnée sur cet être d'exception. On comprend que le lecteur subisse la même fascination et le suive si volontiers sur les traces de cet homme qui serait un excellent personnage de roman, s'il n'avait vraiment existé!

critique par Claudialucia




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