Lecture / Ecriture
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Meurtre dans un jardin indien de Vikas Swarup

Vikas Swarup
  Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire
  Meurtre dans un jardin indien
  Pour quelques milliards et une roupie

Vikas Swarup est un écrivain et diplomate indien né en 1963.

Meurtre dans un jardin indien - Vikas Swarup

Touffu
Note :

   Le soir du 23 mars, alors qu'il fête tranquillement son acquittement - scandaleux - pour le meurtre d'une jeune fille, Vicky Rai est assassiné chez lui, lors de sa propre Garden Party, entouré de nombreux amis, mais aussi, manifestement, de quelques ennemis. En effet, après les premières investigations de la police, tout de suite présente sur les lieux, six invités sont déclarés suspects, chacun portant sur lui une arme à feu susceptible d'avoir tiré la balle mortelle. En attendant le rapport balistique qui identifiera avec certitude le coupable, l'auteur nous présente successivement ces six personnages, pour le moins atypiques et variés : parmi eux se trouvent un bureaucrate possédé par l'esprit du Mahatma Gandhi en personne, à la suite d'une séance de spiritisme ayant mal tourné, une jeune actrice, star de Bollywood adulée par des millions de fans, un aborigène ayant quitté son île natale pour récupérer la pierre sacrée dérobée à son peuple, un voleur de téléphones mobiles amoureux d'une jeune fille de la haute société, un Texan travaillant chez Walmart et venu en Inde pour épouser une femme qui en réalité n'a cherché qu'à l'escroquer... Sans oublier le propre père de la victime, ministre de l'Intérieur de l'Uttar Pradesh et accessoirement politicien véreux et corrompu jusqu'à la moelle. Et tous semblent avoir un bon mobile pour avoir tué Vicky Rai, aussi pourri et détestable que son géniteur. Autant dire qu'il ne va pas être facile de débusquer l'assassin parmi ces fortes personnalités...
   
   Après le succès mondial de son premier roman, adapté au cinéma sous le titre de "Slumdog Millionnaire", Vikas Swarup a choisi la voie de la difficulté en s'imposant un roman à six (voire sept) voix narratoriales, chacune ayant sa focalisation et ses tics de langage. L'ouvrage passe ainsi de la narration à la troisième personne aux transcriptions de conversations téléphoniques, en passant par les coupures de presse et les extraits de journal intime. Autant dire que, sur le plan formel, on ne s'ennuie pas. Mais dans ce gigantesque Cluedo à l'indienne, Vikas Swarup semble avoir un peu trop cherché à copier Agatha Christie (les parallèles avec les "Dix Petits Nègres" ou "Le Crime de l'Orient-Express" sont nombreux) : tout cela paraît un peu artificiel, sans grande cohésion, et les personnages sont parfois complètement caricaturaux, notamment le Texan en mal d'amour, naïf, balourd, vulgaire et nommé Larry Page, comme le fondateur de Google, ce qui crée une série de quiproquos aussi prévisibles que redondants.
   
   Pourtant, l'ensemble ne manque pas d'humour ni de finesse, notamment dans les attaques assez virulentes lancées contre le fonctionnement de la justice indienne (où les riches et les puissants sont toujours acquittés, au détriment des autres) ou des institutions, toutes plus corrompues les unes que les autres. Bien qu'il s'en défende, Swarup signe là un manifeste contre la perversion de la société indienne, gangrenée par les intérêts particuliers des fonctionnaires, des bureaucrates et des hommes politiques.
   
   En somme, malgré quelques défauts, notamment des longueurs et des chapitres à l'intérêt inégal, en fonction des personnages qui y jouent le rôle principal, ce roman se lit avec plaisir, et même s'il n'est pas toujours aisé d'identifier les différents personnages d'un chapitre à l'autre, on se laisse peu à peu entraîner par le rythme virevoltant de ce polar à l'ancienne. Seul le dénouement, rocambolesque et invraisemblable, vient un peu gâcher cette impression de lecture.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




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Les six suspects
Note :

   Titre original : The Six Suspects, 2008.
   
   
   En dépit du titre français, il n’y a pas l’ombre d’une ressemblance entre le film de Peter Greenaway (Meurtre dans un jardin anglais dont le vrai titre était d’ailleurs autre), œuvre plutôt cérébrale, alors que celle-ci appartient au genre du roman populaire.
   
   Nous sommes dans le nord de l’Inde, et nous lisons l’article d’un certain Arun, journaliste d’investigation qui veut éclaircir le meurtre de Vicky Rai, homme d’affaire corrompu, et ouvertement criminel. Ainsi a-t-il tué une serveuse de night-club qui lui refusait à boire parce que la boîte allait fermer. Acquitté, Vicky n’en soulevait pas moins de fortes vagues d’indignation. Pour cette affaire, comme pour bien d’autres auparavant, il collectionnait les ennemis…
   
   Nous avons ici un roman d’aventures, bien plus qu’un roman policier, qui relate les parcours de six suspects, et les péripéties qui les ont menés à se trouver tous les six, un certain soir, à la garden-party de Vicky Rai, et à se faire appréhender par la police, en possession d’une arme, après l’assassinat du maître des lieux.
   
