Lecture / Ecriture
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L'embellie de Audur Ava Olafsdottir

Audur Ava Olafsdottir
  Rosa Candida
  L'embellie
  L' Exception
  Le rouge vif de la rhubarbe

Née à Reykjavik en 1958, Audur Ava Olafsdottir a étudié l’histoire de l’art à Paris et enseigné cette matière à l’Université d’Islande. Aujourd’hui elle en dirige le musée. Conférencière et organisatrice d’expositions, elle écrit depuis 1998.

L'embellie - Audur Ava Olafsdottir

Sur la route
Note :

   Rentrée littéraire 2012
   
   
   "Vous ne serez plus la même, mais au bout du compte, vous serez debout tenant la lumière dans vos bras."
   
   Elle manie une dizaine de langues, apprises sans efforts, mais n'a "jamais su spécialement [se] servir des mots, en tête à tête, face à un homme." Coup sur coup, en ce mois de novembre pluvieux, cette trentenaire apprend, sans traumatisme apparent, avec une grande souplesse, pourrait-on dire, que son mari veut divorcer et que sa meilleure amie lui confie son fils de quatre ans, très myope et quasi sourd.
   
   Commence alors un périple en voiture sur la route qui fait le tour de l'Islande pour regagner une vieille maison familiale. Un voyage, souvent cocasse, pendant lequel la jeune femme fantasque et l'enfant tisseront des liens qui ne passeront pas forcément par les mots, rencontreront des animaux et des hommes qui permettront peut être à une prédiction de s'accomplir.
   
   En filigrane et par bribes, une histoire plus grave, venue du passé, se construit, éclairant sous un autre jour ce road trip.
   
   Quel bonheur que ce livre lumineux et plein de fraîcheur! Je l'ai d'abord dévoré d'une traite, puis ai pris le temps de le relire pour mieux en apprécier l'humour et surtout la manière pleine de justesse qu'a l'héroïne d'affronter les vicissitudes de la vie.
   
   Un voyage initiatique, plein de charme et de tendresse retenue, qui se conclut d'une manière généreuse par quarante-sept recettes de cuisine et une de tricot!
   
   Un énorme coup de cœur de cette rentrée littéraire!
   
   395 pages et une forêt de marque-pages!
   
   Du même auteur, mon coup de cœur 2010 : "Rosa Candida"!
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critique par Cathulu




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Il n'y a pas de vrai jour pendant des semaines et il pleut...
Note :

   Ce roman publié en France après "Rosa Candida" est antérieur à ce dernier. Il est sorti en Islande en 2004 sous le titre original "Pluie de novembre". Un roman drôle et grave à la fois, couronné par le prix de la ville de Reykjavik. Le voyage d’hiver d’une jeune femme en compagnie d’un petit compagnon improbable, au cœur d’un novembre pluvieux dans un paysage apocalyptique.
   
    Comment peut-on être lâchée le même jour par son amant et son mari et, en même temps, gagner un chalet en bois et le pactole du loto, tout ça sur les conseils d’une voyante! Comme si cela ne suffisait pas, se voir confier un enfant singulier par sa meilleure amie célibataire qui attend des jumelles et qui vient de se casser la cheville sur une plaque de verglas. Impossible de s’occuper de Tumi, quatre ans, elle doit rester allongée. Pour notre narratrice qui n’a pas la fibre maternelle, ce que lui a reproché son mari, la pilule est difficile à avaler et les circonstances ne sont pas vraiment favorables. Elle s’apprête à rejoindre un village à l’est du pays où elle a fait livrer son chalet. Mais on ne refuse pas un service à sa meilleure amie. Pas d’autre choix que d’emmener Tumi dans ce périple.
   
    Tumi, un enfant singulier, appareillé auditif, malvoyant, une jambe plus courte que l’autre, qui s’exprime dans la langue des signes mais surdoué! Dans la nuit noire de novembre, la voilà partie au volant de sa voiture, prête à affronter les éléments qui rendent la circulation difficile, pluie incessante, rivières en crue, ponts impraticables, route défoncée. Trois jours de voyage pour oublier, aller de l’avant, devenir une femme libre, apprendre à aimer le petit lutin assis à l’arrière.
   
    Roman initiatique, fait de rencontres étonnantes, de situations cocasses, une nature omniprésente, inhospitalière mais vivante où le cœur des baleines échouées s’entend à des kilomètres. Rythmé, sans temps mort, le récit nous entraîne dans cette folle équipée au cœur «des étendues de sable noir, des champs de lave noire, avec l’océan noir tout près et le ciel noir par-dessus» mais quelle chaleur dans ces froides ténèbres!
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critique par Michelle




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A travers une longue frange...
Note :

   "... j'ai changé, maintenant je regarde le monde à travers une longue frange." P 347
   
   L’héroïne vit avec tant de détachement et de recul ce qui lui arrive (une séparation, de la chance au loto, un petit garçon particulier dont elle doit s'occuper...) que le lecteur a du mal à s'attacher à elle. Alors je suis partagé... Si l'auteur a voulu nous mettre dans la peau de quelqu'un qui vit les choses de haut et de loin, félicitation. Tout le long du livre, je n'ai jamais été en empathie avec cette jeune femme détachée de tout. C'est d'ailleurs certainement ce qu'elle aurait attendu de tous si nous l'avions rencontrée, ne surtout pas s'attacher, rester en dehors d'une vie trop émotionnelle. D'où une question que je me pose, est-ce le personnage que je n'aime pas ou le livre?
   
