Lecture / Ecriture
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Mort d'un parfait bilingue de Thomas Gunzig

Thomas Gunzig
  Mort d'un parfait bilingue
  Manuel de survie à l'usage des incapables
  Kuru
  La vie sauvage

Libraire, professeur de littérature, chroniqueur à la télévision, Thomas Gunzig est un écrivain belge francophone né à Bruxelles en 1970.

Mort d'un parfait bilingue - Thomas Gunzig

Déstabilisant
Note :

    Présentation de l'éditeur
   
   « "Maintenant, on se demandait vraiment quel effet pouvait bien faire une balle dans le ventre ou un éclat d'obus dans la figure. On se demandait comment c'était une vie sans jambes ou sans bras, une vie à plus rien y voir et enfin à quoi ça pouvait servir qu'on se les gèle, qu'on nous réveille à des heures impossibles, que les camions militaires soient aussi pourris, si ça aidait à gagner la guerre ou si c'était juste à l'image de l'univers, nul du centre à la périphérie"
   Les aventures d'un jeune homme amoureux par nature, cruel par instinct de survie et ironique par nécessité, au pays de la sale guerre. »

   
   
   Commentaire
   

   Ce que j'ai pu être déstabilisée par ce roman! Je l'ai ouvert sans savoir de quoi il s'agissait et je me suis vite retrouvée auprès d'un jeune homme pas du tout sympathique (aucun personnage ne l'est réellement, en fait), dans un bizarre de 1978 où il y a une bizarre de guerre sur-médiatisée. Pour sauter quelques pages plus loin dans un bizarre de lit d'hôpital. (Oui, bizarre. J'étale gracieusement ma paresse lexicale au lieu de choisir d'autres termes comme étrange, curieux voire même insolite... mais là, je dérape). Nous jonglons donc entre deux époques, le présent du narrateur et un passé pas si lointain où il était à la guerre, pour de bien mauvaises raisons, d'ailleurs. Les souvenirs lui reviennent peu à peu.
   
   C'est un roman profondément dérangeant que celui-ci. Écrit en 2001, il nous emmène dans un 1978 où la guerre qui fait rage (nous ne saurons en fait pas vraiment laquelle) apparaît avant tout comme une vitrine pour les émissions de télé (limite réalité) et les commanditaires. Le narrateur se retrouve engagé dans cette histoire parce qu'on l'a obligé: il a en effet frappé la copine d'un homme connu et celui-ci lui demande... un petit quelque chose en retour. Nous sommes dans un univers que la morale semble avoir déserté. La nature humaine est présentée sous un jour très noir et le ton détaché, imagé et très ironique colle très bien au propos, même si ce n'est pas le genre d'écriture que je préfère. Mais le narrateur étant ce qu'il est, on comprend ce choix. Rien n'est réel et ce réel est manipulé, manigancé, organisé, mis en scène pour augmenter les audiences et les profits. Disons que dans cette guerre, la perte de téléspectateurs est plus grave que la perte de vies humaines.
   
   J'avoue que j'ai ouvert grand les yeux à la fin et que j'ai du refermer le roman pour lâcher un "Oh my god" retentissant quand j'ai compris ce qui allait arriver. Et la façon que ce serait considéré comme "normal". Mais ce 1978 n'est pas tout à fait le nôtre et d'ailleurs, certains anachronismes - selon moi très volontaires - sont là pour nous le rappeler. Roman décalé, très cynique, qui nous parle des médias, de manipulation et de sale guerre. Je suis bien curieuse de lire autre chose de l'auteur, d'ailleurs.
   
   J'ai donc aimé ma lecture, malgré une absence totale d'empathie pour les personnages et certaines assez horrifiantes qui, je l'espère, ne me resteront pas trop en tête longtemps.
   
   Et ah oui... qui peut m'expliquer le titre?
   
   
   Prix Victor Rossel 2001

critique par Karine




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