Lecture / Ecriture
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Générosité de Richard Powers

Richard Powers
  Le temps où nous chantions
  La chambre aux échos
  L'ombre en fuite
  Générosité
  Gains
  Le dilemme du prisonnier
  Orfeo

"Richard Powers est un écrivain américain né le 18 juin 1957 à Evanston dans l'Illinois aux États-Unis.

Après quelques années d'études de physique, il commence des études de littérature à l'Université de l'Illinois où il obtient son Master of Art en 1979. Il devient un auteur reconnu et à succès aux États-Unis au début des années 1990, avec des romans explorant la relation entre sciences (physique, génétique), technologie, et art (musique). "La Chambre aux échos" reçoit en 2006 le National Book Award." (Wikipedia)



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Générosité - Richard Powers

Le bonheur pour demain?
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Thassa Amzwar, une jeune Algérienne dont les proches ont disparu après des émeutes en Kabylie, poursuit ses études à Chicago. Loin d'être une réfugiée traumatisée, c'est une jeune femme lumineuse, gaie, d'un optimisme à toute épreuve. Candace Weld, la psychologue de l'université et Russell Stone, l'un de ses professeurs, tombent vite sous son charme, chacun à sa manière.
   Mais la propension au bonheur de Thassa attire bientôt l'attention de Thomas Kurton, ardent partisan des manipulations génétiques. Lorsque celui-ci découvre chez la jeune étudiante une disposition chromosomique particulière, peut-être l'origine de son bien-être, il pense être en mesure d'isoler le gène du bonheur. Cette hypothèse éveille l'intérêt des médias, mais aussi des hommes politiques, de l'industrie pharmaceutique, et Thassa se retrouve sous les feux de la rampe."

   
   
   Commentaire
   

   Je fais une confiance aveugle à Richard Powers. Ce n'est que le quatrième roman de l'auteur que je lis mais depuis l'éblouissement de "Le temps où nous chantions", à chaque fois que j'ouvre l'un de ses romans, je me tiens prête à être amenée n'importe où, à être déstabilisée, baladée d'un contexte à un autre. Je me sens aussi prête à reposer le livre et à devoir me questionner face aux réflexions qu'il nous balance, parfois l'air de rien, parfois avec de nombreuses précisions scientifiques. C'est encore ce qui est arrivé avec "Générosité". Je l'ai ouvert sans savoir à quoi m'attendre, j'ai rencontré Russell, écrivain raté donnant un cours sur l'écriture documentaire, une présentatrice télé, Thassa, qui a un talent inné pour le bonheur et qui fascine, Thomas Kurton ... et je me suis laissé porter là où l'auteur voulait m'amener, soit vers un monde de manipulation génétique, de recherche scientifique et de questionnements éthiques qui interpellent réellement. Cette fois-ci, de par ma formation et mon travail, je connaissais un peu mieux le domaine scientifique exploré alors ce côté ne m'a pas déroutée. Je me suis contentée de savourer ... et d'adorer.
   
   L'intrigue met du temps à se mettre en place. Les personnages se croisent, se lient, deviennent réels, nous font pénétrer leur monde. C'est surtout avec le regard profondément négatif et désillusionné de Russel Stone que nous voyons Thassa, une jeune étudiante du début de la vingtaine. Heureuse, elle aime le monde entier, le monde entier l'aime. Et même avant que le tourbillon s'enclenche, on se questionne ... il vaut quoi, son amour? Est-elle vraiment aussi heureuse que ça? Dit-elle la vérité? Pourquoi est-elle ainsi? D'une table ronde sur l'écriture au bureau d'une psychologue à un plateau télé, nous sommes confrontés à toutes ces questions ainsi que d'autres qui sont soulevées. Jusqu'à quoi serions-nous prêts à aller pour assurer santé et bonheur à nos enfants? Jusqu'à une version édulcorée de "Le meilleur des mondes"?
   
   Powers ne donne pas de réponse. Il nous donne divers points de vue, nous donne des pistes de réflexion, des points de départ. Je pense que ce que j'apprécie tant chez Powers: il fait confiance à son lecteur et le traite comme un être profondément intelligent. Il ne ressent pas le besoin de tout mâcher 4 fois et d'expliquer chaque acte, chaque affirmation, chaque pensée de ses personnages, au cas où nous n'aurions pas compris avec la scène originale. Il nous balance des claques, comme ça et continue comme si de rien n'était. Il utilise des discours scientifiques non pas pour étaler son savoir (du moins, dans ce cas-ci, j'ai trouvé qu'il n'allait pas "trop" loin dans les technicités) mais pour amener son lecteur à se remettre en question.
   
   Une lecture exigeante mais pour moi jubilatoire. Il réussit à rendre ses personnages réels, tangibles, tout en abordant de nombreux thèmes, que ce soit la médiatisation, la recherche génétique, la pharmaceutique, la frontière entre la réalité et la fiction ou la science pure, dure. On saute d'un personnage à l'autre, d'une situation à l'autre, on fait des bonds dans un futur moyennement proche, sans trop savoir pourquoi. Et qui est ce narrateur qui semble tout connaître mais qui promène son "je" au-dessus du texte? C'est déstabilisant, intrigant et savoureux.
   
   J'ai adoré, littéralement. Parce qu'en plus de tout ça, il y a une plume, un rythme étrange et inégal, du mystère, une atmosphère. Tout ce que j'aime.

critique par Karine




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