   "Une fois sur la terrasse, il se retourne brusquement et me serre très fort dans ses bras. Son anorak imperméable est de qualité et isole bien." P 333
   

   C'est ce style direct qui contribue à la peinture sans artifice du personnage central, celle qui nous livre ses impressions a l'air d'encaisser presque sans sourciller des bouleversements qui en perturberaient plus d'un. Le début est le plus réussi à mes yeux. Le départ du mari est racontée presque de manière comique, froidement, sans effusion aucune.
   " La question qui se pose à moi est la suivante : combien de temps les maris partis peuvent-ils continuer à venir prendre une douche?" P 106
   

   Puis vient le choix de partir en voyage, de quitter la vie d'avant. Ce voyage se fait en compagnie de Tumi, jeune garçon de 4 ans, confié par sa meilleure amie Audur qui attend des jumeaux. Au passage l'homonymie avec l'auteur peut nous faire penser que cette dernière a puisé cette héroïne parmi ses connaissances. Le périple se fait en voiture, avec une météo pénible, par et vers des lieux pas franchement hospitaliers, en Islande. Alors se noue la relation entre la narratrice et le petit garçon, presque sourd, et néanmoins surdoué. Mais la mayonnaise ne prend pas comme c'était le cas pour "Rosa Candida", où la relation adulte-enfant ainsi que les touches successives et sensibles avaient fait mouche (voire mouchoir...).
   
   L'écriture est tout en ellipse. On passe très vite d'une situation à une autre parfois d'une seule phrase sans complément. Certains passages en italique, censés revenir vers le passé, sont difficiles à saisir. Et pourtant, ici et là, on est emporté par la poésie et la truculence... voire par une sensibilité particulière.
   
   En conclusion, j'ai trouvé que ce n'était pas abouti, je n'ai pas été emballé par l'embellie...
    ↓

critique par OB1




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Légèrement ennuyeux
Note :

   "Dans le coin des joujoux, je lui lance doucement le ballon, visant ses bras : il a préparé un creux pour la réception du ballon, les coudes contre le ventre et les avant-bras tendus vers l'avant. J'évalue la distance et quelle force je dois mettre en œuvre pour qu'il arrive à l'attraper. J'envoie alors le ballon qui décrit un petit arc de cercle, comme dans un film au ralenti. Il rate le ballon qui s'en va rouler au rayon des sous-vêtements et chaussettes. Je m'appliquerai mieux la prochaine fois, je me mettrai à genoux. Je peux me débrouiller pour jouer avec un enfant, mais lui ne sait pas encore se débrouiller pour jouer avec un adulte".
   

   Dès le début du roman, la narratrice est quittée à la fois par son mari et par son amant. Elle n'en paraît pas particulièrement touchée et traverse ces évènements avec une étrange passivité. Dans le même temps, sa meilleure amie lui confie son fils de 4 ans, Tumi, le temps de son hospitalisation (elle attend des jumelles).
   
   La narratrice, jamais nommée, avait décidé de partir à l'aventure sur la route islandaise, se sentant libre pour la première fois depuis longtemps. Elle ne se voit pas s'encombrer d'un enfant, d'autant plus qu'elle doute fortement de sa capacité à savoir s'en occuper. Et puis Tumi est un petit garçon légèrement différent, avec des problèmes de vue et d'audition. Les voilà pourtant partis tous les deux pour un périple loufoque, ponctué de rencontres providentielles ou bizarres.
   
   Je n'ai pas du tout retrouvé le charme de "Rosa Candida" dans ce roman écrit avant. Je ne me suis pas intéressée à la narratrice, le début traîne en longueur, sa vie conjugale et sentimentale est sans intérêt, ses ruptures aussi. Le récit s'anime enfin lorsqu'elle part avec Tumi, petit garçon surprenant et attachant, mais l'histoire part dans tous les sens et ne va nulle part. De plus, s'intercale une autre voix, qui doit être celle de la jeune femme lorsqu'elle était adolescente. Il lui est arrivé quelque chose de traumatisant, mais nous ne saurons jamais quoi. Bref, un roman inabouti et légèrement ennuyeux.
   
   Heureusement, pour rattraper un peu, j'ai apprécié la description des paysages islandais, leur sauvagerie et les solutions qu'il faut trouver vite quand les éléments se déchaînent, ce qui est le cas en cet automne particulièrement pluvieux.

critique par Aifelle




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