Lecture / Ecriture
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Beloved de Toni Morrison

Toni Morrison
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Toni Morrison, de son vrai nom Chloe Anthony Wofford, est née en 1931, à Lorain (Ohio), dans une famille ouvrière.
Elle fait des études de littérature et une thèse sur William Faulkner.
Elle a longtemps été éditrice chez Random House, enseigne à l'Université de Princeton et a remporté le prix Nobel de littérature en 1993.

Beloved - Toni Morrison

Un terrible coup de poing
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Beloved" est une inscription gravée sur une tombe: le nom d'un fantôme. Celui d'une petite fille égorgée par sa mère, une esclave noire évadée d'une plantation en 1870. Un crime commis au nom de l'amour et de la détresse pour que l'enfant ne retombe pas aux mains du maître. À travers la malédiction d'un bébé qui revient hanter sa mère, le roman de Toni Morrisson conte la folie de l'esclavage bien plus puissamment que les Racines les plus noires."

   
   
   Commentaire
   

   C'est en traduction que je l'ai commencé cette lecture. Toutefois, après une centaine de pages, j'ai bien réalisé que je manquais certaines choses... et j'ai recommencé mais en anglais. Parce que "Beloved" est un roman fermement ancré dans l'histoire des États-Unis (bon, cette situation a aussi existé ailleurs hein...) et que cette langue était pour moi essentielle pour entrer dans cette atmosphère étouffante et parfois un peu irréelle. Avec "Beloved", je me suis sentie à la fois dans cette petite ville de l'Ohio, dans cette plantation où "le maître écoutait ses esclaves" et également dans une histoire tirée du folklore de ce peuple, de leur tradition prinicpalement orale de l'époque. La langue fluide de Toni Morrisson m'a amenée là où je n'aurais pas cru être capable d'aller. C'est poétique mais très réaliste à la fois. Et ça m'a beaucoup plu.
   
   Toutefois, j'ai fréquemment dû interrompre ma lecture pour prendre une bonne grande respiration. Parce que ce roman, c'est un terrible coup de poing. On a beau savoir, le lire ainsi, faire la rencontre de ces personnages profondément marqués par ce qui a été leur vie, ça fait mal et ça choque. Plusieurs phrases placées là comme ça, comme si c'était normal de voir ça, de penser comme ça... elles m'ont complètement jetée par terre. Et j'ai dû reposer le livre.
   
   "Beloved", c'est l'histoire de Sethe, esclave noire, qui s'est enfuie de la plantation où elle était après que le maître soit mort et qu'un autre Blanc ait pris le relais. Elle est allée rejoindre sa belle-mère qu'elle ne connaît pas, Baby Suggs, que son fils aussi esclave avait rachetée au prix d'années de labeur, pour qu'elle puisse enfin s'asseoir. Et puis il y a eu cette tragédie, la mort de cette petite fille qui rampait déjà et dont la pierre tombale n'est marquée que d'un seul mot "Beloved".
   
   C'est au 124, Bluestone Road que nous rencontrerons tous ces personnages. Dans une maison hantée du spectre d'un bébé qui ne trouve pas le repos. L'atmosphère est sombre, étouffante, étonamment pesante et efficace malgré les fantômes. Avec Paul D. , ancien esclave qui a connu - et désiré - Sethe du temps du Bon Abri (Sweet home), il y a un peu d'espoir pour Sethe et sa fille Denver, qui refuse de sortir de la cour depuis des années. Sauf qu'il y a "Beloved", ce grand amour de Sethe et cette culpabilité aussi grande, même si c'était pour éviter le pire, selon elle.
   
   Impossible pour moi de ne pas être touchée par ces personnages, qui sont loin d'être parfaits, qui ont barricadé leurs coeurs pour ne plus espérer, pour ne plus souffrir. Comment imaginer ne plus s'appartenir? Voir sa famille décimée, vendue, éparpillée aux quatre coins du pays? Comment même penser résister à s'attacher à ses propres enfants pour ne pas avoir mal quand ils seront vendus ou qu'on les aura laissé mourir? Comment imaginer être considéré comme un animal, être monnayé, n'être rien à part un mot sorti de la bouche d'un blanc? N'avoir aucune identité propre, juste comment le maître nous considère? Comment une femme peut-elle en arriver là? Comment être quelqu'un, un adulte, quand on a tout vu, tout vécu, que plus rien ne nous paraît anormal? C'est tout ça et tant d'autre chose qui nous saute au visage dans ce roman. Énormément de désillusion, de désespoir, de colère aussi. De l'amour, mais un amour qu'il faut deviner, un amour rude.
   
   Des portraits psychologiques très intéressants, un côté un peu fantastique qui accentue l'atmosphère de légende. L'auteur ne précise pas tout, ne nous dit pas tout. Les dialogues sont parfois étranges, il faut arriver plus loin dans le roman pour comprendre tout leur sens et leur signification. L'auteur évoque, sème ses images, ne nous en donne pas toujours clairement la signification. Ces pages de "monologue" où les trois femmes se confondent sont pour moi magnifiques.
   
   Bref, une lecture difficile, qui frappe et qui remue. Mais qui m'a profondément marquée. Je le relirai un jour car je suis certaine que j'en ai manqué beaucoup et que je n'ai pas saisi toutes les images et les métaphores. Je relirai l'auteur, c'est certain!

critique par Karine




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