Lecture / Ecriture
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Le sang des bistanclaques de Odile Bouhier

Odile Bouhier
  Le sang des bistanclaques
  De mal à personne

Le sang des bistanclaques - Odile Bouhier

Lyon comme si vous y étiez
Note :

   Lyon, mai 1920, le corps en putréfaction d'une vieille femme est retrouvé dans un champ. Un meurtre. Suivra un second meurtre étrangement semblable d'une vieille femme également. Le commissaire Kolvair associé au professeur Hugo Salacan dirige le nouveau laboratoire de la police scientifique : l'affaire leur est confiée. Ils se heurtent au scepticisme des autres flics qui ne croient pas en la science dans la police.
   
   Historiquement vrai, le premier laboratoire de la police scientifique vit le jour à Lyon en 1910 bien avant celui de Paris qui naquit en 1943. Odile Bouhier, par ailleurs scénariste pour la télé, s'attelle donc à nous faire découvrir la nouvelle police à laquelle s'opposent les tenants de la police de Clémenceau, les brigades du Tigre. "Si Kolvair ne se faisait pas d'illusions -la création de ce laboratoire scientifique, le premier au service de la police française, n'empêcherait pas, jusqu'à la fin des temps, les amoureux de s'aimer, les cambrioleurs de cambrioler, ni les assassins d'assassiner-, il restait indéniable que le génie de Salacan offrait à ses contemporains la sensation de participer à une nouvelle ère de l'humanité. Grâce à lui, la science acquérait ses lettres de noblesse." (p.34)
   
   Plutôt bien réussi, malgré des maladresses et quelques lourdeurs, ce roman policier se lit très vite. D'abord parce qu'il n'est pas très épais, 276 pages en caractères assez gros et ensuite, parce que l'intérêt du lecteur -au moins le mien- est piqué au vif et que l'envie de connaître le dénouement et l'évolution des personnages est réelle. Commençons par les personnages : Kolvair est un rescapé de la Grande Guerre, amputé d'une jambe, qui marche avec une prothèse en bois et qui a été réintégré dans la police grâce à ses excellents états de service dans les années d'avant guerre. Hugo Salacan est un professeur éminent, père de famille nombreuse qui invente sans cesse de nouvelles méthodes pour trouver des indices, aidé en cela par un jeune scientifique, Jacques Durieux. N'oublions pas l'indispensable médecin légiste, Damien Badou et la très belle psychopathologiste Bianca Serraggio qui apparaît en milieu d'enquête. Voilà l'équipe du laboratoire au complet qui va pouvoir traquer le tueur des vieilles dames.
   
   Odile Bouhier a inventé des personnages attachants, maladroits pour certains, prévisibles sûrement, mais qu'il est très agréable de suivre dans leur cheminement.
   
   Poursuivons par l'enquête qui est un peu plan-plan dans la première moitié du bouquin et qui prend de l'ampleur par la suite, notamment lorsque le lecteur découvre -ou devine facilement- qui est le tueur alors que les policiers ne le savent pas encore.
   
   Finissons par le contexte, l'arrière-plan : l'auteure nous promène littéralement dans la ville de Lyon. On a le droit à une description en règle des inévitables traboules bien sûr mais aussi des nouvelles -pour l'époque- constructions. Elle pousse parfois même le vice jusqu'à nous expliquer comment historiquement est né tel ou tel quartier. Gonflé et intéressant, même pour moi qui n'ai jamais mis les pieds dans cette ville. Grâce à ses digressions architecturales ou urbanistes, Odile Bouhier enracine son roman dans Lyon et dans le début du vingtième siècle. Bien vu, même si parfois la description a du mal à s'intégrer au récit.
   
   Un roman policier qui change des polars traditionnels et qui, s'il ne révolutionne pas le genre fait passer un très agréable moment de lecture, et ça c'est déjà un énorme bon point. Je suivrais bien la suite des aventures de ce laboratoire moi. Siouplait, Madame Odile Bouhier, c'est prévu?
   
   Un dernier mot pour finir, je réponds à la question qui vous taraude tous depuis le début : "mais kezako les bistanclaques ?” Voilà l'explication : une vieille femme s'installe devant son métier à tisser : «La machine s'ébroua, le tapis de soie fit quelques vagues, puis le choc continu des pédales de bois souleva les fils de la chaîne, émettant le son bis. Aussitôt, Madeleine repoussa agilement le battant, un "tan" lointain et doux se faisant alors entendre. La vieille femme sourit -celui qu'elle préférait restait à venir-, elle ferma brièvement les yeux, histoire d'écouter, sans la regarder, la navette passer puis buter sur le bord. Clac. Enfin, le battant frappa la dernière trame sur les rouleaux de tissu. Bis-tan-clac... Elle trouvait joli et pertinent ce terme donné par les canuts au métier à tisser le siècle dernier.»(p.10)

critique par Yv




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