Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

La vie obstinée de Wallace Stegner

Wallace Stegner
  Angle d’équilibre
  Vue cavalière
  La vie obstinée
  Le goût sucré des pommes sauvages
  La montagne en sucre
  En lieu sûr
  Lettres pour le monde sauvage
  L’Envers du temps

Wallace Earle Stegner est un écrivain et historien américain écologiste né en 1909 et décédé en 1993. Il a été surnommé "le Doyen des Ecrivains de l'Ouest".

La vie obstinée - Wallace Stegner

Inoubliable!
Note :

   Wallace Stegner (1904-1993) a écrit en 1967 ce roman intitulé "All the little live things". Il n'est pas aussi connu qu'il le mérite et c'est pourquoi je parle de lui aujourd'hui.
   
   Joe Allston après une carrière d'agent littéraire a pris sa retraite et réside dans un coin de campagne non loin de San Francisco. Lui et sa femme Ruth sont soudés par une grande tendresse qui se passe souvent de mots. La vie est calme jusqu'à ce qu'apparaisse Jim Peck, sorte d'ex étudiant gourou qui lui arrache l'autorisation de s'installer sur son terrain. Tout de suite leurs rapports seront tendus et conflictuels : ce Jim lui rappelle trop son fils décédé, par ses opinions contestataires et sa tendance à suivre les idées à la mode. Arrivent aussi les Catlin : Marian Catlin et Joe auront de longues discussions mais leur désaccord restera emprunt d'amitié. Comment faire autrement, quand on connaît Marian? Elle campe sur ses positions et vit en accord avec celles-ci. Elle risque de voir reprendre son cancer, mais décide tout de même de mener à terme sa grossesse, malgré les risques.
   
   Dès le début on sait que Marian va mourir. Le ton général est mélancolique, mais quel beau roman! Pas de pathos, assez d'humour même. C'est Joe qui raconte, il est lucide sur son rôle d'ours mal léché un peu réactionnaire, mais Marian le forcera doucement à sortir de son état volontaire de léthargie émotionnelle.
   
    Difficile d'en parler sans en écarter les lecteurs par un simple résumé. Il faut absolument lire ce livre inoubliable (c'est ma deuxième lecture), subtil et tendre, au thème original, pas très gai bien sûr mais si humain et finalement "vivant" comme l'indique le titre original.
   
   
    Quelques passages :
   
    "Recalé en sympathie, j'ai eu à peine mention passable en stoïcisme. En revanche, j'ai décroché le premier prix d'ironie - cette calamité, cette escampette, cette cuirasse, ce moyen de rester planqué tout en jouant les esprits forts. Cuisante leçon que j'ai apprise, si toutefois je l'ai retenue : c'est réduire notre humanité que de nous débiner face à la souffrance, que ce soit la nôtre ou celle d'autrui. Que de nous débiner devant quoi que ce soit. Telle était la maxime de Marian."
   
    "Pouvait-on réussir avec un individu patibulaire ce dont on avait été incapable avec son propre fils?"
   
    "Elle [Marian] voyait des étoiles en plein jour parce qu'elle vivait au fond d'un puits, et elle les contemplait avec passion parce que le couvercle pouvait s'abattre d'un jour à l'autre, l'enfermant à jamais dans les ténèbres."

    ↓

critique par Keisha




* * *



En ce temps-là...
Note :

   Titre original : All the Little Live Things, 1967
   
   Un couple retraité, Joe et Ruth Allston sont venus s’installer en Californie, dans les environs de San Francisco, au milieu des années 60 , en pleine nature. Joe, le narrateur raconte une année de cette vie plutôt mouvementée et même tragique. Un matin, sa femme et lui tombent sur un jeune motard qui vient d’entrer dans leur propriété et demande le droit de planter sa tente. Il s’appelle Jim Peck ; faux étudiant, adepte des modes de vie beatnik (et pas loin des hippies) alors très en vogue parmi les jeunes, il énerve tout de suite Joe, qui n’ose pourtant pas lui refuser le droit de s’installer, sa femme étant d’un avis différent.
   
   Joe et Ruth ont eu un fils Curtis, qu’ils ont perdu après qu’il ait passé sa vie à se livrer à toutes sortes d’excès. Ce Jim à la fois naïf et sans-gêne, rappelle de mauvais souvenirs à Joe.
   
   Dès lors il passe beaucoup de temps à observer l’intrus bricoler, faire des simagrées, recevoir des amis et des filles.
   
   Simultanément, c’est un couple trentenaire avec une petite fille qui emménage dans une propriété contiguë : Marian est une jeune femme fragile, déjà affaiblie par la maladie, et enceinte, voulant très fort que la vie triomphe en elle et autour d’elle.
   
   En arrière plan, s’agitent d’autres personnages, secondaires, mais très bien campés aussi, des voisins insupportables et pourtant précieux, car on ne saurait vivre sans société.
   
   La nature joue aussi un grand rôle, la succession des saisons, les plantes, les animaux, les nuisibles toujours à détruire, comme ceux à protéger.
   
   La prose de l’auteur poétique, belle, très vivante, pleine de verve et d’humour, fait frémir tout ce monde qui foisonne, vit et meurt alentours. Un auteur peu lu en France, recommandé par Keisha, que je suis contente d’avoir abordé.

critique par Jehanne




* * *