Lecture / Ecriture
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Chaman de Galsan Tschinag

Galsan Tschinag
  Belek, une chasse dans le haut-Altaï
  Chaman

Galsan Tschinag (en mongol Чинагийн Галсан), né en 1944, est un auteur mongol écrivant en langue allemande.

Chaman - Galsan Tschinag

Une partie du tout
Note :

   "Après de nombreuses années passées à sillonner le monde, Galsan Tschinag revient vers son peuple, les Touvas, des nomades du Haut-Altaï au nord de la Mongolie, pour y passer le soir de sa vie. Mais la situation est délicate, ses deux disciples chamans, ainsi que son peuple, ne sont pas d'accord sur le chemin à prendre pour affronter l'avenir. La vie nomade traditionnelle et le XXIe siècle se dressent face à face comme deux géants irréconciliables. Pour apaiser les esprits, une caravane est envoyée au Lac Jaune où une colline sacrée doit être consacrée.
   La narration tisse des rêves et des souvenirs du narrateur qui passe sa vie en revue pour en retenir les moments les plus importants : scolarité pendant les années 50 staliniennes, études supérieures à Leipzig dans les années 60, la première rencontre avec le Dalaï-Lama en 1981, et la réalisation de son souhait le plus cher : la caravane avec laquelle son peuple retourne en 1985 dans le Haut Altaï pour reprendre le mode de vie traditionnel nomade" (présentation de l'éditeur).
   

   
   J'aime que la littérature me fasse découvrir des contrées lointaines et des cultures aux antipodes de l'Occident. J'ai été comblée avec ce récit qui m'a transportée dans la Mongolie des nomades. Galsan Tschinag fait partie du peuple des Touvas, minorité plus ou moins malmenée et ostracisée par les pouvoirs successifs en place. Galsan a eu la chance de bénéficier d'une bourse d'études en Allemagne, il écrit d'ailleurs en allemand, et il considère qu'il peut servir de pont entre l'Est et l'Ouest.
   
   Sur la fin de sa vie il décide de revenir s'installer définitivement sur la terre du Haut Altaï, fort de toutes ses expériences passées, mais ne cachant rien non plus de ses doutes et de ses faiblesses. Son souci constant est d'unifier son peuple. Il est considéré tantôt comme un chef éminemment respecté, tantôt comme un gêneur dont il faut se débarrasser. Ses relations avec le pouvoir post-soviétique sont difficiles et susceptibles de lui valoir des ennuis, comme par le passé.
   
   Mais le véritable intérêt de ce récit se situe pour moi dans la description de la vie nomade, des rituels chamaniques, du rapport tout autre aux animaux, aux plantes, à la nature. Le visible et l'invisible se côtoient sans aucun antagonisme. L'organisation du clan familial ne manque pas de surprendre parfois, les enfants pouvant par exemple choisir de vivre chez leurs grands-parents plutôt qu'avec leurs parents. Galsan se remet sans cesse en question, cherchant à décrypter ses rêves, toujours soucieux de sincérité et d'honnêteté et voulant faire au mieux pour son peuple.
   
   Au vu du titre, je m'attendais à une description assez poussée du chamanisme, or ce n'est qu'un aspect du récit, la place de chef de clan de Galsan est tout aussi importante. Et le moment venu il sait l'assumer sans se dérober. Galsan écrit avec la bonne distance, une pointe d'humour, une certaine emphase parfois, dont il n'est pas dupe. C'est très plaisant pour le lecteur. Il fait souvent référence à ses livres précédents, presque tous autobiographiques. Je me suis aperçue que j'avais "ciel bleu" dans ma PAL, le récit de son enfance, il ne va pas y rester longtemps.
   
   Un récit pétri d'humanisme, intéressant à plus d'un titre. A découvrir.
   
   "Les gens de mon peuple se considèrent comme un éclat, une fraction de l'univers et, de la même manière, je me sens comme un éclat de l'os de ce peuple, comme une parcelle de sa chair, une goutte de son sang. C'est donc le plus souvent avec un petit sourire, parfois avec un grincement de dents que je supporte leurs défauts, puisque, en fin de compte, il m'est permis de profiter de leur bonté et de leur patience, et de vivre, puis de mourir parmi eux, protégé des vents et baigné de lumière".

critique par Aifelle




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