Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Intrusion de Elena Sender

Elena Sender
  Intrusion

Intrusion - Elena Sender

Addictif, mais...
Note :

   "Brillante neuropsychiatre, spécialiste des troubles de l'âme, Cyrille Blake reçoit un nouveau patient : Julien Daumas. Très séduisant, mais obsessionnel, impulsif, le regard inquiétant. D'emblée, il la tutoie, lui dit qu'il la préfèrait avec ses cheveux blonds. Cyrille est pourtant sûre de n'avoir jamais vu cet homme. En vérifiant dans ses dossiers, elle doit se rendre à l'évidence : elle l'a soigné lorsqu'elle terminait son internat de médecine. Comment peut-elle ne plus s'en souvenir?". (extrait 4e de couverture)
   
   C'est le début d'un épouvantable cauchemar pour Cyrille, qui découvre peu à peu que tout un pan de son passé lui échappe. Elle se lancera courageusement dans l'exploration de ce passé occulté, allant d'horreur en horreur, effarée de ce qu'elle a pu faire et oublier.
   
   Les clichés ne manquent pas dans cette histoire, la jolie jeune interne qui tombe amoureuse du patron âgé de 25 ans de plus qu'elle, la découverte scientifique de ce dernier qui lui permet de monter sa clinique et de réussir brillament, la vie aisée et facile, l'embourgeoisement etc. etc.
   
   Seulement voilà, tout cela est bâti sur une succession de mensonges et de secrets peu reluisants, c'est le moins qu'on puisse dire. Il n'est pas vraiment question de littérature ici, j'ai souvent fulminé après l'héroïne, décrite comme une brillante neuropsychiatre, mais est-ce possible d'être aussi godiche dans sa propre vie? Elle tombe dans tous les panneaux, piétine régulièrement les précautions les plus élémentaires, provoque des catastrophes...
   
   Mais voilà, je dois bien reconnaître qu'une mécanique fonctionne très bien, celle du suspense. Les rebondissements et les révélations se succèdent, même si çà ne tient pas debout j'avais vraiment envie de savoir ce qui allait lui arriver. Les personnages nous réservent des surprises, on croit comprendre ce qu'ils sont et hop, un nouveau rebondissement nous les révèle sous un jour complètement différent. Julien que l'on aime détester devient presque sympathique. Marie-Jeanne, la nièce de Cyrille, tout aussi inconséquente que sa tante, prend de la consistance, et le mari, l'infâme... la figure du grand chercheur nobélisable en prend un sacré coup.
   
   Le thème qui court sur tout le roman est celui des manipulations du cerveau, et l'auteure étant grand reporter au magazine "Sciences et Avenir" je la pense bien documentée. Il surfe sur la quête actuelle du bonheur tout prix.
   
   C'est comme le "Da Vinci Code", je n'en lirai pas des tonnes, mais une fois le nez dedans, on ne lâche plus. Avis aux amateurs.
   ↓

critique par Aifelle




* * *



Faut pas jouer avec la mémoire !
Note :

   Connaissez-vous le Mésératrol? Un tout nouveau médicament hélas (?) pas sur le marché, mais qui peut vous être prescrit à la clinique Dulac par le docteur Cyrille Blake. Ni antidépresseur, ni anxiolytique, il vous permet de retrouver la joie de vivre après un deuil, une séparation... Le souvenir demeure, mais sans causer de souffrances.
   
    Normalement l’établissement n'accueille pas de cas lourds, et pourtant Julien Daumas devient le patient de Cyrille. Plutôt beau gosse mais inquiétant. Il se comporte comme s'il la connaissait très bien. De fait, Cyrille l'avait déjà soigné dix ans auparavant au cours de ses études, mais elle n'en a vraiment gardé aucun souvenir.
    Elle découvre petit à petit qu'une période (courte, mais essentielle) de son existence a été rayée de sa mémoire et décide de connaître la vérité, malgré les risques et le désaccord de son mari.
   
   Pourquoi ai-je lu ce roman, assez éloigné de mes lectures habituelles? Tout simplement parce que l'auteur est "grand reporter au magazine Sciences et Avenir, spécialiste des secrets du cerveau, de la psyché et des émotions." En effet, le roman est bien (mais pas trop) documenté.
   
   Et le côté thriller annoncé souvent à tort? Eh bien là, pfou, mission accomplie!!! J'ai dévoré ce bouquin, parfois dans un état de tension rarement connu. Adrénaline, battements de cœur, la totale! Sans doute pas le roman du siècle, écrit correctement, quelques invraisemblances (par exemple, curieux qu'on ne trouve que les empreintes de Cyrille chez elle, et son mari alors?), mais très très efficace!
   