   D’abord Mohan Kumar, haut fonctionnaire à la retraite, tout aussi ignoble que Vicky Rai ; Devenu fou, Il se prend pour Gandhi pendant des périodes plus ou moins longues. Pour Gandhi, ou plutôt pour l’idée qu’on peut s’en faire, superficiellement. Alors, il se conduit de façon opposée à sa personnalité réelle, entrainant divers malentendus. L’actrice Shabnam Saxena, s’est assuré la fortune en multipliant les rôles glamour dans les blockbusters. A force de lire son abondant courrier de fans, elle se laisse intriguer par la lettre d’une admiratrice de province. L’américain Larry Page, ouvrier naïf et bon enfant, est venu en Inde pour se marier avec une certaine Sapna, par le biais d’un site de rencontres. Munna dit "Mobile" est un jeune homme pauvre, spécialisé dans le vol de téléphones portables. Eketi, un jeune homme noir, vient des îles Andaman : il a quitté sa tribu pour retrouver une pierre noire sacrée, un "shivling" qu’on a volé à son peuple. Jagannath Rai, père de Vicky, et ministre de l’intérieur de l’Uttar Pradesh, doit faire face à toutes sortes de tracas, en rapport avec les malversations de son fils, lesquelles s’ajoutent fâcheusement aux siennes.
   
   L’histoire de chacun des suspects est développée. Certains des récits sont relatés classiquement, d’autres sont des fragments de journaux intimes, et le récit concernant Jagannath Rai consiste en conversations téléphoniques. Les histoires les plus réussies sont celles de l’aborigène Eketi (un vrai petit roman d’initiation) et de l’américain Larry (loufoque, et assez amusante même si les effets sont faciles) ; comique aussi est le parcours de Mohan, tandis que l’histoire de Munna est pas mal dans le romanesque réaliste. Celles des deux derniers (l’actrice et le ministre) sont relativement ennuyeuses, mais on est entraîné car on veut savoir ce qui est arrivé dans ce fameux jardin. On a assez vite compris qui était coupable, mais il y a bien d’autres aspects de l’affaire à éclaircir!
   
   L’ensemble est inégal, mais tout de même agréable à suivre. Je ne connaissais pas les îles Andaman, ni cette tribu "onge", qui est menacée d’extinction ainsi que plusieurs autres dans la même région. On nous promène dans diverses autres contrées (de Bénarès au Pakistan!) et même si le survol est rapide, il donne envie de connaître l’Inde…

critique par Jehanne




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Malin, mais réaliste de l’Inde …
Note :

   Oui, malin, très malin le Vikas Swarup. On n’est clairement pas dans la littérature, plutôt dans une pure histoire (mais Vikas Swarup, à la base, n’est-il pas journaliste ?). Mais quelle histoire ! Et puis surtout Vikas Swarup est indien, vit en Inde et nous la donne à connaître. Un continent mystérieux, cette Inde, où le spirituel côtoie le plus vil, où la beauté le dispute à l’atroce. Un pays qui nous laisse largement à sa porte. Entrebâillée la porte, guère plus. Mais, pour avoir jeté à plusieurs reprises des coups d’œil à l’intérieur, il décrit bien ce qu’on devine de cette Inde moderne (il n’y a que l’ampleur du népotisme des riches et de la corruption telle qu’elle est décrite qu’il est difficile d’apprécier).
   
   Bollywood, à Mumbai (ex Bombay), un "golden boy", fils de son père, riche et puissant de par son poste de Ministre de l’Intérieur de l’Etat du Maharashtra, Vicky Rai, a organisé un happening pour fêter le non-lieu qu’il a obtenu dans une affaire de meurtre, qu’il a pourtant commis. Au cours de cette fête il est tué d’un coup de feu et la police identifie six potentiels suspects, détenteurs d’une arme et ayant des mobiles plausibles pour éliminer le nuisible.
   
   Le roman n’est pas l’enquête – à la limite on s’en fout de l’identité du coupable (d’ailleurs c’est qui ?, je ne suis pas sûr de m’en souvenir !) – non, le roman c’est pourquoi ces six-là peuvent être considérés comme suspects. Pour ce faire, Vikas Swarup raconte ce qui les a amenés à pouvoir vouloir éliminer Vicky Rai et donc nous fait voyager dans toute l’Inde (on va même jusqu’aux Iles Andaman !) et nous fait rencontrer tous les milieux et classes du monde indien. Et pour un monde, c’est un monde !
   
   Donc non, pas de la littérature, mais une charge déguisée contre certains excès de la société indienne ; la corruption de ses politiques, leur collusion avec les milieux d’affaires, le piteux état de la justice indienne, forte avec les faibles, faible avec les forts… et bien d’autres choses encore. Quelque part, c’est "Candide" (au pays des vaches sacrées). On dénonce, l’air de ne pas y toucher.
   
   Ça fait réellement scénario d’un film d’aventures qui pourrait avoir autant de retentissement que son précédent ouvrage "La fabuleuse histoire d’un Indien malchanceux qui devint millionnaire" devenu "Slumdog millionnaire" à l’écran.

critique par Tistou




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