Lecture / Ecriture
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Le Devoir de violence de Yambo Ouologuem

Yambo Ouologuem
  Le Devoir de violence

Le Devoir de violence - Yambo Ouologuem

L’œuvre au Noir
Note :

   Récompensé du prix Renaudot en 1968, "Le Devoir de violence" est l'unique œuvre romanesque d'un natif de Bandiagara. Un titre que les allusions répétées d'Alain Mbanckou m'ont poussé à lire. On commence par survoler l'histoire sanglante d'un empire imaginaire du Sahel, le Nakem, depuis les années 1200 jusqu'à la conquête coloniale vers 1900. La dynastie des Saïf — pratiquant l'Islam tout en portant maints noms juifs — n'a été qu'une succession de tristes sires, esclavagistes et assassins. Sous le règne de Saïf ben Isaac El Héït : "La négraille, sauvée de l'esclavage, accueillit, heureuse, l'homme blanc, qui, souhait-elle, lui ferait oublier la cruauté de Saïf aussi puissant que redoutablement organisé." En fait, l'infâme Saïf se débrouille pour paraître soumis aux gouverneurs successifs — qu'il fait assassiner — et n'envoyer à l'école et à l'église des blancs que des fils de serfs et d'esclaves. Duplicité et magie sont ses armes : en particulier des vipères dressées! Ses témoins et hommes de main sont éliminés les uns après les autres. La brutalité vaut particulièrement sur les femmes, violées, torturées. Raymond, un fils d'esclaves, jadis moqué pour fréquenter l'école des Blancs, est cependant envoyé faire des études en France. Il connaîtra la honte de sa vie dans un bordel parisien en se trouvant face à face avec sa sœur au cours d'une orgie de sexe et de champagne. Après la 2è Guerre mondiale, la décolonisation est en marche, et le vieil aristocrate a besoin d'un Nègre-blanc pour que rien ne change ; Raymond rentre au Nakem, avec une épouse européenne.
   
   Bien que le roman et l'histoire ne soient pas toujours à l'unisson et qu'il ne soit pas du goût de tous de les rapprocher, comment ne pas songer, avec ce livre très peu "politiquement correct" à l'essai de Stephen Smith "Négrologie" qui a suscité des critiques parfois indignées? Bien sûr, le roman de Oualoguem ne se limite pas à l'apologie du crime ; il met quelquefois les rieurs de son côté avec le portrait-charge de l'ethnologue débarqué en terre africaine : on y reconnaît Leo Frobenius, l'avide collectionneur des masques, tellement intéressé que Saïf lance une production de masques rien que pour leurrer les amateurs d'art nègre authentique. Par ailleurs, tous les lecteurs pourront apprécier les passages porteurs de "couleur locale", les incantations magiques, et notamment les rites dont voici un exemple :
   "L'esclave Kassoumi, comme le veut la coutume, afin de s'assurer par la magie l'amour de Tambira, s'était muni d'une salamandre, d'une blatte et d'un vieux morceau de tissu avec lequel sa fiancée s'était essuyée du temps de leurs rapports. Séchant et pilant le tout, il le mélangea aux aliments qu'il devait servir à sa femme, après que Saïf eut exercé son droit [de cuissage]. Brûlant ensuite, comme le conseillent les vieux, rognures d'ongles, trois cils, sept cheveux, sept poils de ses parties génitales et de ses aisselles, il fit du tout une poudre , qu'il assaisonna de piment, et en saupoudra les mets de noces de l'épousée. Enfin pour être vigoureux pendant les sept jours du mariage, il écrasa trois verges de lion, des spermes de bouc, et trois testicules de coq, qu'il absorba avec des ignames, dans une sauce rouge d'épices fortes."

   
   En revanche, ce qui peut plutôt mal "passer" auprès du public actuel est sans conteste l'écriture de l'auteur. Je ne parle pas des accusations de plagiat qui ont fait retirer l'ouvrage de la vente en 1970, mais du style excessivement imagé, alourdi de métaphores jusqu'à être indigeste, qui s'impose de temps à autre.

critique par Mapero




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