Lecture / Ecriture
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Back in URSS - Mémoires d'une jeune femme russe de Ira De Puiff

Ira De Puiff
  Back in URSS - Mémoires d'une jeune femme russe

Back in URSS - Mémoires d'une jeune femme russe - Ira De Puiff

De Brejnev à Poutine
Note :

   Les Beatles chantaient "Back in the USSR", mais c'était interdit en Union soviétique. Comme son père adoré, la narratrice rêve sur la musique venue d'ailleurs. D'un ailleurs qui signifie "liberté".
   
   Née en 1971 dans la province russe, la narratrice tisse ses mémoires avec les souvenirs personnels et familiaux sur une trame d'épisodes de l'histoire soviétique. Elle entame chaque chapitre par la présentation d'un personnage, membre de sa famille ou membre de la nomenklatura soviétique. De manière très imagée, l'auteure nous fait revivre sa légende familiale, et ses jeunes années.
   "C'est au kolkhoze que la plupart des étudiants goûtaient pour la première fois à l'alcool, au tabac et aux plaisirs charnels. C'était une sorte de lupanar collectif, et pas seulement pour les étudiants. (…) Les volontaires ne manquaient pas. C'était l'un des rares moyens d'entretenir des relations extraconjugales. (…) La productivité de ces travailleurs agricoles occasionnels était proche de zéro."

   Sa découverte brutale de la sexualité va de paire avec sa découverte brutale de certaines réalités de l'histoire soviétique camouflées sous la propagande. Les mythes tombent les uns après les autres : l'amour entre Edik et Olia ses parents, la légende dorée du socialisme de Staline à Brejnev, l'épopée de la "perestroïka" — menant à la misère et à la chute de l'empire. On vit ainsi, de l'intérieur, la découverte par une jeune soviétique de sa propre histoire nationale.
   
   Les espoirs de démocratie explosent avec la "glasnost" puis se muent en amertume quand le système se déglingue jour après jour sous la "thérapie de choc" préconisée par les libéraux. L'inflation a ruiné l'épargne des parents. La privatisation en fait des chômeurs. Slavik, l'ami des années d'université, est devenu le partenaire amoureux en même temps qu'un homme d'affaires qui pense qu'on peut tout acheter. Bien à l'image de ces nouveaux Russes très matérialistes qui collectionnent les grosses berlines étrangères et "les meilleurs produits de notre industrie nationale : la vodka et les filles." Dans "la Russie moderne productrice d'hydrocarbures et de mannequins jetables" y a-t-il encore une place pour la narratrice qui se cramponne à quelques valeurs : celles de la famille plutôt que de l'argent? "J'étais prête à faire n'importe quoi pour aller vivre ailleurs" loin de la villa-forteresse où se réfugie Slavik entouré des "gros nazes" qu'il emploie pour sa protection.
   
   Ce roman autobiographique qui ne cache rien — ou si peu, à l'exemple de la couverture — a le mérite de montrer sans métaphores trompeuses ni langue de bois les changements que vécurent les Russes.

critique par Mapero




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