    Je recommande ce roman aux amateurs de thrillers (et aux autres...), à condition de prévoir du temps libre, car une fois dedans on le lâche très difficilement.
   
   Deux passages :
   
    "Tout dépend de quel bonheur on parle. Les médicaments sont des outils formidables pour tout un tas de cas extrêmement durs, de dépressions qui vous mettent KO debout. Comme disait Freud, ils vous aident à passer d'un "malheur épouvantable" à un "malheur acceptable". Mais attention aux dérives. Devons-nous recourir à la chimie pour n'importe quel souci de la vie?"
   
    "Le deuil, la perte, la douleur, la souffrance font partie de la vie humaine. L'homme est capable de tout surmonter car il existe un phénomène qui s'appelle la résilience et qui permet, même aux victimes des pires ignominies, de s'en sortir. Le cerveau, grâce à son extraordinaire plasticité, sait faire le tri tout seul et désapprendre la souffrance, avec le temps. (...) Mais leur faire oublier?"

    ↓

critique par Keisha




* * *



Si médiocre !
Note :

   Avant, Cyrille Blake avait tout pour elle. Mais ça, c'était avant. Neuropsychiatre hors pair et directrice d'une clinique spécialisée dans le traitement des souvenirs traumatiques, elle est également l'épouse d'un brillant médecin pressenti pour le Nobel.
   
   Le jour où un nouveau patient, Julien Daumas, se présente en consultation, sa vie bascule : d'entrée de jeu, il la tutoie, lui dit qu'il la préférait en blonde, et semble très bien renseigné à son sujet. Et pourtant, Cyrille en est convaincue, elle ne l'a jamais vu.
   
   En consultant ses vieux dossiers, elle doit finalement se rendre à l'évidence : elle a bien soigné ce patient lorsqu'elle était interne, il y a plus de dix ans. Alors, pourquoi n'en garde-t-elle aucun souvenir?
   
   Déboussolée, Cyrille se plonge dans son passé, découvrant qu'elle a oublié des pans entiers de son existence. Désormais, elle n'a plus qu'un objectif : faire la lumière sur cette étrange amnésie. Quitte à apprendre, à ses dépens, que parfois l'oubli est préférable à la vérité...
   
   Depuis des années, la mémoire fascine les écrivains, particulièrement les auteurs de thrillers scientifiques. Elena Sender semble avoir décidé, avec ce premier roman, de jouer sur le terrain de Franck Thilliez, le spécialiste français de ce genre de littérature. Un challenge risqué, donc, même pour une journaliste spécialiste des mystères du cerveau.
   
   Disons-le d'emblée : c'est un échec. Et pourtant, le début du roman est prometteur, avec une héroïne plutôt attachante, un style assez vif (mais ô combien maladroit par moments) et une montée progressive de la tension narrative. Hélas, la deuxième moitié (celle se déroulant à Bangkok) est un carnage absolu, qui nous conduit logiquement à un dénouement grotesque, avec son lot de hasards providentiels, de balles perdues et de dialogues ridicules, à tel point qu'on se croirait parfois dans un (très) mauvais James Bond. Pis encore, le suspense est quasi inexistant : au bout d'une centaine de pages, même un lecteur naïf aura deviné l'identité du coupable et prévu les différents rebondissements à venir.
   
   Avec sa galerie de personnages secondaires mal exploités (notamment MJ, jeune fille un peu fleur bleue qui paye cher sa douce naïveté et sa propension à s'amouracher du premier venu, quel bel exemple de morale archaïsante et puritaine), ou, carrément, peu crédibles (le mari, caricature de savant fou obsédé par la course aux honneurs, ou encore les mafieux thaïlandais, ridicules et stéréotypés) ce roman peine à maintenir l'intérêt du lecteur, pourtant éveillé par une intrigue intéressante, mais qui s'enlise rapidement dans le convenu et les redites.
   
   Sans parler du traitement réservé aux questionnements éthiques soulevés par le thème du roman : dans le dernier tiers du livre, on apprend ainsi avec stupeur que "lobotomiser des enfants orphelins au cours d'une expérimentation illégale uniquement motivée par l'appât du gain, c'est mal". Même Miss America n'aurait pas osé. À l'heure où émergent de passionnants débats sur la bioéthique, on aurait pu s'attendre à ce qu'une journaliste de Science et Avenir fasse preuve d'une réflexion un chouïa plus poussée. Eh bien non, on en reste au degré zéro de la pensée.
   
   Dommage, donc, pour ce thriller pourtant bien documenté et à l'intrigue de prime abord accrocheuse, mais qui tombe trop vite dans la facilité, jusqu'à l'épilogue en forme de happy end, navrant.

critique par Elizabeth Bennet




* * *