Lecture / Ecriture
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Caillasses de Laurent Gaudé

Laurent Gaudé
  Le soleil des Scorta
  La mort du roi Tsongor
  Dans la nuit mozambique
  Eldorado
  La porte des enfers
  Cris
  Ouragan
  Caillasses
  Pour seul cortège
  Les oliviers du Négus
  Danser les ombres
  Écoutez nos défaites

Laurent Gaudé est né en 1972.

Après des études de Lettres, il décide de se consacrer entièrement à l'écriture et se fait d'abord connaître comme dramaturge.

Il publie son premier roman "Cris" en 2001, qui sera suivi notamment par "La mort du roi Tsongor" (Prix Goncourt des lycéens 2002) et "Le soleil des Scorta" (Prix Goncourt 2004).


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Caillasses - Laurent Gaudé

Comme une envie de jeter des cailloux…
Note :

   Vu au Théâtre du Peuple à Bussang le 29/07/2012.
   
    On part avec plein de bonne volonté, on voudrait s’intéresser à l’histoire de ce peuple opprimé par un ennemi sournois qui l’empêche de sortir ou de rentrer sur ses propres terres. Alors, le peuple gronde, s’arme de pierres. Il y a la sœur du "vieux Farouk" qui ne peut rentrer au pays occupé, il y a Farouk lui-même, humilié par les soldats devant sa fille, Adila, qui, réussissant à sortir prolongera son destin. Il y a aussi "l’enfant des gravats", le "monstre" qui survit tant bien que mal et sait se faufiler, qu’Adila adoptera dans une communion de désespoir. On pense bien sûr aux intifada et nos nerfs se tendent.
   
    Seulement nos nerfs ne se tendent pas uniquement de révolte avec les personnages, ils se mettent en boule contre la mise en scène et le texte emphatiques à l’excès, dits sur un ton lancinant par un chœur grec omniprésent et lourd, qui se répète pour enfoncer le clou à tel point qu’on a mal au crâne en sortant. Ce chœur d’il y a 25 siècles et redevenu la "tarte-à-la-crème" du théâtre moderne nous donne la désagréable impression de répéter la situation à des imbéciles que nous sommes probablement puisque, dans ce genre de théâtre, des choses pourraient nous échapper. On se retrouverait presque plongés dans les années soixante-dix préparant un spectacle de chœur parlé pour le groupe de l’aumônerie locale. D’ailleurs j’ai dû dire "amen" une ou deux fois après leurs interventions christiques. Catéchisme d’un autre temps.
   
    En tout cas, on se souvient de cette scène d’une lenteur déconcertante du départ d’Adila et de la remise de la clé par son père ou comment dire en vingt minutes ce qui n’en prend qu’une, art subtil du délayage. Et l’on en vient à rêver à ce qu’a pu apporter Beckett dans la concision, le non-dit, la litote extrême jusqu’au dépouillement de la mise en scène. Voilà une pièce qui aurait dû ne durer qu’une petite heure et demie au lieu des 2h 30 qu’on nous inflige.
   
   De plus, on rit à des situations qui se voudraient hautement tragiques tant elles deviennent grotesques voire ridicules. Et l’on entend les voisins de rangée pester de même à coup de "oh, non, ce n’est pas possible ; c’est du n’importe quoi…"
   Et la pièce n’en finit plus de finir, on a envie de dire : "C’est bon là, on a compris!"
    And tomorrow, and tomorrow…
    On n’en veut pas aux acteurs tant ils font ce qu’ils peuvent et on accorde une mention spéciale aux deux jeunes gens qui interprètent respectivement "l’enfant des gravats" et Adila. Le personnage de cet "enfant des gravats" est même attachant, bien joué avec un texte à sa mesure, tout en ellipses sauvages.
   
    De même, le système de décor, merveille de dépouillement, d’ingéniosité et de géométrie est bien au service de la scénographie et du propos.
   
    Après avoir fait revenir le chœur, Laurent Gaudé devrait non seulement "tuer son lyrisme" comme disait Flaubert, mais aussi réhabiliter le point qui finit les phrases. Et les pièces.

critique par Mouton Noir




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