Lecture / Ecriture
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M/T et l'histoire des merveilles de la forêt de Kenzaburō Ȏé

Kenzaburō Ȏé
  Gibier d’élevage
  Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants
  Notes de Hiroshima
  Une affaire personnelle
  Dites-nous comment survivre à notre folie
  Le Jeu du siècle
  Une existence tranquille
  M/T et l'histoire des merveilles de la forêt
  Moi, d'un Japon ambigu
  Le faste des morts
  Seventeen
  Lettres aux années de nostalgie

AUTEUR DES MOIS DE JUIN & JUILLET 2012

Kenzaburō Ȏé est un écrivain japonais né le 31 janvier 1935, lauréat du prix Nobel de littérature en 1994.

Kenzaburō Ōe est né dans un village au milieu des forêts et c'est là qu'il passa son enfance. Ce n'est que lorsqu'il entra à l'université qu'il rejoignit Tokyo. Bien que mal à l'aise parmi ses condisciples, il y fera de brillantes études de Lettres, en particulier de Littérature Française (Céline, Camus, Sartre) et soutiendra une thèse sur Jean-Paul Sartre.

Il se lance tout de suite dans l'écriture et commence à publier des nouvelles, rencontrant rapidement le succès (1958, prix Akutagawa pour "Gibier d’élevage").

En 1963, nait son fils ainé, Hikari, qui est handicapé mental. Ce drame va modifier le cours de sa vie d’écrivain autant que de sa vie personnelle. Il fera l'objet de nombre de ses romans.

Prise entre Hiroshima (1965) et Fukushima (2011), son œuvre aborde avec autant de force le problème du nucléaire.

Kenzaburō Ōe est une pièce maîtresse d'une littérature japonaise en pleine évolution, voire révolution. Il en représente une étape marquante. Maintenant, les formes littéraires évoluent ou sont contestées. Le conflit des générations littéraires est réel au Japon.

En mars 2012, Kenzaburō Ōe était l'invité d'honneur du Salon du Livre de Paris.

Une petite vingtaine de ses roman a été traduite en français, mais plusieurs sont devenus très difficiles à trouver. On espère des rééditions, ainsi que d'autres traductions.


Principaux prix obtenus par Kenzaburō Ōe, par ordre chronologique :

* Prix Akutagawa, la plus haute récompense littéraire japonaise, à l’âge de 23 ans, pour "Gibier d'élevage"
* Prix Europalia 1989 pour l’ensemble de son œuvre
* Prix Nobel de littérature en 1994
* Ordre du Mérite Culturel Japonais en 1994 (refusé)
* Docteur Honoris Causa de l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales) en 2005.



Philippe Forest est l'auteur d'un essai sur Kenzaburo Oé

M/T et l'histoire des merveilles de la forêt - Kenzaburō Ȏé

Merveilles du Japon
Note :

   Au commencement, il y a un rituel. La grand-mère dit : "Crac, voici l'histoire. Vraie ou fausse, qui le sait? Mais comme c'est une vieille histoire, il faut que tu l'écoutes en croyant qu'elle est vraie, même si elle est fausse. D'accord?" Et le petit-fils (c'est Kenzaburô) répond : "Oui!" La famille de l'auteur, du côté maternel, est originaire d'une petite vallée de l'île Shikoku. Sa grand-mère lui a laissé en héritage les contes de cette région. Il s'agit de contes à partir de la fondation du village natal, dans la vallée où coule l'Awaji, au milieu de la forêt dense.
   
   L'auteur a emprunté son titre à une structure utilisée par des anthropologues en charge d'Indiens d'Amérique du Nord. En fait, tout s'enracine dans un souvenir scolaire. Devant figurer un tableau du monde au temps du "Grand Japon" de Hiro-Hito, le jeune Kenzaburô ajoute à sa carte le dessin de la "vallée dans la forêt" (le centre de son univers) et, en lieu et place des souverains, il figure la géante Oshikomé, "la grande femme laide", et un petit malin l'accompagnant, Meisuké. Dans ce "couple" la géante est "M" (comme "matriarch") et le garçon "T" comme "trickster", un espiègle qui transgresse les lois.
   
    Au fil des pages les personnages légendaires ne manquent pas. Le principal est appelé le "destructeur", drôle de nom pour le fondateur du village : c'est qu'ayant pris la mer avec divers aventuriers, et ayant ensuite remonté un fleuve côtier, il détruisit son embarcation comme d'autres ont brûlé leurs vaisseaux. Les aventuriers deviennent des vieillards et sont "gigantifiés" ; centenaires, ils travaillent encore entourés de leur descendance. Bientôt, le "destructeur" puis les vieillards s'évaporent : pas de tombes. Le village, enrichi par la fabrication de la cire, passe un mauvais moment avec le "Mouvement de Restauration" sous la conduite d'Oshikomé : on dirait les Khmers rouges imposant la pauvreté généralisée à leurs semblables! Après ce drame mythologique, le village a vécu la fin de "l'époque de la liberté" : il entra alors dans l'histoire, c'est l'âge des samouraïs et bientôt la Restauration de Meiji. Les paysans se révoltent de temps en temps — une fois sous la conduite de ce Meisuké qui se fera hara-kiri en prison, suite à la répression du mouvement. La guerre des "cinquante jours" voit enfin les villageois s'opposer à l'Etat moderne. Ils ont fraudé sur l'état-civil! Ils cachent des déserteurs en pleine époque nationaliste. Ce sont des génies de la résistance en un sens. Les militaires envoyés pour les réprimer — on est en 1944 ou 1945 — sont reçus par la rupture d'un lac de retenue ; les suivants découvrent une population qui résiste et se moque d'eux. Leur capitaine se pendra à un arbre. On ne parle pas d'Hiroshima.
   
    Ceci n'est qu'un tout petit aperçu des "merveilles de la forêt". L'intérêt majeur tient au mélange des genres : les légendes racontées par la grand-mère sont reprises et analysées par l'écrivain, et parfois un souci de vérité historique vient se télescoper au merveilleux. L'écrivain se fait en quelque sorte le porte-parole de sa vallée, et un gardien du patrimoine immatériel, plus qu'il ne verse dans l'autobiographie. Pour finir il évoque son fils handicapé, Hikari, et comment celui-ci, à son tour, a été captivé par les récits merveilleux de sa grand-mère. Le livre s'adresse avant tout aux fans de Kenzaburô Ôé. Il paraîtra ennuyeux à la plupart.

critique par Mapero




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