Lecture / Ecriture
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La présence de Pierre Jourde

Pierre Jourde
  La Littérature sans estomac
  La cantatrice avariée
  Pays perdu
  La présence
  Le Tibet sans peine
  La première pierre
  Winter is coming
  Le Maréchal absolu

Pierre Jourde est un écrivain et critique français né en 1955. Il enseigne la littérature à Valence (université Grenoble III).

La présence - Pierre Jourde

Même pas peur ! (Si, quand même...)
Note :

   Les éditions Les Allusifs lancent une nouvelle collection, qui a pour thème les peurs. Celles que les auteurs éprouvent, et qu'ils tentent de décrire dans un ouvrage. Dans cet opus, Pierre Jourde raconte sa peur : celle du moment où il doit s'endormir, dans des lieux sombres, cloîtrés, isolés et vides, dans lesquels il sent une présence hostile.
   
   Cette peur, il se la remémore à différentes occasions, mais elle remonte à son enfance. Lorsqu'il passait la nuit, seul, dans la ferme familiale dans un petit hameau d'Auvergne, et qu'il pensait constamment qu'une présence était là. Depuis, il est persuadé d'avoir, à plusieurs reprises, été confronté à cette présence. Et même si tout autour de lui indique que sa peur est irrationnelle, comme lors d'un séjour en Suisse, il n'arrive pas à s'en détacher.
   
   Dans ce court ouvrage, Pierre Jourde se dévoile, part d'émotions et de sentiments intimes pour traiter, de manière très littéraire et philosophique, cette peur des greniers, des petits espaces plongés dans le noir au sein d'une demeure vide. Il passe allègrement des descriptions de ces moments douloureux à l'analyse de cette phobie, y voyant une crainte d'une présence alors que lui-même serait absent, endormi (c'est très raccourci, mais c'est ce que j'en ai retenu).
   
   Petit ouvrage qui n'est pas forcément très facile d'accès, mais qui permet de plonger avec un certain plaisir dans les affres émotionnelles et non-littéraires d'un auteur.
   
   
   Extrait :
   
   "Donc, l'alcôve cette fois, porte ouverte, pour faire baisser la pression, montrer à la maison que je ne la crains pas, ne me ferme pas à elle. Mais c'est aussi me livrer à elle, sans protection, ouvrir la possibilité du visage apparaissant à la vitre dépolie, de la silhouette debout à côté de mon lit. Je me glisse entre les draps, serré entre le mur et la cloison, je lis encore, le plus tard possible, pour que la fatigue me plonge dans un sommeil dont je ne sorte pas jusqu'au matin. J'éteins la lumière, et cela commence".

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critique par Yohan




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Ceci n’est pas un roman
Note :

   Non, ceci n’est pas un roman. Ce serait plutôt à rattacher à "Pays perdu", dans la même veine et évoquant des lieux et sentiments très personnels.
   
   Dans ce court opuscule (86 pages) il met à nu ses terreurs... j’allais dire enfantines, mais non, nocturnes plutôt. Les terreurs que nous nous infligeons probablement tous – en tout cas, moi, oui – associées à la solitude et le débarquement de la nuit.
   
   "La présence", c’est celle qu’on ressent, physiquement, c’est celle qui se cristallise sitôt qu’on s’est mis à imaginer... une chose, un être, une présence quoi, alors que la solitude, souvent au sein d’une obscurité ambiante, nous pèse. Pierre Jourde disserte sur tout ceci en s’appuyant sur des circonstances, des situations par lui vécues et qui, personnellement, ont résonné particulièrement en moi. Ainsi je ne suis pas le seul...? C’est fait en une très belle langue mais ça m’a paru un peu formel quand même. Plus un essai qu’une œuvre littéraire à proprement parler.
   Il est intéressant de constater que les expériences relatées ne concernent pas que la prime enfance puisque Pierre Jourde nous confie que ça peut encore lui arriver en certaines circonstances. Mais que c’est littéralement une construction de l’esprit qui nous amène à "donner corps" à une présence, angoissante et tétanisante. Alors? Construction de l’esprit ou convocation d’un esprit que notre esprit rationnel repousse de tout son rationalisme?
   
   "Face aux deux lits superposés, il y avait un placard. Sans doute ne s’agissait-il que d’un placard bien banal. Je ne me souviens pas de ce qu’il contenait. Il est resté pour moi le réservoir de l’ombre. La maison a dû bien changer depuis, le placard a sans doute disparu, mais son ombre, elle, est encore là, patiente, qui attend tout au fond du souvenir.
   La nuit, une fois la lumière fermée, la porte s’entrebâillait, et des clowns en sortaient.
   Je les vois encore passer leurs visages grimaçants par l’ouverture. Je ne sais plus s’il s’agit d’un cauchemar qui s’est imposé comme un souvenir, ou d’un fantasme que je ne parvenais pas à maîtriser, et qui m’obligeait, en dépit de ma terreur, et sans doute par goût secret pour elle, à faire naître des clowns dans ce réduit."

critique par Tistou




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