Lecture / Ecriture
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Un traître à notre goût de John Le Carré

John Le Carré
  Notre jeu
  Une amitié absolue
  Le chant de la mission
  Un homme très recherché
  Un traître à notre goût
  Une vérité si délicate

John le Carré est le nom de plume de David John Moore Cornwell, auteur anglais né en 1931. Ayant travaillé pour le British intelligence services MI5 and MI6 dans les années 50 et 60, il se spécialise dans les romans d'espionnage. "L'espion qui venait du froid" (1963) fut un succès international après lequel il quitta l'espionnage pour se consacrer à l'écriture.

Un traître à notre goût - John Le Carré

Le nerf de la guerre
Note :

   Deux jeunes amoureux britanniques, Perry et Gail, passent des vacances à Antigua, île des Caraïbes. Ils y font la connaissance d'un Russe expansif, Dima, riche amateur de tennis, comme Perry. Ils jouent une partie, et là, Dima propose à Perry un marché qui le mènera, lui et Gail, plus loin que ce qu'ils n'auraient jamais pu imaginer. Entre mafia russe, espionnage, blanchiment d'argent, corruption, …
   
   Je me souviens avoir lu, il y a très longtemps un roman de John le Carré, mais lequel, je crains un oubli total du titre. Depuis, rien. Il m'a donc fallu attendre la sélection du Prix des lecteurs de l'Express pour m'y remettre. Très agréablement d'ailleurs. John le Carré dont on dit qu'il est THE spécialiste du roman d'espionnage le prouve ici. Il sait installer ses personnages lambda au cœur d'une action et d'une intrigue qui les dépassent. Doucement, mais sûrement, il tisse la toile pour y prendre le lecteur. Au début du roman il ménage ses effets, et construit l'intrigue en nous baladant. Un coup en avant. Un coup en arrière. On commence à cerner un peu mieux le problème vers la centième page. Il joue de l'anticipation ou du retardement des situations pour mieux perdre et mieux récupérer ses lecteurs. C'est magistralement fait. Ensuite, la narration est plus linéaire, plus classique, mais pas moins captivante, même s'il y a un petit "ventre mou" au milieu du livre. En effet, j'ai senti un flottement, un immobilisme pendant plusieurs pages, qui s'il ne plombe pas la bonne impression générale du livre, en alourdit un tout petit peu la lecture.
   
   L'auteur met beaucoup de sympathie dans quasiment tous ses personnages Perry, Gail, Dima et sa famille : même les espions anglais, plus retors sont sympathiques. Evidemment, ce n'est pas le cas, des méchants de la mafia et de leurs complices, mais c'est aussi le genre qui veut un peu de stéréotypes. Peut-être pourrait-on lui reprocher de faire de simples citoyens de vrais espions entraînés, mais en suivant l'histoire page après page, c'est assez crédible. Sans être une étude psychologique, ses héros sont assez fouillés, tous embêtés dans leur vie privée par des soucis plus ou moins graves, ce qui rend humain et proche de nous les espions, qui souvent, dans les romans ou les films sont des êtres inaccessibles, une sorte de supermen. Là, point! Simplement des hommes et des femmes au métier pas banal, mais aux vies privées qui le sont beaucoup plus.
   
   John le Carré se montre assez critique envers la classe politique -ou envers certains hommes politiques- qui accepte toute compromission, pourvu que ça lui rapporte financièrement certes, mais aussi pour l'avancée de sa carrière :
   « "- Comment on fait pour sauver l'Angleterre? Et de quoi? D'accord, d'elle-même. mais de quelle partie d'elle-même?"
   Ce fut au tour d'Hector de se montrer pensif.
   "Vous allez devoir vous contenter de notre parole.
   - La parole de votre Service?
   - Dans l'immédiat, oui.
   - Et elle a quelle valeur? Les gentlemen qui mentent pour le bien de leur pays, c'est bien vous, non?
   - Ça, c'est les diplomates. Nous, on n'est pas des gentlemen.
   - Alors vous mentez pour sauver votre peau.
   Encore raté. Ça, c'est les hommes politiques. Rien à voir." » (p.153)

   
   Certains élus, très proches du pouvoir sont totalement corrompus, mais très puissants, très en vue. C'est là que l'intrigue prend de l'épaisseur, puisque Hector, un des responsables des Services Secrets britanniques aura fort à faire pour tenter de faire la lumière sur toute cette histoire.
   
   Schtroumpf grognon comme je suis, j'ai bien encore un bémol -il faut bien que je fasse honneur à ma réputation- sur les arcanes du blanchiment d'argent qui resteront pour moi totalement absconses. Malgré les explications de J. le Carré, j'avoue être passé à côté des détails ; que voulez-vous, je ne suis pas un homme d'argent!
    ↓

critique par Yv




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Traitre? Ça dépend …
Note :

   La maestria de John Le Carré ne se dément pas. Des années déjà qu’il explore les recoins sombres des zones troublées de notre globe. Les zones où tout ne coule pas de source, où les forces les plus sombres s’affrontent, principalement via des agents, secrets, simples, doubles, triples… ça dépend! "Un traitre à notre goût" s’intéresse à la Russie telle qu’elle a évolué depuis la chute du mur, à la Russie qui a vu l’éclosion de nouveaux milliardaires, avec toute la corruption, les malversations qui vont avec. Merci Poutine.
   
   Dima est un personnage comme la Russie peut en produire. Catégorique, impressionnant, exubérant, capable de pleurer comme d’embrasser son nouvel ami. Dima est un Russe manifestement très riche lorsque Perry et Gail (un professeur d’Université en langue anglaise et une avocate), tous deux démarrant récemment dans la vie, ensemble, tombent sur lui durant un séjour d’amoureux sur une île antillaise. Enfin, tombent sur lui…, c’est plutôt lui qui leur tombe dessus, qui se les accapare alors que tout les sépare ; l’âge, la culture, les préoccupations vitales… mais le Russe est séducteur et, par le biais d’une partie de tennis qu’il a arraché à Perry, il se les est mis dans la poche.
   
   Perry et Gail ne le savent pas mais Dima a un projet. Blanchisseur en chef de l’argent sale de la Mafia russe, il se sait menacé voire condamné – son "disciple" a été assassiné à Moscou – et il a décidé de "passer de l’autre côté", de demander asile et sécurité à la Grande Bretagne en échange de renseignements qui peuvent embarrasser bien du monde. Et il a choisi Perry et Gail comme émissaires et cautions vis-à-vis des Services secrets britanniques.
   
   "Un traitre à notre goût", à partir de là, va devenir la découverte par Perry et Gail du côté obscur de la force, leur intronisation dans le monde désincarné du renseignement. Et la découverte par Dima que les promesses engagent surtout ceux qui les croient…
   
   Un John Le Carré dans la tradition, désillusionné et toujours dans la prise de recul par rapport aux contextes géopolitiques les plus modernes.

critique par Tistou




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