Lecture / Ecriture
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Le livre d’Hanna de Géraldine Brooks

Géraldine Brooks
  La solitude du docteur March
  Le livre d’Hanna

Née en Australie en 1955, elle vit aujourd'hui aux États-Unis, sur l'île de Vineyard (Massachusetts). Correspondante de guerre pendant quatorze ans, elle a couvert des combats en Bosnie, en Somalie et au Moyen-Orient. Une incarcération dans les geôles nigériennes la pousse à abandonner le journalisme. Son premier roman paraît en 2003. Elle reçoit le Prix Pulitzer avec le suivant « March », en 2006. “Le Livre d'Hanna” a figuré.

Le livre d’Hanna - Géraldine Brooks

Grande fresque historique autour d'un livre
Note :

   J’aimerais n’avoir à présenter que des coups de cœur comme ce livre-ci.
   
   Hanna est une jeune australienne, restauratrice de manuscrits anciens. En 1996, elle est en mission à Sarajevo où on lui a confié la célèbre Haggadah, un manuscrit hébreu très ancien et très précieux, aux enluminures de toute beauté, créé dans l’Espagne médiévale et qu’un musulman bosniaque, directeur de musée, vient de sauver des bombardements de la ville.
   Peu à peu Hanna se passionne pour son travail et n’a de cesse de retrouver l’histoire de l’ ouvrage sacré. Grâce à de minuscules indices qu’elle recueille et fait analyser, elle parvient, étape après étape, à remonter les siècles jusqu’à l’époque de sa création, à Séville, en 1480. Elle fait revivre ainsi des moments historiques tragiques où le livre a failli disparaître. Tous sont liés à des lieux célèbres et à des personnages de communautés très variées et de toutes sortes de conditions sociales. Tous ont des personnalités fortes, odieuses ou émouvantes mais le destin de la Haggadah est entre leurs mains à un moment critique de leur vie et c’est ce qui nous est raconté en alternance avec la vie d’Hanna, la chercheuse dont le destin familial n’est d’ailleurs pas le plus banal, prise entre sa mère, une brillante chirurgienne du cerveau avec laquelle elle ne peut s’entendre et un père qu’elle n’a pas connu et dont elle ne saura la véritable identité que très tard, révélation qui transforme sa vie.
   
   C’est romanesque à souhait et je me suis suffisamment bien identifiée à l’héroïne dès le départ pour aimer la retrouver après les plongées dans le passé qui m’ont également envoûtée tant l’imagination de la romancière fait des merveilles en s’appuyant sur des recherches et des détails historiques, d’une grande précision.
   C’est ainsi que je me suis sentie menacée tour à tour par les nazis en 1940, la censure vénitienne et ses autodafés en 1609, la cruelle inquisition, à Taragonne, en 1492, au moment de l’expulsion des juifs espagnols, pour revenir en Australie et à Sarajevo avec les problèmes de ce début de siècle.
   
   C’est une sorte d’odyssée autour d’une œuvre d’art qui est avant tout un objet sacré et c’est très habilement mené. J'ai été embarquée dans cette histoire de la première à la dernière page avec un énorme plaisir et un grand intérêt pour les évocations historiques d’un grand réalisme.
   
   C’est un de ces grands romans plein de souffle et de vues généreuses, comme je les aime. On y parle de tout avec beaucoup de rythme et une grande ampleur de vue. La lectrice en moi aime quand l’auteur sait lui tenir fermement la bride pour le mener où il veut, même très loin, au gré de sa fantaisie à lui, l’artiste.
   
   C'est aussi un livre plein d'humanité, une leçon de tolérance et d'humilité par une romancière dont c'est le 3ème roman.
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critique par Mango




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Passionnant !
Note :

   "Le livre d'Hanna" de l'écrivain d'origine australienne Geraldine Brooks est passionnant. Ce roman nous amène en voyage dans des époques différentes, du présent au passé, à la découverte d'un manuscrit si précieux que des hommes ont risqué leur vie à travers les siècles pour le préserver.
   
   En effet, bien que le roman "Le livre d'Hanna" soit une fiction, il a pour principal sujet un manuscrit hébreu bien connu sous le nom de Haggada de Sarajevo, livre de prières orné de magnifiques enluminures médiévales (XIV siècle) créé en Espagne à une époque où la croyance juive était opposée à toute iconographie, interdisant l'art figuratif.
   « Quand l'ouvrage fut découvert en Bosnie en 1894, ses pages de miniatures peintes mirent cette théorie à bas, et les textes d'histoire de l'art durent être réécrits.»

   
   Or, ce précieux document est sauvé à plusieurs reprises de la destruction : une fois à Venise par un prêtre catholique travaillant pour les autodafés de l'Inquisition en 1609; une autre fois, en 1941, par un célèbre érudit islamique, Dervis Korkut, qui le soustrait au général nazi, Johan Hans Fortner, en le cachant dans la mosquée d'un village de montagne; puis pendant la guerre en 1992, à Sarajevo, où un bibliothécaire musulman, Enver Imamovic, l'arrache à la bibliothèque bombardée pour l'enfermer dans le coffre-fort d'une banque.
   
   A partir de cette réalité historique, place à la fiction! Hanna, le personnage de Geraldine Brooks est spécialisée dans la restauration des manuscrits anciens, une des meilleures dans son métier. Elle parle six langues couramment dont l'hébreu et elle est titulaire d'un diplôme d'histoire de la religion juive. Ceci explique qu'elle soit choisie pour restaurer la Haggada que l'on vient de retrouver à Sarajevo en 1996 et qui a souffert de son séjour dans un coffre métallique à la banque. Hanna a donc tout loisir d'examiner cette merveille et elle y découvre des indices infimes, un grain de sel, un poil de chat, des taches de vin... qui vont lui permettre de mener une enquête pour retrouver les secrets du livre. Nous voyagerons donc à Venise au moment de l'Inquisition, en Espagne à la fin de la Convivance, période où toutes les communautés religieuses vivaient en bonne entente, à Vienne où le livre subit une restauration malencontreuse en 1894, à Sarajevo... Une magistrale promenade à travers les siècles et l'Europe.
   
   Geraldine Brooks invente ainsi une histoire à ce manuscrit et fait revivre avec beaucoup de talent des personnages du passé qui sont à la fois très vivants et attachants. Elle a l'art de donner aussi une consistance à l'Histoire ancienne qui rejoint la petite histoire d'êtres humains pris dans le tourbillon des guerres, de la violence, dans la souffrance provoquée par la haine, l'intolérance. Autour de ces retours en arrière se dessine aussi la vie d'Hanna que sa mère a privée de son père, a coupée de toute sa famille paternelle juive, sans lui donner d'amour en retour. L'affrontement entre les deux femmes, l'amour que Hanna va éprouver pour un bosniaque musulman (celui qui a sauvé la Haggada) et qui a vu mourir sa femme et son enfant forment la trame de l'histoire contemporaine.
   
   Un roman très prenant. A travers la quête de ses origines, cet ouvrage juif sauvé par un catholique et des musulmans, exceptionnel par sa beauté et par sa rareté, devient tout aussi précieux comme symbole. N'est-il pas en effet, la preuve que tous les hommes peuvent s'unir quand il s'agit de préserver le savoir et l'art? La culture comme ciment de l'humanité, plus puissante que les passions fanatiques et vecteur de tolérance, c'est l'idée que Geraldine Brooks veut nous transmettre à travers "Le livre d'Hanna".
   
   Geraldine Brooks écrit dans la postface : "On ne sait rien de l'histoire de la Haggadah pendant les années tumultueuses de l'Inquisition espagnole et de l'expulsion des juifs en 1492. Les chapitres intitulés "un poil blanc" et "l'eau salée" sont entièrement romanesques. Cependant une femme noire en robe safran est assise à la table du seder sur l'une des enluminures de la Haggada et le mystère de son identité a inspiré mon imagination."

critique par Claudialucia




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